Deux livres pour un hommage à distance
À l’occasion des 30 ans de la disparition de François Mitterrand, deux parutions proposent au lecteur des approches distinctes mais complémentaires de la figure de l’ancien président. D’un côté, Jean Glavany, ancien chef de cabinet, livre un recueil de souvenirs personnels intitulé François Mitterrand. Conversations intimes (Perrin, 312 pages, 22 euros). De l’autre, les historiens Judith Bonnin et Pierre-Emmanuel Guigo publient une biographie courte et factuelle, sobrement titrée Mitterrand (PUF, 224 pages, 16 euros).
Souvenirs en fragments : l’angle de Jean Glavany
Le récit de Jean Glavany prend la forme de fragments et d’instantanés. Il relate ses « moments Mitterrand », depuis leur première rencontre au Parti socialiste, en 1979, jusqu’aux derniers instants de la présidence. Le ton est proche et ponctué d’anecdotes de coulisses, ce qui confère au livre un caractère de témoignage de première main.
Parmi les épisodes rapportés, Glavany décrit la soirée du 10 mai 1981 à Château-Chinon (Nièvre). Il précise qu’il se trouvait dans la chambre 15 de l’Hôtel du Vieux-Morvan quand il reçut l’appel de Lionel Jospin annonçant la victoire. Il raconte comment il descendit précipitamment l’escalier pour retrouver Mitterrand, alors occupé à discuter de la forêt du Morvan et des menaces pesant sur ses résineux. Lorsqu’on lui glissa qu’il venait d’être élu, le futur président resta imperturbable : « Bon, nous verrons cela tout à l’heure. »
Glavany rapporte d’autres traits du caractère présidentiel et de son rapport au temps. Il cite une remarque de Mitterrand : « Vous apprendrez que même le très urgent peut toujours attendre un peu. » Ces formules illustrent la manière dont l’auteur perçoit la capacité du président à relativiser l’urgence politique.
Le livre revient également sur la proximité professionnelle entre le président et son chef de cabinet. À l’Élysée, Glavany dit avoir accompagné Mitterrand partout et retenu des détails intimes de la vie quotidienne au pouvoir. Il raconte notamment un épisode de voyage, lorsque le président prévint qu’une « amie » — Anne Pingeot — les accompagnerait. Glavany, caché derrière un journal, rapporte avoir surpris une « conversation incroyable d’érudition » sur les antiquités grecques.
Biographie synthétique : Bonnin et Guigo
La biographie de Judith Bonnin et Pierre-Emmanuel Guigo adopte une visée différente. Plus courte et collective, elle se veut une présentation synthétique de la trajectoire politique et personnelle de François Mitterrand. Le format permet d’offrir au lecteur une lecture condensée et structurée, sans prétendre remplacer des études biographiques plus ambitieuses.
Les auteurs historiennes lissent le parcours pour en extraire les étapes majeures et les tensions essentielles. Le livre peut servir de point d’entrée pour qui souhaite comprendre les grandes lignes d’une vie politique complexe. Sa brièveté (224 pages) vise justement à rendre la matière accessible tout en conservant une exigence historienne.
Deux lectures complémentaires
Face à ces deux ouvrages, le lecteur dispose de deux clés d’entrée distinctes. Le témoignage de Glavany mise sur l’intimité et les impressions personnelles. Il éclaire des traits du personnage par le biais d’anecdotes et de citations rapportées. La biographie de Bonnin et Guigo, quant à elle, privilégie la synthèse et le cadrage historique.
Ces approches se complètent : l’une donne de la chair et des inflexions à la figure publique, l’autre replace cette figure dans un récit chronologique et analytique. Ensemble, elles contribuent à renouveler la lecture d’une présidence déjà largement étudiée.
Lecture critique et portée
Les deux ouvrages n’ambitionnent pas la même chose. Le livre de Glavany fonctionne comme un recueil de mémoires personnelles, utile pour qui cherche des impressions de coulisses. La biographie collective propose un panorama concis, adapté à une première approche ou à un rafraîchissement historique.
Chaque lecteur pourra ainsi choisir selon son attente : l’intimité trompeuse des souvenirs ou la brièveté ordonnée d’une biographie académique. Les éléments rapportés — citations, anecdotes précises, indications d’édition — permettent de situer la portée et les limites de chaque texte sans extrapoler au-delà de ce que leurs auteurs livrent.
En l’état, ces deux parutions offrent un double éclairage utile pour commémorer la figure de François Mitterrand à l’occasion de cet anniversaire, en privilégiant soit l’expérience vécue d’un proche collaborateur, soit la synthèse critique d’historiens.





