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Rémi Lefebvre : pourquoi la stratégie de LFI peut séduire au 1er tour de la présidentielle mais échouer au second

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Rémi Lefebvre, politiste à l’université de Lille, dresse un bilan critique de La France insoumise : sa radicalité et sa verticalité renforcent la mobilisation au premier tour mais entravent la capacité d’alliance au second tour, tandis que les polémiques (accusations d’antisémitisme, liens supposés avec l’ultragauche) et la communication intransigeante de Jean‑Luc Mélenchon affaiblissent son attractivité auprès des électeurs modérés.

Rémi Lefebvre est professeur de science politique à l’université de Lille et spécialiste de la gauche française et des partis politiques. Dans un entretien accordé au journal Le Monde, il tire un bilan critique de La France insoumise (LFI) et décrypte les tensions internes et externes qui entourent le mouvement.

Un diagnostic centré sur la stratégie électorale

Selon Lefebvre, la stratégie choisie par LFI vise à consolider une base électorale très mobilisée autour d’une ligne radicale. «La stratégie de LFI peut fonctionner au premier tour de la présidentielle, mais pas au second», explique-t-il, soulignant la capacité du mouvement à attirer un électorat protestataire lors du premier tour mais sa difficulté à rassembler au-delà de ce noyau au moment du second tour.

Ce constat repose, d’après le politiste, sur la nature même du message et sur la construction identitaire du parti. Le positionnement radical permet de capter des voix contestataires et d’apparaître comme une alternative claire au système traditionnel. En revanche, cette même radicalité limite la capacité d’alliance et d’encaissage des électeurs modérés indispensables pour un duel final.

Accusations et controverses : un héritage qui pèse

L’entretien rappelle les accusations récentes dont LFI a fait l’objet, notamment des reproches d’antisémitisme et des critiques sur des liens supposés avec des groupes d’ultragauche violents. Lefebvre souligne que ces controverses pèsent sur l’image publique du mouvement et compliquent son ambition de rassembler au-delà de son électorat de base.

Il insiste sur le coût politique de ces polémiques : pérdida de confiance d’une partie de l’opinion, exposition médiatique répétée et difficulté à convaincre des électeurs sensibles aux enjeux républicains et à l’unité nationale. Ces éléments, selon lui, rendent plus aléatoire un succès au second tour, où les enjeux de coalition et de respectabilité prennent une importance accrue.

Un fonctionnement interne très vertical

Le politiste décrit également un fonctionnement interne fortement verticalisé. Depuis sa création en 2016, LFI a développé des modes de décision centralisés et une discipline de ligne marquée. D’après Lefebvre, cette verticalité favorise la cohérence du message et la réactivité politique, mais elle crée aussi des fragilités.

Parmi ces fragilités figurent la difficulté à faire émerger des relais locaux autonomes et la concentration des responsabilités autour de figures centrales. Ce modèle organise une forte visibilité mais réduit la capacité du mouvement à absorber des controverses sans briser son unité apparente.

Le rôle de Jean-Luc Mélenchon et la communication publique

Interrogé sur la personnalité de Jean‑Luc Mélenchon, Lefebvre observe que le leader «ne bat jamais sa coulpe», formule qu’il emploie pour caractériser l’attitude publique du chef historique de LFI. Cette posture stratégique, ajoutet-il, alimente à la fois la fidélité d’une partie des militants et la polarisation de l’espace public.

En pratique, une communication sans concessions permet de maintenir une forte identité politique. Mais elle renforce aussi les lignes de fracture avec des électeurs qui recherchent davantage de nuances ou de compromis au moment des arbitrages décisifs, comme lors d’un second tour présidentiel.

Un pari politique risqué

Pour Lefebvre, le choix d’une ligne radicale constitue un pari politique aux conséquences contrastées. À court terme, il peut maximiser la visibilité et la mobilisation. À long terme, il risque d’isoler le mouvement et d’empêcher la constitution d’alliances nécessaires dans une logique de second tour.

Le politiste renvoie la question au cœur des stratégies partisanes contemporaines : Faut‑il privilégier la cohérence idéologique ou la capacité d’agrégation ? La réponse conditionnera non seulement les performances électorales de LFI, mais aussi sa place possible dans l’échiquier politique national.

Enfin, Lefebvre rappelle son travail académique mené avec Sébastien Michon, notamment l’article «Le populisme et le populaire. La France insoumise au prisme de sa représentation parlementaire» publié dans la revue Politix (2025), qui apporte un cadre analytique à ces observations.

Parlons Politique

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