Un nouveau défi pour les collégiens les plus à l’aise
Faut-il réserver un vrai défi aux élèves qui avancent vite, sans laisser de côté ceux qui ont besoin d’abord de consolider les bases ? Le ministère de l’Éducation nationale répond par une nouvelle compétition scolaire, pensée pour le collège et attendue en 2027.
Le concours général des collèges s’inscrit dans une ligne politique claire : remettre de l’exigence à tous les étages du collège. Le ministère défend depuis plusieurs mois l’idée d’élever le niveau général, alors que le brevet a lui-même été durci pour la session 2026. Au collège, le diplôme comptera désormais pour 60 % dans la note finale, contre 40 % pour le contrôle continu. Ce contrôle continu repose maintenant sur la moyenne annuelle des notes de troisième, et non plus sur la maîtrise d’un socle commun évalué sur plusieurs années.
Dans le même mouvement, le ministère a aussi lancé un plan pour les collèges les plus en difficulté. Environ 800 établissements sont ciblés. Dans chacun, au moins quatre élèves sur dix obtiennent moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet. L’objectif affiché est simple : concentrer davantage de moyens là où les fragilités sont les plus fortes.
Ce que prévoit ce concours général des collèges
Le dispositif sera calqué sur le concours général des lycées, une institution ancienne, créée en 1744 et devenue un symbole d’excellence dans le second degré. Pour les collégiens, le ministère veut distinguer plusieurs formes d’excellence, pas seulement les meilleurs résultats scolaires au sens classique. Le concours doit ainsi “créer une émulation” et offrir un “horizon” aux élèves qui apprennent vite et veulent aller plus loin.
Les établissements pourront inscrire jusqu’à 10 % de leurs élèves dans l’une de cinq disciplines : français, mathématiques, histoire-géographie, arts ou numérique-codage. Les inscriptions doivent ouvrir à l’automne, pour des épreuves prévues en janvier et février. Il s’agira d’épreuves individuelles, à durée limitée, sur une date fixée. Le modèle reste toutefois en construction, selon l’entourage du ministre.
Sur le papier, l’idée ressemble à un concours d’élite. Mais le ministère insiste sur une autre lecture : il ne s’agirait pas seulement de sélectionner quelques profils brillants, mais de tirer le niveau vers le haut. Cette logique s’inscrit dans la stratégie plus large de l’Éducation nationale, qui mise à la fois sur des évaluations plus exigeantes, des dispositifs d’accompagnement et une pression plus forte sur les apprentissages fondamentaux.
Pourquoi la mesure divise
Chez les syndicats enseignants, l’accueil est nettement plus réservé. Le Snes-FSU, principal syndicat du second degré, voit dans ce projet le risque de créer une antichambre du concours général des lycées, donc un symbole d’entre-soi et d’élitisme. Sophie Vénétitay dit surtout qu’il existe, selon elle, des urgences bien plus pressantes dans le système scolaire.
Cette critique touche un point sensible. Dans un collège déjà traversé par de fortes inégalités de niveau, une compétition supplémentaire peut être lue de deux façons. Pour ses partisans, elle récompense l’exigence et donne de l’ambition à des élèves souvent peu visibles. Pour ses opposants, elle risque d’amplifier la distinction entre ceux qui réussissent déjà et ceux qui décrochent, alors même que la priorité devrait rester la réduction des écarts.
Le débat dépasse d’ailleurs le seul concours. Le ministère prépare aussi une année 2026-2027 marquée par une réforme plus sévère du brevet. L’examen compte désormais davantage, une semaine de révisions obligatoires doit précéder les épreuves, et le ministre anticipe une baisse nette du taux de réussite. Il évoque même un passage possible autour de 75 % de réussite, avec moins de mentions.
Ce que cela dit de l’école française
Le concours général des collèges n’est pas une mesure isolée. Il révèle une ligne politique plus large : remettre l’excellence au centre, au moment où l’institution scolaire cherche aussi à traiter l’échec massif et les écarts de niveau. C’est une équation délicate. Plus d’exigence peut redonner du sens aux apprentissages. Mais elle ne porte ses fruits que si les élèves les plus fragiles sont accompagnés en parallèle.
Le calendrier sera donc décisif. Le concours doit encore être précisé avant son lancement à l’automne 2027. En parallèle, la réforme du brevet s’appliquera dès la session 2026, et les 800 collèges ciblés commenceront à recevoir leur accompagnement à la rentrée 2026. C’est là que se jouera la cohérence de l’ensemble : une école plus exigeante, oui, mais capable aussi d’éviter que l’exigence ne profite qu’aux mieux armés.















