Crise du SCAF : blocage France-Allemagne-Espagne sur gouvernance Dassault-Airbus, scénarios alternatifs et enjeu d’autonomie stratégique européenne

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SCAF, le Système de Combat Aérien du Futur porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne et visant à remplacer Rafale et Eurofighter d’ici 2040, est bloqué : fin décembre 2025, la signature des contrats a été reportée en raison d’un conflit entre Dassault et Airbus sur la gouvernance, le partage des technologies et la propriété intellectuelle. Face à ce blocage, des scénarios alternatifs — développements séparés avec briques communes (cloud, drones), alliances avec Saab ou le GCAP — sont à l’étude, alors que la réussite du SCAF reste déterminante pour l’autonomie stratégique européenne.

Porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne, le projet destiné à remplacer, à l’horizon 2040, le Rafale français et l’Eurofighter européen devait incarner une avancée majeure de la coopération militaire entre Paris et Berlin. Lancé en 2017, ce programme baptisé SCAF (Système de Combat Aérien du Futur) associe plusieurs volets : un nouveau chasseur (le NGF, New Generation Fighter), des drones accompagnateurs et un « cloud de combat ».

Ambitions techniques et partenaires industriels

Le SCAF vise à produire un avion de combat de nouvelle génération capable de rivaliser avec le F-35 américain et d’équiper les armées des pays partenaires. Le projet se fonde sur une alliance industrielle entre deux acteurs majeurs : Dassault Aviation, maître d’œuvre du NGF, et Airbus Defence and Space, pilotant notamment les contributions allemandes et espagnoles.

Les États partenaires définissent les grandes lignes politiques et financières. En pratique, ce sont les industriels qui conçoivent le système en répartissant tâches, budgets, responsabilités et accès aux technologies sensibles. Cette division du travail est précisément le terrain sur lequel les tensions se cristallisent.

Divergences sur la gouvernance et le partage technologique

Au cœur du différend figurent la gouvernance technique, le rôle respectif des industriels et le partage de la propriété intellectuelle. Dassault insiste sur sa maîtrise de la chaîne complète d’un avion de combat et refuse une gouvernance qui lui ôterait un droit de décision important sur l’architecture de l’appareil. Airbus, pour sa part, demande un rôle plus conséquent au regard des investissements allemands et espagnols, ainsi qu’un partage plus large de la propriété intellectuelle.

Ces désaccords ont mené, fin décembre 2025, à un report de l’étape suivante du programme et, de fait, à l’absence de signature de contrats industriels, sans nouvelle échéance fixée. Tant que le partage n’est pas verrouillé, les contrats restent en suspens et le programme demeure bloqué.

Les tensions ont donné lieu à des prises de parole franches entre dirigeants. En septembre 2025, Éric Trappier, patron de Dassault, affirmait que son groupe était capable de construire « tout seul de A à Z » le futur avion de combat européen. Le mois suivant, Guillaume Faury, PDG d’Airbus, a prévenu que si les partenaires n’étaient pas d’accord pour continuer, « ils sont libres de quitter le SCAF ».

Du côté des autorités, des déclarations laissent apparaître une volonté de maintien du projet. Le 26 janvier, Catherine Vautrin, ministre française des Armées, déclarait croire encore au programme : « Mon souhait le plus profond est de réussir à sortir le projet, mais la solution est chez les industriels, l’État n’a pas à entrer dans les secrets industriels des entreprises ».

Scénarios alternatifs et enjeux stratégiques

Face au blocage, plusieurs pistes sont évoquées sans qu’aucune décision définitive n’apparaisse dans le corpus d’information fourni. Une option consisterait à laisser chaque industriel avancer séparément sur son propre chasseur, tout en conservant des briques communes, comme un cloud de combat et certains drones. Cette solution a été soutenue publiquement par des acteurs allemands du secteur aéronautique et par le syndicat IG Metall, selon le texte original.

D’autres rapprochements bilatéraux ou multinationaux ont été évoqués. Des contacts avec le suédois Saab et des discussions autour du programme GCAP (Global Combat Air Programme), rassemblant des partenaires britannico‑italo‑japonais, sont apparus comme des alternatives potentielles au cadre franco‑allemand‑espagnol. L’idée serait de développer un avion sans dépendre d’un accord unique avec Dassault.

Sur le plan stratégique, la coopération entre Paris et Berlin reste un levier pour renforcer l’autonomie européenne en matière de défense, face aux États-Unis et à la montée en puissance de la Chine. Mais la réussite dépendra de la capacité des industriels à dépasser leurs divergences et à mettre de côté leurs rivalités commerciales pour lancer la phase industrielle.

Reste une incertitude concrète : les industriels parviendront‑ils à s’accorder sur la gouvernance, le partage des technologies et la propriété intellectuelle afin de permettre au SCAF d’atteindre sa date d’entrée en service prévue ? Les déclarations publiques montrent une volonté politique, mais aussi la réalité d’un programme désormais conditionné par des arbitrages industriels non encore tranchés.

Parlons Politique

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