Donald Trump a recours à des sobriquets dépréciatifs pour désigner ses adversaires, une pratique qui, selon ses détracteurs et certains observateurs, vise autant à ridiculiser qu’à simplifier l’identification politique. Dans un couloir de la Maison Blanche, le président a fait accrocher des portraits de présidents américains accompagnés de plaques où figurent des épithètes à sa manière : on y lit notamment « Sleepy Joe » (« Joe endormi »), « Crooked Joe » (« l’escroc Joe ») et « Barack Hussein Obama ».
Une technique de communication
Les sobriquets ne sont pas de simples insultes ponctuelles : ils constituent un outil récurrent dans l’arsenal rhétorique de Donald Trump. L’usage systématique de formules courtes et frappantes facilite leur propagation dans l’espace médiatique et sur les réseaux sociaux. Le procédé transforme des opposants politiques en personnages reconnaissables, voire caricaturaux, ce qui réduit la complexité de leurs positions à une étiquette mémorisable.
Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine et auteur de Les Mots de Trump (Dalloz, 2024), souligne cet aspect formel : « Ce sont des surnoms très courts, très marqués, avec des allitérations et des assonances ». L’exemple est parlant : « Lying Ted », « Little Marco », « Sleepy Joe », « Crooked Hillary » ou « Pocahontas » fonctionnent comme des signaux sonores et sémantiques faciles à retenir.
Phonétique, répétition et mémoire
La construction phonétique de ces sobriquets — allitérations, assonances, courts groupes de mots — favorise leur rémanence. Répétés sans relâche, ils finissent par occuper l’espace symbolique réservé à l’identité publique de la personne visée. Le mécanisme évoque, selon le texte d’origine, une comparaison avec les épithètes homériques : les groupes nominaux comme « Achille aux pieds légers » ou « Ulysse aux mille ruses » servent dans l’Iliade et l’Odyssée à renforcer la mémoire collective, d’après les travaux du linguiste Milman Parry.
Appliquée à la sphère politique contemporaine, cette logique mnemonic se double d’un effet de simplification cognitive : un surnom court remplace des arguments complexes et facilite la diffusion de l’insulte par imitation. La répétition transforme le sobriquet en une identité imposée qui peut supplanter, dans l’opinion, d’autres descriptions plus nuancées.
Effets symboliques et politiques
Outre la fonction mnémotechnique, les sobriquets jouent un rôle symbolique. En réduisant un adversaire à un trait moqueur, ils contribuent à son déshumanisation verbale et à la personnalisation du conflit politique. Cette stratégie vise aussi à mobiliser une base électorale autour d’un récit simple, homogène et aisément partageable.
Sur le plan du discours public, l’usage répété de telles étiquettes peut polariser les débats et limiter la capacité des rivaux à définir eux-mêmes leur image. L’effet recherché est double : discréditer l’adversaire tout en renforçant la visibilité et l’autorité du locuteur qui nomme.
Il faut toutefois rester prudent avant de tirer des conclusions causales définitives sur l’impact électoral de ces pratiques. L’observation relève du registre rhétorique et symbolique, et l’efficacité réelle dépend de nombreux facteurs contextuels, parmi lesquels la médiatisation, la réception du public et la capacité des personnes visées à réagir.
En somme, les surnoms employés par Donald Trump combinent formes sonores faciles à retenir et répétition stratégique pour modeler l’image de ses opposants. Qu’il s’agisse de « Sleepy Joe », de « Crooked Hillary » ou de « Barack Hussein Obama », ces appellations témoignent d’une pratique de pouvoir où le langage vise à réassigner une identité publique.





