Vendredi 19 décembre, la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris a connu sa routine quotidienne de comparutions immédiates : une succession serrée d’audiences où le temps de préparation des défenseurs est compté et l’atmosphère, tendue. Au banc des avocats, de jeunes professionnels — pour beaucoup commis d’office et encore dans la trentaine — feuillettent en urgence les quelques pages de procédure qu’ils auront à plaider pour des prévenus amenés quelques minutes plus tôt depuis les geôles du palais de justice.
Un rythme effréné et des affaires hétéroclites
Le fonctionnement de ces audiences, souvent qualifié de « justice d’abattage » par des observateurs, se lit dans de petits gestes : consultations fiévreuses des dossiers, échanges rapides avec le prévenu, plaidoiries brèves et parfois improvisées. Dans le box, un homme de 46 ans au casier déjà chargé — dix-neuf mentions y figurent — attend son tour en souriant de manière presque béate quand la présidente l’interroge.
Interrogé sur les raisons de son appel au 15 pour une fausse alerte à la bombe, il répond, selon le compte rendu de l’audience, qu’il est « très désolé », qu’il avait « trop bu de vodka » et qu’il ne se souvient de rien. Ces déclarations, prononcées devant la juridiction des comparutions immédiates où la garde à vue se prolonge souvent jusqu’au procès, trahissent la précarité et la brutalité de certains parcours judiciaires.
Au-delà des dossiers ordinaires : une affaire reliée à Nicolas Sarkozy
Au banc des parties civiles, Me Christophe Ingrain, avocat élégant et grisonnant, attend le dossier suivant avec une attention visible. L’affaire qui suit concerne un nom connu du grand public : l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy est lié à la procédure qui va être examinée après l’audience en cours. Me Ingrain montre une certaine étonnante face au mode opératoire de ces audiences nombreuses et rapides, qui ne lui sont pas familières.
Peu après, deux hommes de 24 et 28 ans font leur entrée dans le box. Au physique juvénile, cheveux bouclés, Iliès B. et Ange O. comparaissent pour « menaces de mort » après avoir diffusé sur TikTok une vidéo tournée depuis leur cellule le 21 octobre, jour que le dossier identifie comme celui de l’entrée de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé.
La vidéo est accompagnée d’un commentaire explicite et violent : « Il va passer une mauvaise détention. On va venger Kadhafi. Rends les milliards, on est au courant de tout, Sarko. » Ces propos constituent le cœur des poursuites pour menaces, la qualification retenue étayant l’ouverture d’une information judiciaire et la saisine du tribunal correctionnel.
Les éléments exposés au prétoire restent factuels : la date de la captation, le support de diffusion (TikTok), le contenu textuel de l’expression et la situation des deux prévenus au moment des faits. Le dossier, tel qu’il a été présenté lors de l’audience, se concentre sur la portée des propos et leur contexte pénal, sans que des éléments supplémentaires — comme une revendication précise, une appartenance organisée ou des antécédents procéduraux détaillés — ne soient développés publiquement à ce stade de la procédure.
La juxtaposition, dans la même matinée, d’un prévenu récidiviste aux gestes apparemment impulsifs et celle de jeunes auteurs de menaces publiques diffusées sur un réseau social illustre la diversité et la complexité des dossiers traités en comparutions immédiates. Elle met aussi en lumière les défis de la réponse pénale face à la viralité des contenus en ligne et à la récurrence de comportements délictueux pour certains prévenus.
Sans conclure sur le fond des affaires, l’audience de ce jour montre combien le tribunal correctionnel est à la fois un lieu de traitement rapide des infractions et un théâtre où se jouent, en quelques minutes, des décisions aux conséquences souvent lourdes pour les personnes mises en cause et pour les victimes.





