Pourquoi des Américains viennent s’inspirer de l’illibéralisme d’Orbán : réseaux conservateurs, médias et stratégie juridique menacent les démocraties libérales

Share This Article:

Dans Le Monde, le politiste Valentin Behr alerte sur la diffusion transnationale de l’« illibéralisme » : des réseaux conservateurs mutualisent stratégies et tactiques (médias, droit, mobilisation), rendant le modèle hongrois d’Orbán attractif et menaçant les démocraties libérales.

Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, le politiste Valentin Behr, chercheur en sciences politiques au CNRS, alerte sur la montée et la circulation transnationale de courants politiques qualifiés d’« illibéraux ». « Aujourd’hui les Américains viennent en Hongrie s’inspirer de l’illibéralisme d’Orban », déclare-t-il, résumé qui met en lumière la diffusion d’expériences et de pratiques entre acteurs politiques de plusieurs pays.

Des réseaux transnationaux qui mutualisent leurs expériences

Les travaux de Valentin Behr portent sur la reconfiguration idéologique des droites et sur les réseaux conservateurs transnationaux, en Europe et entre l’Europe et les États‑Unis. Selon lui, ces réseaux ne se contentent pas d’échanger des idées ; ils partagent aussi des stratégies, des référentiels et des modes d’action politique. Cette mise en commun permet à des acteurs de différents systèmes institutionnels de tester, d’adapter et de diffuser des pratiques qui ont fait leurs preuves ailleurs.

La logique est double : outre la circulation d’arguments intellectuels, ces échanges offrent un apprentissage tactique. Ils portent, par exemple, sur la manière de remodeler l’espace médiatique, de redessiner des cadres juridiques ou de mobiliser des clientèles électorales. Behr souligne que la transnationalisation de ces savoirs politiques renforce la capacité d’action d’acteurs nationalistes ou conservateurs sur leur terrain domestique.

Diversité des origines idéologiques au sein d’un même label

Un point central de ses recherches est la diversité des origines idéologiques sous l’étiquette commune de « conservatisme ». Certains partis, comme le PiS en Pologne et le Fidesz en Hongrie, appartenaient à une droite libérale conservatrice avant de se radicaliser progressivement. Le Fidesz, parti dirigé par Viktor Orbán, était membre du Parti populaire européen (PPE) jusqu’en 2021, rappelle Behr, une affiliation qui témoigne du glissement idéologique observé ces dernières années.

D’autres formations proviennent d’une tradition nettement plus radicale et parfois qualifiée de postfasciste. C’est le cas, selon son analyse, d’organisations et de mouvements identifiés comme lointains héritiers de la « nouvelle droite ». Parmi les exemples contemporains évoqués figurent le Rassemblement national (France), Fratelli d’Italia (Italie) et certains courants de l’alt‑right aux États‑Unis.

Parmi les références intellectuelles communes à ces acteurs, Behr cite notamment Alain de Benoist et la mouvance dite de la « nouvelle droite », apparue en France à la fin des années 1960. Cette filiation idéelle joue un rôle symbolique : elle offre un lexique et une grille d’interprétation utiles pour fédérer des militants et légitimer des ruptures par rapport aux modèles démocratiques libéraux.

Le modèle hongrois et son attractivité

Le cas hongrois est, pour Behr, emblématique. Le discours et les réformes impulsées par Viktor Orbán ont été présentés comme une alternative à un modèle libéral‑démocrate jugé dépassé par certains acteurs internationaux. Cette attractivité s’explique par la combinaison d’un ancrage institutionnel consolidé et d’une capacité de communication forte, capables d’attirer des visiteurs et des interlocuteurs étrangers désireux d’observer des dispositifs jugés efficaces.

La formule citée en ouverture — sur des Américains venant s’inspirer de l’« illibéralisme » hongrois — illustre cette dimension pratique : il ne s’agit pas seulement d’imitation rhétorique, mais d’un apprentissage concret sur des manières de gouverner et de peser sur le cadre normatif.

Valentin Behr note toutefois que la réception de ces modèles varie fortement selon les contextes nationaux. La transposition d’outils politiques conçus pour une réalité institutionnelle donnée n’aboutit pas automatiquement à des résultats identiques ailleurs. Les adaptations requises, ainsi que les résistances locales, pèsent sur le degré d’importation des pratiques.

Au terme de son entretien, le chercheur souligne l’importance d’étudier ces circulations transnationales non seulement comme des phénomènes idéologiques, mais aussi comme des processus concrets de construction du pouvoir. L’analyse de ces réseaux permet de mieux comprendre les transformations des droites contemporaines et les défis qu’elles posent aux démocraties libérales.

Parlons Politique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Subscribe To Our Newsletter

No spam, notifications only about new products, updates.

[contact-form-7 id="b565394" title="Untitled"]

L’actu politique, sans détour

En bref

Parlons Politique décrypte l’actualité française et internationale avec clarté et précision en utilisant l’IA.

Analyses, débats et enquêtes : notre rédaction s’engage à vous offrir une information fiable, accessible à tous et sans détour.

© 2025 Parlons Politique