« Elue présidente de la République, je ferai de la nation la protectrice des enfants maltraités », promettait Marine Le Pen en 2022. Depuis cette déclaration, la présence régulière des représentants du Rassemblement national (RN) sur les plateaux de Jean‑Marc Morandini, animateur de CNews, est devenue un point de tension politique et médiatique.
Condamnation définitive et réponse judiciaire
Jean‑Marc Morandini a été condamné pour « corruption de mineurs » en 2022, une condamnation qui avait été confirmée en appel en 2025. Le pourvoi formé devant la Cour de cassation a été rejeté mercredi 14 janvier 2026, rendant la décision judiciaire définitive.
Quelques heures après l’arrêt de la plus haute juridiction, CNews a annoncé le maintien de l’animateur à l’antenne. Cette annonce a relancé le débat sur la responsabilité des chaînes et la place accordée à des personnalités frappées d’une condamnation pénale définitive.
Position officielle du RN et pratiques des porte‑parole
Jusqu’à la confirmation en cassation, plusieurs porte‑parole du RN s’étaient prévalus de la présomption d’innocence et avaient laissé entendre qu’ils cesseraient de participer aux émissions animées par M. Morandini en cas de condamnation définitive. La position publique du parti restait prudente : il revendiquait le respect des procédures judiciaires tout en suggérant une possible abstention en cas d’arrêt irrévocable.
Pourtant, la réalité des apparitions médiatiques s’est montrée différente. Jeudi 15 janvier 2026, Matthieu Valet, porte‑parole du RN, député européen et candidat aux élections municipales à Lille, a passé environ une heure sur le plateau de Jean‑Marc Morandini. Les échanges ont porté notamment sur l’immigration et l’insécurité, deux thèmes récurrents du discours du parti.
Sollicité par Le Monde, Matthieu Valet — décrit comme un ancien policier — n’a pas répondu dans l’immédiat aux demandes de précision sur ses motivations ou sur l’interprétation qu’il faisait du refus de CNews de retirer l’animateur. De son côté, Victor Chabert, responsable de la communication du RN, a confirmé que les porte‑parole du parti restaient libres de se rendre chez M. Morandini.
Un choix assumé malgré les tensions
Le maintien des interventions du RN sur CNews, après l’arrêt de la Cour de cassation, illustre une approche pragmatique : le parti ménage l’espace médiatique qui lui permet d’atteindre ses publics. L’attitude du parti a été perçue par certains observateurs comme une forme de soutien tacite à l’animateur, quand d’autres y voient simplement l’application d’une liberté d’expression et de circulation des porte‑parole politiques.
La décision de CNews et la liberté de choix laissée aux représentants du RN soulèvent aussi des questions éthiques et éditoriales. Elles interrogent la responsabilité des médias dans la sélection de leurs invités et la manière dont ils concilient exigence déontologique et logique d’audience.
Enjeux politiques et relais médiatiques
Pour le RN, l’accès aux plateaux reste un canal essentiel de diffusion de son message, particulièrement sur des sujets qui mobilisent son électorat. La présence continue de ses porte‑parole sur CNews après la condamnation définitive de l’animateur montre que le parti privilégie le levier médiatique pour débattre de ses priorités politiques.
À court terme, cette stratégie permet au RN de contrôler son récit et de répondre rapidement aux polémiques. À plus long terme, elle soulève la question de l’impact sur l’image du parti et sur la perception du public quant à la cohérence de ses prises de position, notamment au regard des engagements affichés par certains de ses dirigeants.
La situation reste évolutive : les réactions des autres groupes politiques, des régulateurs audiovisuels et des directions de chaînes pourraient influer sur la suite. En l’état, la combinaison d’une condamnation judiciaire devenue définitive, du maintien de l’animateur à l’antenne et de la liberté laissée aux porte‑parole du RN illustre une convergence entre enjeux judiciaires, éditoriaux et politiques.
La chronologie factuelle demeure importante pour comprendre les choix : condamnation en 2022, confirmation en appel en 2025, rejet du pourvoi par la Cour de cassation le 14 janvier 2026, puis intervention d’un porte‑parole du RN le 15 janvier 2026. Ces dates structurent le récit et aident à apprécier la portée des décisions prises par les différents acteurs.





