Un rapport de la Banque mondiale publié le 24 février 2026, couvrant 190 pays, livre un constat sévère : « seulement 4 % des femmes dans le monde vivent dans des pays leur garantissant des droits économiques quasiment égaux à ceux des hommes ». L’étude, intitulée « Les Femmes, l’Entreprise et le Droit », élargit son analyse au-delà des textes de loi pour examiner, pour la première fois, la mise en œuvre concrète des règles juridiques.
Un constat chiffré et des risques pour la prochaine génération
La Banque mondiale rappelle que les femmes représentent plus de la moitié de la population mondiale (52 %). Dans les dix prochaines années, environ 1,2 milliard de jeunes entreront sur le marché du travail, « dont la moitié sont des filles ». Le rapport alerte que « si des mesures ne sont pas prises très vite, des millions de jeunes femmes ne pourront pas accéder à un emploi, et les économies en paieront le prix ».
Le document souligne donc un risque systémique : l’absence d’égalité effective des droits économiques freine l’accès à l’emploi et réduit le potentiel productif des économies. Là où l’égalité juridique est effective, « les économies débloquent des talents, augmentent la productivité et génèrent davantage d’emplois mieux rémunérés », écrit la Banque mondiale.
Des lois adoptées, mais une application partielle
Les auteurs notent que des textes favorables existent souvent, mais qu’ils sont appliqués seulement en partie. Selon des experts juridiques cités dans le rapport, « les lois favorisant la pleine participation économique des femmes ne sont appliquées qu’en partie ». En clair, les gouvernements doivent encore fournir d’importants efforts pour transformer les réformes en changements concrets sur le terrain.
Entre 2023 et 2025, 68 économies à l’échelle mondiale ont adopté plus d’une centaine (113) de réformes juridiques positives dans la plupart des domaines de la vie économique des femmes, en particulier dans l’entrepreneuriat et la lutte contre les violences, précise le rapport. Ces progrès législatifs ont toutefois été accompagnés, dans de nombreux cas, de contraintes persistantes qui limitent l’accès des femmes au travail, à la création d’entreprise et à la sécurité nécessaire pour profiter des opportunités existantes, constate Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement.
Exemples de réformes et avancées récentes
Le rapport cite plusieurs gains concrets obtenus dans des pays qui ont engagé des réformes ambitieuses. L’Égypte, la Jordanie et Oman sont identifiés comme des pays ayant réalisé des progrès significatifs. L’Égypte se distingue particulièrement, selon le texte, se classant au premier rang des « réformateurs » du globe grâce à une augmentation de 10 points de son score en matière d’égalité juridique.
Parmi les réformes récentes relevées dans le rapport figurent l’allongement du congé parental rémunéré pour les mères (de 90 à 120 jours), l’introduction d’un jour de congé payé pour les pères, la mise en place de l’égalité salariale et l’autorisation de modalités de travail flexibles. Ces mesures visent à répartir plus équitablement les tâches parentales et à soutenir l’emploi des femmes.
Classements nationaux : l’Europe en bonne place, des régions en retard
Au classement juridique dégagé par la Banque mondiale, l’Espagne arrive en tête avec un score de 97,93/100, suivie par la Croatie (94,40) et la Slovénie (94,38). La France obtient un score de 92,93, identique à celui de l’Italie. Au total, quatorze pays membres de l’Union européenne figurent parmi les vingt meilleurs du classement.
En revanche, certaines régions restent nettement à la traîne. La Lettonie, 46e, figure parmi les États membres de l’UE les moins bien classés. En queue du classement mondial apparaissent, selon le rapport, des pays comme le Mexique et l’Uruguay. Plus généralement, les pays du Moyen-Orient et du Pacifique restent en retard selon les critères d’égalité entre les sexes établis par la Banque mondiale.
Le rapport conclut sur l’idée que renforcer les lois et les politiques publiques en faveur de l’égalité économique n’est pas seulement une question de justice : c’est aussi « un choix économique ». Pour les pays, il s’agit d’un levier essentiel pour développer l’emploi, stimuler la compétitivité et l’innovation, et soutenir une croissance soutenue sur le long terme.





