Des bacheliers fuient la sélection française pour des cursus à l’étranger : garantir la qualité des soins, l’équité d’accès et l’avenir des territoires

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Près de 1 600 bacheliers quittent chaque année la France après un échec en première année pour suivre des études en Espagne, Roumanie, Belgique ou Portugal. Ce phénomène interroge la qualité des diplômes, le coût pour les familles et l’accès aux soins.

Quand la première année de santé devient un filtre social

Pour beaucoup de bacheliers, le problème n’est plus seulement d’entrer en santé. C’est de savoir s’ils ont une chance réelle d’y rester sans se ruiner, sans se décourager et sans passer par un tri jugé trop brutal.

Ce débat touche directement les familles, les universités et, au bout de la chaîne, l’accès aux soins. Car quand des étudiants français partent se former ailleurs, c’est aussi la question de la qualité de la formation et de l’installation future des praticiens qui se pose.

Un système de sélection sous tension

Depuis la réforme des études de santé, les candidats passent par le PASS, le parcours d’accès spécifique santé, ou par une licence avec option « accès santé », la LAS. L’objectif est de diversifier les profils tout en gardant une sélection exigeante. Mais le système reste éprouvant. Les données ministérielles publiées en 2025 montrent que, pour la rentrée 2022, deux néo-bacheliers sur cinq inscrits en PASS ou en LAS ont été admis en médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie ou kinésithérapie après une ou deux années. Cela veut dire aussi que beaucoup ne vont pas au bout du premier essai.

Dans ce contexte, des étudiants font un autre choix : quitter la France dès le bac +1 pour rejoindre des filières de santé en Belgique, en Espagne, en Roumanie ou au Portugal. La Cour des comptes évaluait fin 2024 ce départ à 1 600 étudiants par an après un échec en première année, avec une répartition marquée entre l’Espagne, la Roumanie, la Belgique et le Portugal. Le phénomène n’est pas marginal. Il s’inscrit dans un marché européen de la formation en santé qui s’est structuré autour des étudiants français.

Des filières étrangères devenues une échappatoire

Le cas de Gauthier illustre cette fuite. Après une licence STAPS, il voulait devenir kinésithérapeute. Faute d’admission en médecine, il a quitté la France pour intégrer une haute école en Belgique, près de Charleroi. D’autres suivent le même chemin, parfois sans même tenter les études de santé en France. Le doyen de la faculté de santé de l’université Paris-Cité parle d’un mouvement visible depuis quatre ou cinq ans. Son diagnostic est simple : beaucoup ne veulent plus affronter une première année jugée trop difficile.

Le sujet dépasse la seule médecine. Pour les chirurgiens-dentistes, le président de leur ordre tire la sonnette d’alarme. Il explique que le nombre d’universités privées espagnoles a explosé entre 2008 et 2022. Les frais de scolarité y sont élevés, mais l’offre attire des Français grâce à des cursus en français, à distance partielle ou à proximité de la frontière. Certaines agences de recrutement accompagnent même ce marché. Ce modèle alimente un vrai business des études de santé.

En toile de fond, il y a aussi les besoins français en praticiens. La démographie des kinésithérapeutes progresse, avec environ 109 000 professionnels recensés en 2024 selon l’ordre, mais les tensions restent fortes dans de nombreux territoires. Côté médecins, les données publiques rappellent que les diplômés étrangers occupent une place croissante dans le système. Les discours publics récents ont d’ailleurs évoqué une part importante de praticiens formés hors de France, signe d’une dépendance déjà installée.

Le retour en France, point de friction

C’est là que le dossier devient sensible. Tous les diplômes étrangers ne se valent pas, et tous les cursus suivis à l’étranger ne garantissent pas le même niveau. Le président de la conférence des doyens d’odontologie alerte sur des formations qui peuvent se dérouler sans véritable contact avec des patients. Il dit avoir vu des étudiants revenir avec un niveau très insuffisant. À l’inverse, il faut distinguer les étudiants français partis dans de vraies universités étrangères des professionnels étrangers déjà formés dans leur pays d’origine. Les ordres le rappellent eux aussi.

Le retour en France n’est pas automatique. Il passe souvent par des équivalences, des examens, des diplômes complémentaires ou des procédures d’autorisation d’exercice. Quand ces étapes sont mal encadrées, le risque est double : laisser entrer des praticiens insuffisamment formés, ou bloquer des jeunes qui ont pourtant suivi un vrai cursus. C’est tout l’enjeu de la régulation. Et c’est aussi ce qui nourrit les contentieux récents autour de certaines écoles privées ou de certains diplômes étrangers.

Le cas des kinésithérapeutes diplômées d’un établissement maltais illustre ce danger. Le Conseil d’État a ordonné en décembre 2024 le retrait de leur autorisation d’exercer en France, après des doutes sur la validité du diplôme délivré et sur le contenu réel des cours. L’affaire a renforcé les inquiétudes des ordres professionnels sur les formations à distance ou mal contrôlées. Pour eux, l’enjeu n’est pas seulement administratif. Il touche à la sécurité des patients.

Une réforme à réajuster, pas un simple exode

La critique vise d’abord le système français. Si des bacheliers partent, c’est parce qu’ils jugent la première marche trop haute, trop sélective ou trop anxiogène. Les responsables universitaires et professionnels interrogés plaident donc pour une sélection plus lisible, voire plus précoce. L’idée d’une sélection post-bac est avancée comme une solution plus humaine que le couperet de fin de première année. En clair : mieux vaut orienter tôt que casser des vocations après une année d’échec.

Mais le débat ne se limite pas à l’accès. Il porte aussi sur le coût. Selon les chiffres rappelés au Sénat au printemps 2025, près de la moitié des étudiants en santé ont recours à des préparations privées, pour des montants compris entre 4 800 et 6 800 euros. Pour les familles modestes, c’est une barrière supplémentaire. Le départ à l’étranger peut alors apparaître comme une échappatoire, mais aussi comme un déplacement du problème vers des formations parfois chères, parfois opaques, rarement contrôlées de la même manière qu’en France.

Les défenseurs de ces parcours rappellent pourtant qu’il ne faut pas tout confondre. Certains étudiants réussissent très bien hors de France et reviennent avec un niveau solide. D’autres trouvent dans ces filières une seconde chance après un refus brutal du système français. Le point de rupture n’est donc pas l’étranger en soi. Il est dans la qualité du cursus, le contrôle des diplômes et la capacité de la France à offrir une voie d’accès plus claire à ses propres vocations.

Ce qu’il faudra surveiller

Le prochain enjeu, c’est la capacité des pouvoirs publics à mieux encadrer ces formations et à revoir l’entrée dans les études de santé. Entre les besoins de main-d’œuvre, la qualité des diplômes et la pression des familles, le sujet ne va pas disparaître. Il va revenir, très vite, dans les débats sur Parcoursup, sur les équivalences et sur l’avenir des métiers de santé.

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