« Nous sommes une entreprise martiniquaise très attachée à ses racines. Loin du bruit, dans la Martinique profonde, je n’ai jamais ressenti d’agressivité. » Ces mots, prononcés par Stéphane Hayot, résument la posture affichée par l’héritier et dirigeant du Groupe Bernard Hayot (GBH), dont le nom rend hommage au fondateur depuis la création du groupe en 1960.
Ancrage local et image publique
Dans l’espace social et économique des Outre-mer, la famille Hayot incarne une présence ancienne et structurante. Le terme « habitation », encore employé dans les milieux locaux pour évoquer l’ensemble des terres et de la maison de maître héritée de l’époque coloniale, renvoie à une histoire familiale étroitement liée à l’économie martiniquaise.
Interrogé début janvier dans un café parisien lors d’un entretien accordé à Le Monde, Stéphane Hayot a insisté sur l’attachement du groupe à son territoire. Malgré des épisodes de tensions sociales visant notamment les grandes enseignes de distribution, il affirme que « tout ce qu’on vient de traverser n’a en rien ébranlé notre attachement à notre territoire ». Cette défense de la présence locale sert aussi à contrer l’image publique d’un groupe parfois perçu comme lointain ou dominant.
Une diversification comme règle d’entreprise
La trajectoire économique des Hayot se lit comme une succession d’activités agricoles et industrielles. À partir de la canne à sucre, exploitée dès le XVIIIe siècle selon la tradition familiale, le groupe a élargi ses champs d’action : rhum, pneus, automobile, banane, béton, distribution et production de yaourts figurent parmi les secteurs mentionnés par la direction.
Cette diversification s’inscrit dans un principe revendiqué : « ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier ». Le positionnement multi‑sectoriel a contribué à la croissance du groupe. GBH affiche, selon les éléments cités lors de l’entretien, un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros et 18 000 collaborateurs dans le monde. Depuis 2010, le groupe indique avoir doublé son chiffre d’affaires, un signe de développement soutenu sur une décennie.
Pour le management, la pluralité d’activités représente à la fois une stratégie de résilience face aux aléas économiques et un moyen d’ancrer l’entreprise dans différents marchés, en métropole comme dans les territoires d’outre‑mer.
Tensions sociales et poursuites judiciaires
Le distributeur du groupe a été, en 2024, la cible prioritaire d’un mouvement citoyen contre la vie chère qui a connu des épisodes de mobilisation et des violences. Ces actions ont placé les enseignes de distribution au cœur d’un débat public sur le pouvoir d’achat et la responsabilité des acteurs économiques dans les territoires ultramarins.
Sur le plan judiciaire, le groupe doit également faire face à une enquête ouverte par le Parquet national financier (PNF) en août 2025. Les faits visés sont énoncés comme « escroquerie en bande organisée », « abus de position dominante » et « entente » sur les prix de vente des produits. Ces procédures, en cours, constituent un élément important du contexte entourant le groupe et sont susceptibles d’influer sur son image et ses opérations.
Le caractère formel des investigations impose de se tenir aux chefs d’accusation publics et de préciser que ces procédures sont en cours. Le groupe, comme toute entité mise en cause, conserve la possibilité de répondre dans le cadre de l’instruction et des voies judiciaires.
Un héritage confronté aux défis contemporains
La situation du Groupe Bernard Hayot illustre la tension entre un ancrage historique et des enjeux actuels : contestation sociale liée au coût de la vie, surveillance juridique renforcée des pratiques commerciales, et nécessité de maintenir une croissance économique dans un environnement concurrentiel.
Pour la direction, l’attachement à la Martinique et la diversification sont des réponses pragmatiques. Pour une partie de l’opinion, ces mêmes éléments alimentent des interrogations sur le rôle des grands groupes dans les dynamiques locales. À l’heure où les procédures judiciaires suivent leur cours, le positionnement du groupe reste donc à la fois stratégique et sensible.





