Quand un salarié s’arrête pour maladie, la facture ne s’arrête pas avec lui. Elle se partage entre la Sécurité sociale, l’employeur et, parfois, le salarié lui-même quand la prise en charge baisse ou que le délai de carence s’applique. Le sujet est donc social, mais aussi très concret pour le salaire net et pour l’organisation du travail.
Une dépense qui grimpe vite
Le cœur du dossier, c’est l’argent. En 2023, la DREES a chiffré à 10,2 milliards d’euros les arrêts maladie indemnisés par le régime général pour les salariés du privé et les contractuels de la fonction publique. Ces arrêts représentent 60 % des dépenses d’indemnités journalières. Et les arrêts de plus de six mois, pourtant seulement 7 % des arrêts maladie indemnisés, pèsent près de la moitié des dépenses. Autrement dit, ce n’est pas seulement le nombre d’arrêts qui compte, mais surtout leur durée et le niveau de salaire couvert. Vous pouvez consulter l’étude de la DREES sur les arrêts maladie et leurs coûts.
La hausse n’est pas un accident isolé. La même étude montre que le nombre d’indemnités journalières a accéléré après 2019, avec une progression moyenne de +3,9 % par an entre 2019 et 2023. Elle rappelle aussi que 28 % des salariés du privé et des contractuels avaient eu au moins un arrêt maladie indemnisé en 2023. L’Assurance maladie, elle, a constaté une forte hausse de la fraude sur ces indemnités, avec 42 millions d’euros en 2024 contre 17 millions en 2023.
Ce que le gouvernement a déjà serré
La réponse publique a commencé par la caisse, pas par l’organisation du travail. Depuis le 1er avril 2025, le plafond de calcul des indemnités journalières a été abaissé à 1,4 SMIC, contre 1,8 auparavant. Depuis le 1er mars 2025, certains agents publics passent à 90 % de rémunération pendant le congé de maladie ordinaire, avec un jour de carence non rémunéré. Et depuis le 1er septembre 2025, le formulaire papier sécurisé d’avis d’arrêt de travail est devenu obligatoire. Les règles détaillées sont rappelées sur la page du ministère de l’Économie sur la réforme 2025 et sur Service-Public.fr pour les agents publics en congé de maladie.
En pratique, ce coup de frein touche d’abord ceux qui n’ont ni accord de prévoyance, ni subrogation, ni maintien de salaire. La CGT vise ici les salariés des petites entreprises, certains intérimaires, les aides à domicile, les assistantes maternelles, les indépendants et les personnes précaires. Les grands groupes et les administrations amortissent mieux le choc, parce qu’ils disposent plus souvent d’accords internes ou de mécanismes de complément. Pour les salariés, la différence est simple : plus la protection collective est faible, plus l’arrêt coûte cher.
Le gouvernement peut aussi s’appuyer sur un autre argument : la fraude et le contrôle. L’Assurance maladie a renforcé les vérifications, stoppé une partie des fraudes avant paiement et rendu les cerfa sécurisés obligatoires pour mieux traquer les faux arrêts. Cette logique de contrôle peut rassurer les comptes publics et les employeurs, mais elle ne dit rien, à elle seule, sur les causes profondes des absences.
Qui gagne, qui perd
Le problème n’est pas réparti au hasard. La DREES note que la hausse des jours d’arrêt a été plus marquée chez les salariés âgés et chez les femmes. Elle souligne aussi que les 60 ans ou plus ont, en 2023, une durée moyenne d’arrêt terminée de 72 jours, contre 54 jours chez les 55-59 ans. Le Trésor ajoute que le vieillissement, la hausse de l’emploi et la progression des salaires expliquent une partie structurelle de la montée des absences. Le débat ne se résume donc pas à des abus individuels. Il touche aussi à la pénibilité, à l’âge au travail et à la capacité réelle à tenir un poste jusqu’au bout d’une carrière.
Cette lecture change beaucoup de choses selon les acteurs. Pour l’État, le sujet est d’abord budgétaire. Pour l’entreprise, il se traduit par des remplacements à organiser, une production à absorber ou une charge à répartir entre collègues. Pour le salarié, il devient une question de revenu, surtout quand l’arrêt tombe dans une petite structure ou dans un métier peu protégé. Les effets ne sont donc pas les mêmes entre une grande entreprise dotée d’une prévoyance solide et une TPE où le moindre arrêt déséquilibre tout.
Un arbitrage entre budget et prévention
Du côté patronal, le diagnostic est différent. Le Medef demande des jours de carence d’ordre public, non indemnisés ni par la Sécurité sociale ni par l’employeur, un arrêt plus net de la prise en charge du délai de carence au bout de plusieurs arrêts dans l’année, une dématérialisation totale des arrêts et un meilleur encadrement de leur durée. Il pousse aussi le temps partiel thérapeutique et la prévention des rechutes. Cette logique protège d’abord les comptes des entreprises et de la Sécu, mais elle fait porter une part plus forte du risque sur les salariés mal couverts. Vous pouvez lire les propositions du Medef sur les arrêts de travail et le système de santé.
Les syndicats répondent que ce n’est pas la bonne cible. La CGT estime que la baisse du plafond des indemnités journalières pénalise surtout les petits salaires et les métiers pénibles, et elle relie la hausse des arrêts à l’inflation, à la montée d’emplois peu payés et à l’allongement de la vie au travail. Force ouvrière, de son côté, voit dans le PLFSS 2025 une série de mesures qui renchérissent la facture pour les assurés et réduisent le remboursement sans régler les causes profondes. Le cœur du désaccord est là : freiner la dépense ou investir dans la santé au travail. Voir aussi la réaction de la CGT sur la baisse du plafond des indemnités journalières et la lecture de Force ouvrière sur le PLFSS 2025.
Cette opposition dit aussi quelque chose de plus large. Le pilotage par les prix, les plafonds et les contrôles peut produire des économies rapides. Mais la prévention, elle, demande du temps, des moyens et un dialogue réel sur les conditions de travail. C’est moins spectaculaire, mais c’est souvent là que se joue la baisse durable des arrêts.
Ce qu’il faut surveiller
La suite dira si l’exécutif s’en tient à ces outils de court terme ou s’il ouvre enfin un chantier plus large sur la prévention, les conditions de travail et la désinsertion professionnelle. Le vrai test n’est pas seulement le prochain chiffre du déficit, mais la capacité à faire baisser les arrêts sans fragiliser ceux qui travaillent déjà dans les métiers les plus exposés. C’est sur ce point que se jouera, dans les prochains arbitrages budgétaires, la crédibilité d’une politique qui dit vouloir agir à la racine.













