Quand faire la tournée des personnes âgées commence à coûter trop cher, qui paie la note ?
Pour une aide à domicile, le plein n’est pas une dépense comme une autre. C’est souvent la condition pour aller d’un logement à l’autre, sur des routes de campagne ou en périphérie des villes, sans perdre encore un peu de salaire à chaque trajet.
Un secteur déjà sous tension, des trajets incontournables
L’aide à domicile repose sur une mécanique simple et fragile : des professionnels qui enchaînent les visites chez des personnes âgées, dépendantes ou isolées. Le problème, c’est que ce métier s’exerce rarement au même endroit. Les kilomètres s’accumulent, et avec eux les frais de carburant.
Cette réalité pèse d’autant plus dans un secteur où les rémunérations restent basses. Selon la Drees, le revenu salarial annuel moyen des aides à domicile était de 7 040 euros en 2021, et de 8 950 euros si l’on additionne d’autres emplois salariés. Pour celles qui travaillent uniquement pour des particuliers employeurs, il tombait même à 4 100 euros sur l’année. Dans ce contexte, une hausse du carburant peut vite faire basculer l’équation quotidienne.
Le gouvernement promet un soutien, sans dire encore comment
Le secteur attend désormais un geste de l’exécutif. Le gouvernement a promis de soutenir les aides-soignantes et aides à domicile touchées par la flambée des prix à la pompe, mais les modalités restent floues.
Du côté des employeurs, l’impatience est forte. Loïc Gobé, pour la Fédération des entreprises de services à la personne, estime qu’« il y a urgence » et demande des mesures « très très rapides ». Il réclame un mécanisme proche de celui accordé fin mars 2022 aux pêcheurs et aux transporteurs routiers, avec une aide équivalente à 20 centimes par litre de carburant.
Le secteur ne part pas de zéro. En 2022, l’État avait déjà mis en place une remise carburant plus large : 15 centimes hors taxe par litre, puis davantage à certaines périodes, avec un coût budgétaire élevé. L’idée d’un soutien ciblé n’est donc pas nouvelle. Mais cette fois, la demande vient d’un métier du quotidien, moins visible que les professions du transport, et pourtant indispensable au maintien à domicile des personnes fragiles.
Pourquoi le carburant touche aussi directement l’aide à domicile
Le cœur du problème, c’est le décalage entre les frais réels et ce que remboursent les règles actuelles. Un rapport du Sénat souligne que les déplacements font partie intégrante de ces métiers. Il rappelle que 46 % des salariés de la branche parcourent entre 50 et 109 kilomètres par jour dans le cadre de leur activité, et que les aides-soignants sont en moyenne les plus mobiles. Le même document indique que l’indemnisation moyenne évoquée par la profession ne couvrirait qu’une petite part des frais réels.
Autrement dit, quand les carburants montent, le coût ne se répercute pas seulement sur les employeurs ou sur les finances publiques. Il tombe aussi sur les salariés, surtout quand ils utilisent leur voiture personnelle pour tenir leur tournée. Dans certains territoires, notamment ruraux, la voiture n’est pas un confort. C’est l’outil de travail.
Le risque est double. D’abord pour les professionnelles elles-mêmes, qui voient leur pouvoir d’achat rogné. Ensuite pour les usagers, car si les déplacements deviennent trop coûteux, certains salariés réduisent leur activité, se désengagent ou s’arrêtent. Le fondateur de la société Helpi dit voir des collègues se mettre en arrêt maladie pour ne plus avoir à sortir. Ce genre de signal dit quelque chose de simple : quand le trajet pèse trop, le service lui-même vacille.
Entre aide ciblée, hausse des indemnités et réponse locale
Deux logiques s’affrontent, sans se contredire totalement. La première consiste à demander une aide immédiate de l’État, sur le modèle des coups de pouce accordés à d’autres secteurs jugés exposés. Elle bénéficie en priorité aux structures et aux salariées qui absorbent aujourd’hui le choc du carburant.
La seconde pousse à traiter le problème à la source : mieux rembourser les kilomètres, relever les indemnités ou revoir la prise en charge par les employeurs et les financeurs publics. La CFDT défend cette ligne. Elle demande des aides ciblées, et pas une remise générale, afin d’éviter de « arroser le sable ». Le syndicat estime aussi que les employeurs et les collectivités doivent ouvrir les négociations, car les salariés ne doivent pas financer eux-mêmes leurs missions de service public.
Les départements sont, eux aussi, au cœur du dossier. Ce sont souvent eux qui pilotent une partie des politiques d’autonomie et d’aide sociale à domicile. Le bras de fer est donc budgétaire autant que social : qui compense la hausse, l’État, les départements, les employeurs, ou un mélange des trois ? Tant que la réponse tarde, le coût continue de se déplacer vers le maillon le plus faible de la chaîne.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
Le point décisif sera la forme du soutien promis. Une aide ponctuelle, une hausse des indemnités kilométriques, une compensation par les collectivités ou un dispositif fiscal ciblé n’ont pas les mêmes effets. Certains soutiennent immédiatement les salariés. D’autres allègent plutôt la trésorerie des structures.
Dans l’immédiat, le secteur attend une décision rapide. Sans arbitrage clair, le problème reste entier : dans l’aide à domicile, la hausse du carburant ne se voit pas seulement à la pompe. Elle se lit aussi dans les recrutements, les absences, et la capacité concrète à aller chez ceux qui ne peuvent pas se passer d’aide.













