RPR (1976-2002) : genèse, tensions et virage chiraquien — comment le parti de Jacques Chirac a façonné l’identité et l’héritage de la droite française

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Pierre Manenti retrace vingt‑cinq ans du RPR (1976‑2002) dans Le RPR. Une certaine idée de la droite : genèse, tensions internes, virage chiraquien et héritages qui continuent de façonner la droite française.

Pierre Manenti, spécialiste du gaullisme et ancien directeur de cabinet, propose une relecture détaillée de vingt‑cinq ans de vie politique française dans Le RPR. Une certaine idée de la droite (Passés composés, 416 pages, 24 euros). L’ouvrage retrace la trajectoire du Rassemblement pour la République, depuis sa création le 5 décembre 1976 jusqu’à sa dissolution au profit de l’UMP le 21 septembre 2002.

Un parti de rassemblement et d’événements marquants

Le livre replonge dans une époque où le RPR pouvait encore mobiliser des foules considérables : près de 100 000 personnes rassemblées à la porte de Pantin (Paris 19e) en 1977, selon les souvenirs évoqués par l’auteur. À son apogée, le parti revendiqua jusqu’à 885 000 adhérents en 1986, un chiffre qui illustre son ancrage en tant que force centrale de la droite française à la fin du XXe siècle.

La vie du RPR ne se limita pas aux seules tribunes électorales. L’auteur rappelle, parfois avec ironie, que le parti finança même un film, La Nuit du risque (réalisé par Sergio Gobbi, 1986), qualifié de « nanar » par certains contemporains. Le long métrage met en scène plusieurs figures du RPR — Bernard Pons (1926‑2022), Jacques Toubon, Philippe Séguin (1943‑2010) et Charles Pasqua (1927‑2015) — qui apparaissent en quelque sorte comme des cameos de leur propre carrière.

Une mosaïque idéologique : libéraux, sociaux et souverainistes

Manenti décrit le RPR comme une « auberge espagnole » où cohabitaient des sensibilités souvent contradictoires. D’un côté, des partisans d’un libéralisme à la française — parmi lesquels Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy —, de l’autre, une aile sociale incarnée par Philippe Séguin, et, enfin, des courants souverainistes représentés par Charles Pasqua.

Cette diversité interne montre que le parti n’a jamais été un bloc monolithique. Les tensions idéologiques traversent chaque chapitre : débats sur l’orientation économique, différences de stratégie électorale, et rivalités personnelles qui font parfois basculer des alliances en inimitiés. Grâce à des sources inédites et à plus de cinquante entretiens, l’auteur restitue ces oscillations presque au jour le jour.

La diplômatie entre familles politiques est aussi évoquée : le RPR dut composer avec l’aile orléaniste, incarnée par l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, plus libérale. Ce rapport de forces structura durablement la droite française et contribua à forger des compromis parfois instables.

Le chiraquisme et le post‑gaullisme

Au fil des pages, Pierre Manenti suit l’évolution de Jacques Chirac, figure centrale du RPR. Le récit montre un basculement politique : d’un « travaillisme à la française » défendu dans les premières années, Chirac opère, au milieu des années 1980, un virage jugé plus libéral, parfois rapproché d’une logique thatchérienne par certains observateurs.

Cette transformation illustre la difficulté de concilier une ligne personnelle et les attentes d’un parti hétérogène. L’auteur rappelle que le « chiraquisme » et le post‑gaullisme se confondent souvent dans les trajectoires des dirigeants, tout en laissant place à des lectures divergentes de ce que devait être la droite républicaine.

La fin du RPR se déroule sans faste. Le 21 septembre 2002, à Villepinte (Seine‑Saint‑Denis), le parti est fusionné dans l’Union pour une majorité présidentielle (UMP). Jacques Chirac, alors président de la République, n’a pas assisté à ce rassemblement et s’est contenté d’un message vidéo, un geste que Manenti interprète comme révélateur du lien ambigu entre le chef et la machine partisane qu’il avait contribué à modeler.

Autre point majeur de l’ouvrage : la porosité idéologique entre le RPR et le Front national. Manenti note que la question d’une alliance éventuelle avec l’extrême droite a agité les bureaux politiques du parti bien avant les débats contemporains. Si Jacques Chirac est aujourd’hui souvent présenté comme un rempart contre une « union des droites », l’auteur souligne qu’il a, dans le passé, navigué avec prudence sur ce terrain contesté.

En somme, Le RPR. Une certaine idée de la droite propose une chronique politique dense, nourrie d’entretiens et de documents inédits. Sans se transformer en étude critique exhaustive, l’ouvrage éclaire les forces et les ambiguïtés d’un parti qui a façonné la droite française de la fin du XXe siècle, tout en offrant des clés pour comprendre les héritages et les dissensions qui pèsent encore dans le paysage politique contemporain.

Parlons Politique

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