Ce que dix ans d’« En Marche ! » disent encore de la politique française
Quand un mouvement né de nulle part devient en quelques années le cœur du pouvoir, que reste-t-il de son élan d’origine ? Dix ans après la création d’En Marche !, les soutiens d’Emmanuel Macron veulent rappeler ce qu’ils présentent comme le socle du macronisme : libérer et protéger.
Le calendrier donne un symbole fort. En Marche ! a été lancé le 6 avril 2016 à Amiens. Le mouvement a ensuite servi de rampe de lancement à la conquête de l’Élysée en 2017. La présidence française rappelle d’ailleurs officiellement cette date de fondation.
Un anniversaire politique, mais aussi une question d’héritage
Le texte mis en circulation à cette occasion ne vient pas d’un parti en campagne classique. Il émane d’une association baptisée Trait d’Union, qui dit rassembler plus de 2 500 collaborateurs et anciens collaborateurs engagés aux côtés d’Emmanuel Macron. Parmi les signataires ou soutiens mentionnés figure Jonathan Guémas, conseiller communication du président. Le message est clair : à l’heure où le camp présidentiel cherche à se projeter au-delà du second quinquennat, il faut, selon eux, « renouer avec les valeurs fondatrices ».
Cette prise de parole n’est pas anodine. Dix ans après la création du mouvement, le macronisme n’est plus seulement une méthode de conquête. C’est devenu un objet politique à part entière, discuté, contesté, parfois loué pour sa capacité à gouverner, parfois critiqué pour sa verticalité et sa difficulté à durer sans Emmanuel Macron lui-même. La question n’est donc plus seulement de savoir ce qu’a été En Marche !. Elle est de savoir ce qu’il peut encore produire.
Les faits : un appel à « rester pleinement engagés »
Le 6 avril 2026, pour les dix ans d’En Marche !, les cadres et anciens cadres rassemblés autour de Trait d’Union ont lancé un appel à l’engagement. Leur message veut remettre au centre les fondations du projet macroniste. Dans leur lecture, ce projet reste utile parce qu’il combine deux promesses : donner plus de liberté aux acteurs économiques et mieux protéger la société.
Leur argument repose aussi sur un constat biographique et politique. Beaucoup de ces responsables disent avoir commencé en politique avec l’émergence du mouvement. Certains ont depuis travaillé dans des cabinets ministériels, au Parlement, dans les collectivités ou dans le secteur privé. D’autres ont été élus à l’Assemblée nationale ou dans des municipalités. Autrement dit, le macronisme n’est plus seulement une équipe nationale. C’est aussi un réseau d’élus, de conseillers et d’anciens militants disséminés dans tout le pays.
Ce rappel intervient au moment où le camp présidentiel cherche à conserver une identité lisible. Le président ne peut plus se représenter en 2027. La question de la suite politique devient donc centrale. Dix ans après la naissance d’En Marche !, la parole des proches du chef de l’État vise autant à célébrer l’origine qu’à prévenir l’effacement.
Décryptage : pourquoi cet anniversaire compte encore
Un anniversaire de parti n’est pas qu’un exercice de mémoire. C’est souvent un test de cohésion. Ici, l’enjeu est simple : un mouvement pensé à l’origine comme une force de dépassement du clivage gauche-droite peut-il survivre comme identité autonome quand son fondateur n’est plus en position d’incarner seul la suite ?
Le macronisme a longtemps tiré sa force de sa promesse de renouvellement. Il a attiré des élus venus d’horizons différents, en misant sur la compétence, la réforme économique et un discours d’équilibre entre efficacité et protection. Mais cette souplesse a aussi son revers. Plus un mouvement veut rassembler large, plus il lui est difficile de fixer une ligne stable dans la durée.
C’est là que l’appel de Trait d’Union prend son sens. Il cherche à maintenir un fil politique entre le premier Macron de 2016, celui de la rupture avec les partis classiques, et le camp présidentiel d’aujourd’hui, confronté à l’usure du pouvoir, aux divisions internes et à l’après-Macron. Le mot d’ordre n’est pas seulement « se souvenir ». Il s’agit surtout de garder une capacité d’action collective.
Le message parle aussi aux élus locaux et nationaux qui se revendiquent encore de cette famille politique. Dans un système où les majorités sont plus fragiles et où les coalitions deviennent nécessaires, la question de la discipline, du récit commun et de l’offre politique compte davantage qu’avant. Un mouvement sans récit devient vite une simple étiquette. Un mouvement sans cadres devient une machine sans transmission.
Perspectives : entre fidélité au fondateur et bataille pour l’après
Les soutiens d’Emmanuel Macron défendent une lecture positive de ces dix ans. Pour eux, le mouvement a permis de renouveler la vie politique, de gouverner autrement et de porter des réformes qui auraient été impossibles dans les anciens cadres partisans. Ils mettent en avant la continuité d’un projet centré sur l’économie, l’entreprise et la protection sociale.
Les critiques, elles, rappellent une autre réalité. Pour beaucoup d’opposants, le macronisme a surtout incarné une personnalisation du pouvoir, une centralisation forte et une difficulté à transformer une victoire électorale en parti durable. La question de l’après-Macron renforce cette critique : si l’identité politique tient d’abord à une figure, que devient-elle lorsque cette figure disparaît de l’horizon présidentiel ?
Dans l’immédiat, cet anniversaire sert donc à resserrer les rangs. Il vise à rappeler que le camp présidentiel existe encore comme famille politique, malgré les tensions et l’échéance de 2027. Mais il pose aussi une question plus large : le macronisme peut-il se réinventer sans se renier ?
Horizon : ce qu’il faudra regarder dans les prochaines semaines
La suite se jouera sur deux terrains. D’abord, la capacité des proches du président à transformer cette commémoration en ligne politique claire. Ensuite, la bataille de succession qui s’ouvre déjà dans l’espace central, entre fidélité au chef de l’État et préparation de l’après.
Autrement dit, le vrai test ne sera pas l’anniversaire lui-même. Il sera dans la façon dont ses héritiers prétendront prolonger un mouvement né le 6 avril 2016, mais désormais confronté à sa propre question : comment durer quand son fondateur ne peut plus être le centre de gravité ?













