Citoyens face à la fracture : pourquoi la nouvelle France revendiquée par certains divise la gauche entre lutte sociale et reconnaissance des discriminations

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Fabien Roussel refuse le concept de nouvelle France qu’il juge réducteur et dangereux pour la cohésion sociale. Il appelle la gauche à prioriser la lutte contre l’exploitation économique tout en reconnaissant les discriminations subies par les quartiers populaires.

Un débat de gauche qui dépasse les mots

Quand la gauche se dispute sur l’identité, la classe ou l’antiracisme, elle ne parle pas seulement d’alliances électorales. Elle dit aussi à qui elle s’adresse, et sur quoi elle veut construire son récit.

C’est exactement le cœur de la sortie de Fabien Roussel. Le secrétaire national du Parti communiste rejette le concept de « nouvelle France » défendu par Jean-Luc Mélenchon. Il y voit une idée qui fracture le pays et qui met de côté le combat de classes.

Le fond du désaccord

Le concept de « nouvelle France » sert à décrire une partie du pays qui a longtemps été mal regardée dans le débat public. Jean-Luc Mélenchon l’emploie pour mettre en avant les quartiers populaires des grandes villes, où vivent de nombreux immigrés et descendants d’immigrés. Dans ses textes récents, il présente aussi cette « nouvelle France » comme une France marquée par la mobilité sociale, les migrations et la diversité des origines. Il avance, par exemple, qu’un Français sur trois est immigré ou descendant d’immigré. Les données de l’Insee sont plus nuancées mais confirment le poids de ces réalités dans la population : en 2024, 7,7 millions d’immigrés vivent en France, soit 11,3 % de la population, et 2,6 millions d’entre eux ont acquis la nationalité française.

Fabien Roussel, lui, refuse cette grille de lecture. Il estime qu’elle « occulte » l’exploitation et le rapport entre capital et travail. Pour lui, la gauche doit parler d’abord de salariés, d’ouvriers, de domination économique et d’égalité des droits. C’est ce que recouvre, dans sa bouche, l’idée d’une « nouvelle République » : une République qui traite tous les citoyens à égalité, sans les enfermer dans des catégories liées à l’origine, à la religion ou à la couleur de peau.

Le débat n’est pas abstrait. L’Insee rappelle qu’en 2019-2020, un quart des immigrés comme de leurs descendants ont déclaré avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années. Le phénomène est plus marqué pour les personnes d’origine non européenne, dont les descendants déclarent davantage de discriminations que la première génération. Le Défenseur des droits a aussi documenté, en 2025, des situations de discrimination fondées sur l’origine, la religion ou l’apparence physique dans l’emploi et l’accès aux services publics.

Ce que ce désaccord dit de la gauche

Derrière la formule, il y a une vraie divergence stratégique. D’un côté, une partie de la gauche veut nommer frontalement les discriminations vécues par les personnes racisées, musulmanes ou issues de l’immigration. Jean-Luc Mélenchon défend cette ligne en parlant d’une France recomposée par les migrations, les quartiers populaires et la créolisation sociale. De l’autre, Fabien Roussel craint qu’en insistant sur ces identités, on finisse par découper le peuple en blocs séparés au lieu de rassembler les exploités autour du travail, des salaires et des services publics.

Ce désaccord n’est pas seulement idéologique. Il touche à la manière de faire campagne. Roussel a confirmé qu’il ne participerait pas à une primaire à gauche pour départager les candidats. Il renvoie la question de sa propre candidature à la présidentielle au congrès du PCF, prévu début juillet, et dit vouloir défendre une candidature de rupture après dix ans d’Emmanuel Macron. En 2022, il avait obtenu 2,28 % des voix. Ces chiffres disent une chose simple : le PCF cherche encore sa place entre l’union de la gauche et l’affirmation d’une ligne autonome.

Sur le fond, Fabien Roussel admet pourtant une réalité que son camp ne peut pas balayer : il existe en France une discrimination profonde visant les personnes de confession musulmane, les Arabes et les Noirs, notamment dans certains médias et dans la vie quotidienne. Là encore, les données publiques donnent du relief à cette affirmation. L’Insee montre que les descendants d’immigrés non européens déclarent plus souvent ne pas être vus comme Français et rapportent davantage d’expériences discriminatoires. Le débat ne porte donc pas sur l’existence des discriminations. Il porte sur le bon angle pour les combattre.

La présidentielle dans le viseur

Ce dossier a aussi une portée électorale immédiate. Fabien Roussel veut installer, avant l’été, l’idée qu’un candidat communiste peut porter un projet lisible, sans se fondre dans une primaire ni dans une alliance floue. Il joue sur un fil étroit : parler au monde du travail sans donner le sentiment d’ignorer les discriminations ; dénoncer les divisions sans reprendre le vocabulaire de ses rivaux ; conserver une identité communiste sans se couper du reste de la gauche.

Face à lui, Jean-Luc Mélenchon pousse une lecture différente du pays. Sa « nouvelle France » veut donner une place centrale aux quartiers populaires et aux Français issus de l’immigration. Pour ses partisans, c’est une manière de nommer une réalité sociale et électorale devenue incontournable. Pour ses critiques, c’est une façon de substituer les appartenances à la lutte sociale. Entre les deux, la gauche continue de chercher son point d’équilibre.

Le prochain rendez-vous politique est donc clair : le congrès du PCF, début juillet, dira si Fabien Roussel repart en campagne et avec quelle ligne. C’est là que se jouera, au moins en partie, la suite de cette bataille de fond sur ce que la gauche doit raconter du pays.

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