Quand la tokenisation de l’or congolais promet de protéger les mineurs : peut-elle vraiment restituer la valeur au pays et réduire l’informel ?

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Le projet GoldConnect et son SGRT promettent de tracer l’or artisanal congolais via un jeton adossé à l’or, drones et marquages ADN compris. L’enjeu citoyen : la formalisation bénéficiera-t-elle aux mineurs ou captera-t-elle la valeur par des intermédiaires ?

Un gramme d’or, une question simple

Pour un mineur artisanal congolais, la vraie question n’est pas de savoir ce qu’est un token. C’est de savoir si son or sera enfin acheté au grand jour, sans détour par des filières opaques, et si la valeur restera dans le pays. Le programme AXIS de tokenisation des ressources congolaises veut répondre à cette question avec GoldConnect et le SGRT, un jeton présenté comme adossé à l’or et garanti par l’État congolais.

Le décor est plus large que la technologie. L’OCDE rappelle que les chaînes minières dans les zones à haut risque peuvent nourrir violations des droits, corruption et conflits, d’où des règles de diligence raisonnable pour les acheteurs et raffineurs. La Banque mondiale dit aussi que l’artisanal reste une source de revenu massive, mais souvent informelle, dangereuse et polluante. C’est dans ce chaos que la RDC tente de faire entrer l’or dans une chaîne formelle.

De la pépite au jeton : la chaîne promise

Concrètement, le Fonds social de la RDC et Phoenix Capital B.V. portent le programme, avec WinstantGold comme plateforme technique. Le projet annonce une chaîne complète : repérage des pépites, enregistrement sur une blockchain, transport sécurisé par drones, raffinage au standard LBMA Good Delivery et sortie vers des infrastructures suisses. Sur son site, l’initiative dit viser la traçabilité totale, de la mine au coffre.

Les chiffres donnent la mesure du pari. Chaque SGRT doit représenter 1 gramme d’or réel. Le plan affiche 50 000 kg d’or à tokeniser sur 15 ans, pour 50 millions de SGRT, auxquels s’ajoutent 25 millions de FCRT, un bonus lié au carbone. La conversion en or physique doit commencer à partir de la sixième année, à raison de 10 % par an. Le diagnostic interne du programme est sévère aussi : seulement 10 % de l’or artisanal serait enregistré, contre 90 % qui passerait par l’informel ou l’illégal.

Sur le terrain, l’or doit être surveillé et transporté avec des drones. Le projet présente cela comme une réponse aux pillages, aux barrages et à l’insécurité des axes forestiers. L’idée n’est pas de numériser une fois l’or déjà sécurisé. C’est de faire de la sécurité, de la traçabilité et du contrôle de l’identité la condition même de la vente. Et c’est précisément là que les marges de manœuvre se resserrent pour les circuits informels.

Le détour par la Suisse n’est pas anodin. La place suisse reste un nœud majeur du raffinage de l’or, et la LBMA encadre les raffineurs capables de produire des barres négociables sur le marché international. Cela donne au projet un vernis de liquidité et de crédibilité. Mais cela place aussi la chaîne sous un regard plus strict, car la transparence sur l’origine des métaux progresse vite.

Qui gagne, qui paie, qui prend le risque

Les gagnants potentiels sont identifiables. L’État congolais espère récupérer de la valeur, de la visibilité et des réserves. Les coopératives pourraient obtenir un acheminement plus sûr, des équipements et un accès plus stable au marché. Les partenaires privés, eux, prennent en charge une partie de la technique, de la logistique et de la commercialisation. Les acheteurs de SGRT, enfin, sont censés gagner un accès prioritaire à l’or physique, présenté comme plus lisible et mieux garanti.

Le projet profite aussi aux maillons situés au bout de la chaîne : raffineurs, logisticiens, opérateurs de stockage et plateformes numériques. En clair, chaque couche de sécurisation crée un marché de services. C’est utile si elle protège les mineurs. C’est plus discutable si elle capte une partie trop importante de la valeur ajoutée sans améliorer le revenu des creuseurs. C’est une inférence logique à partir des règles de diligence et des besoins opérationnels décrits par l’OCDE et la Banque mondiale.

Mais le coût d’entrée monte vite. Plus la chaîne devient auditable, plus elle demande des justificatifs, des standards techniques et une sécurité que les petits producteurs ne possèdent pas toujours. La Banque mondiale rappelle que l’ASM, l’exploitation minière artisanale, reste marquée par des risques juridiques, sanitaires et environnementaux, même quand elle fournit des revenus essentiels. L’OCDE, elle, insiste sur des contrôles adaptés aux zones à haut risque pour éviter que la formalisation ne se contente de déplacer le problème.

Entre promesse de souveraineté et test de crédibilité

Le pari politique est donc double. D’un côté, la RDC veut montrer qu’elle peut transformer un actif souvent perdu dans les circuits parallèles en levier de souveraineté économique. De l’autre, elle doit prouver que la traçabilité ne s’arrête pas au discours. La Banque mondiale rappelle que l’artisanal reste une source de revenus vitale, mais qu’il fonctionne trop souvent dans l’informalité, l’insécurité et la dégradation environnementale. Dans ce cadre, la traçabilité peut devenir un vrai outil de gouvernance, à condition d’être appliquée sur le terrain, pas seulement dans une plateforme numérique.

La pression externe va dans le même sens. La LBMA a lancé en juin 2025 une consultation pour renforcer les obligations de transparence des raffineurs, avec davantage d’informations publiques sur les fournisseurs et les lieux d’origine. Autrement dit, le secteur de l’or est de moins en moins tolérant avec les chaînes opaques. Le passage par la Suisse ne protège donc pas d’un contrôle accru ; il l’expose au contraire davantage.

L’échéance à surveiller, maintenant, est le démarrage annoncé en avril 2026 de l’extraction d’or éthique. C’est là que tout se jouera : nombre de coopératives réellement intégrées, fiabilité des audits, cadence des transferts, capacité du raffinage à suivre et niveau de protection sur les sites. Si ces points tiennent, le SGRT pourra revendiquer autre chose qu’une promesse. Sinon, le jeton restera plus rapide à expliquer qu’à prouver.

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