Une image marquante: Jeanne d’Arc sur la Seine
Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques en juillet 2024, une cavalière en armure a parcouru la Seine, laissant une image forte dans l’espace public et médiatique.
Les organisateurs ont confirmé que la référence historique visait Jeanne d’Arc, et la créatrice de la scène, Jeanne Friot, a souligné la dimension queer de la représentation. L’apparition a renouvelé le débat sur les usages contemporains de la figure historique et sur la manière dont les symboles nationaux sont réinterprétés.
Rappel historique succinct
Jeanne d’Arc, dite « la Pucelle », est une figure emblématique de la guerre de Cent Ans. En 1429 elle contribue au siège d’Orléans et fait mener le sacre du roi Charles VII à Reims; capturée par les Anglais en 1430, elle est exécutée par le bûcher en 1431.
Ces repères chronologiques sont souvent rappelés pour situer la transformation de son image: d’héroïne militaire et religieuse à une icône aux usages multiples dans la culture contemporaine.
Jeanne d’Arc comme icône queer: origines et manifestations
La lecture de Jeanne d’Arc comme figure queer s’est d’abord imposée dans le monde anglophone avant de gagner, plus récemment, des cercles culturels en France. L’ouvrage de l’activiste Leslie Feinberg, Transgender Warriors (Beacon Press, 1996, non traduit en français), est souvent cité comme un moment important: Feinberg y décrit Jeanne comme androgyne, avec des cheveux courts et des habits d’homme, et la présente comme un symbole de résistance au patriarcat.
Depuis les années 1990, ces interprétations se sont diffusées dans divers domaines artistiques et médiatiques. La mode et la musique ont multiplié les références: Madonna lui a consacré un titre en 2015, et la chanteuse belge Angèle a posé en 2024 en couverture du magazine Photo, vêtue d’une armure, explicitant ainsi la porosité entre histoire, identité et image pop.
La scène des Jeux de juillet 2024 s’inscrit dans cette trajectoire: elle illustre comment une figure historique peut être mobilisée pour questionner les normes de genre et pour faire écho à des préoccupations contemporaines, qu’elles soient artistiques, politiques ou identitaires.
Questions et répercussions
La réactivation de Jeanne d’Arc soulève plusieurs questions. D’une part, la traduction visuelle d’une icône historique en vecteur d’une revendication identitaire montre la perméabilité des symboles aux lectures contemporaines. D’autre part, cette opération interroge les limites entre hommage, appropriation et instrumentalisation politique.
Le fait que les organisateurs aient reconnu la référence et que la créatrice ait revendiqué une lecture queer montre aussi la volonté de faire dialoguer spectacle et signification: l’événement public devient un lieu de mise en récit collectif où l’histoire sert de matériau pour des discours actuels.
Enfin, la circulation médiatique de l’image — amplifiée par la presse et les réseaux sociaux après la cérémonie — contribue à consolider certaines lectures tout en en marginalisant d’autres. Les usages contemporains de Jeanne d’Arc témoignent d’une appropriation plurielle, parfois concurrente, de son héritage symbolique.
Sans présumer des intentions de tous les interprètes, cet épisode illustre la force continue des symboles historiques et la capacité des sociétés à les remettre en circulation selon des clés de lecture nouvelles.





