Le niveau de vie moyen des retraités devrait rester proche de celui de l’ensemble de la population à très court terme, puis décroître progressivement au cours des quarante prochaines années, selon l’une des études présentées par le Conseil d’orientation des retraites (COR) lors d’une séance plénière, jeudi 5 février. Il s’agit d’une mise à jour des données disponibles, utile pour nourrir le débat public sur la contribution éventuelle des retraités au redressement des finances publiques.
Parité à court terme, légère amélioration en 2025–2026
La note diffusée jeudi indique que, pour 2025 et 2026, le niveau de vie moyen des retraités serait très légèrement supérieur à celui de l’ensemble des habitants de la France. Concrètement, le niveau de vie des retraités représenterait 101 % de celui de la population totale, contre 100,2 % en 2023.
Cette amélioration déjà repérée dans le dernier rapport annuel du COR, rendu en juin 2025, apparaît ici avec des valeurs mises à jour et proches des précédentes, mais pas strictement identiques — le rapport de juin 2025 faisait état de chiffres « juste sous la barre des 100 % » dans ses estimations antérieures.
Selon la note, deux facteurs principaux expliquent cette trajectoire à court terme. D’abord, les revalorisations significatives des pensions décidées pendant la période d’inflation de 2022 à 2024 ont soutenu le pouvoir d’achat des retraités. Ensuite, la réforme de 2023 a modifié le mode de calcul du « minimum contributif » et a ainsi poussé les petites retraites à la hausse, rendant la base de revenus des retraités plus robuste que précédemment.
Le rôle du patrimoine et de la résidence principale
L’analyse du niveau de vie doit aussi tenir compte du patrimoine et, en particulier, de l’accès au logement. Les retraités sont plus fréquemment propriétaires de leur résidence principale que l’ensemble des individus ou que les personnes en emploi. Ce statut les dispense du paiement d’un loyer et améliore mécaniquement leur niveau de vie lorsque l’on intègre la valeur d’usage du logement.
En retenant cette hypothèse — c’est‑à‑dire en valorisant l’avantage lié à la propriété — le niveau de vie des retraités s’élève à 106,5 % de celui de l’ensemble de la population pour 2023, précise la note. Malgré ce gain lié au logement, il demeure néanmoins légèrement inférieur à celui des actifs, l’écart étant décrit comme de « quelques dixièmes de point ».
h2>Projection sur quarante ans : une dégradation relative
Au-delà de l’horizon immédiat, les simulations du COR engrangent un renversement de tendance. Les pensions seraient progressivement moins soutenues que les revenus des autres catégories de la population, et le niveau de vie relatif des retraités déclinerait au fil des décennies.
Ainsi, dans l’hypothèse retenue par la note, le niveau de vie des retraités s’établirait à 89,3 % de celui de l’ensemble des personnes domiciliées en France en 2070 — une proportion comparable à celle observée dans les années 1980, selon l’étude.
Ce tassement relatif s’explique principalement par des paramètres macroéconomiques et par l’absence de mécanismes de revalorisation équivalents à ceux appliqués durant la période d’inflation 2022–2024. Autrement dit, sans mesures durables qui réajusteraient les pensions au même rythme que les revenus des actifs, la part de revenu détenue par les retraités diminuerait avec le temps.
Les projections du COR permettent de mesurer ces écarts dans la durée, mais elles restent dépendantes des hypothèses retenues — croissance, indexation, évolution démographique, et choix de politique publique — qui peuvent affecter sensiblement les résultats.
Enjeux pour le débat public
Ces résultats remettent au centre du débat public la question de la contribution des retraités aux efforts de redressement des comptes publics et, plus largement, la soutenabilité du système de retraites. À court terme, la situation relative des retraités est stabilisée, voire légèrement améliorée, grâce à des revalorisations récentes et à l’effet de la réforme du minimum contributif. À long terme, les simulations indiquent une érosion relative du niveau de vie des retraités si les mécanismes et les choix économiques actuels persistent.
Ces éléments chiffrés — 101 % en 2025–2026, 100,2 % en 2023, 106,5 % en tenant compte de la propriété en 2023, et 89,3 % en 2070 — fournissent des points de repère concrets pour éclairer les débats sur la fiscalité, les transferts sociaux et les modalités de revalorisation des pensions.
Le document présenté par le COR complète ainsi les analyses antérieures et apporte des données à jour qu’il conviendra d’examiner dans les décisions publiques à venir, en gardant à l’esprit que les projections long terme dépendent fortement des hypothèses macroéconomiques et des choix de politique sociale.





