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PFAS, Tefal, SEB : « Ils ont gagné ». Et maintenant, qui paie l’addition industrielle ?

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Après l’annonce du Plan Rebond (2 100 postes visés), le cas Tefal-SEB révèle une triple confusion sur les PFAS : pollution historique, sécurité des poêles actuelles et choc réglementaire à venir.

PFAS Tefal SEB : le 25 février 2026, l’annonce du « Plan Rebond » par le Groupe SEB agit comme un révélateur politique. Jusqu’à 2 100 postes supprimés dans le monde, dont jusqu’à 500 en France, sur fond de résultat opérationnel en baisse de 25%. Beaucoup y voient un énième épisode de « finance contre emplois ». Mais la séquence raconte autre chose : une bataille culturelle et médiatique gagnée contre un symbole industriel, et la question qui suit, plus embarrassante : ils ont gagné… et maintenant ?

Car l’affaire PFAS a progressivement transformé Tefal en métonymie du « mal industriel ». Sans nier les fautes, ni minimiser le passif environnemental, l’enjeu est de remettre de l’ordre dans un débat devenu confus. Il y a, dans les faits, trois sujets distincts : la pollution historique de Rumilly, la sécurité sanitaire des poêles actuelles en PTFE en usage normal, et la concurrence mondiale dans un cadre réglementaire potentiellement asymétrique. Les mélanger, c’est se condamner à produire exactement ce que l’on prétend combattre : moins d’industrie, moins d’emplois, plus d’importations.

« Ils ont gagné » : la bataille médiatique qui a fait de Tefal un symbole

La mécanique est connue. Elle s’appuie sur une succession d’événements qui, pris séparément, relèvent de problématiques différentes, mais qui, dans l’espace public, finissent par construire un récit unique : l’industrie ment, empoisonne, puis se défausse.

Le climat s’alimente d’images fortes et de dates marquantes. Le film Dark Waters (2019) a imposé un imaginaire mondial autour des « polluants éternels ». En France, des enquêtes télévisées et journalistiques ont ensuite installé les PFAS comme sujet grand public. Le Forever Pollution Project (2023) a cartographié et popularisé l’ampleur d’une contamination multiforme en Europe. En novembre 2023, le CIRC/IARC a classé le PFOA comme « cancérogène pour l’homme » (Groupe 1), renforçant le sentiment d’urgence. Enfin, en juillet 2025, des ONG et associations ont annoncé une plainte visant SEB/Tefal pour « pratiques commerciales trompeuses ».

Dans cette séquence, Tefal devient un raccourci. Une marque de cuisine, donc proche du quotidien, donc émotionnellement accessible. Une industrie implantée en France, donc identifiée. Et un sujet chimique complexe, donc facilement simplifiable. Résultat : la marque n’est plus seulement associée à des ustensiles, mais à une controverse permanente, qui pèse sur la confiance, sur les distributeurs et sur la capacité à investir.

Pour situer les jalons institutionnels : le classement du PFOA par l’IARC est consultable via l’annonce officielle du CIRC sur le PFOA et le PFOS. La plainte de juillet 2025 a été détaillée par le communiqué de France Nature Environnement.

La confusion scientifique organisée : PFAS ne veut pas dire « danger immédiat »

Le problème n’est pas de parler des PFAS. Le problème est de parler des PFAS comme d’un bloc homogène. Le terme regroupe des milliers de substances aux propriétés, usages et profils toxicologiques différents. Or, dans les débats publics, l’étiquette « PFAS » suffit souvent à conclure : si c’est PFAS, c’est dangereux, donc interdit, donc la poêle serait un risque direct. Cette chaîne est intellectuellement confortable. Elle est aussi scientifiquement fragile.

PTFE (revêtement) : un polymère, pas un « petit PFAS » mobile

Les poêles antiadhésives reposent principalement sur le PTFE, un polymère à haute masse moléculaire, réputé inerte en usage normal. Ce point est central : la toxicité et la bioaccumulation préoccupantes concernent surtout des molécules plus petites (historiquement PFOA, PFOS), capables de circuler, de persister et de s’accumuler. Le PTFE, lui, n’est pas un surfactant mobile de type PFOA.

Cela ne signifie pas « zéro débat ». Mais cela signifie que l’exposition attendue du consommateur moyen, en usage conforme, n’est pas du même ordre que l’exposition liée à une pollution de l’eau ou à des rejets historiques. Le BfR, référence allemande en évaluation des risques, rappelle l’absence d’effets indésirables attendus en usage prévu, avec un point de vigilance : la surchauffe (décomposition à très haute température). La page est consultable via la FAQ du BfR sur les ustensiles en PTFE.

PFOA/PFOS : des substances historiques ciblées et déjà interdites

Dans le débat « PFAS Tefal SEB », l’autre raccourci consiste à faire comme si les poêles actuelles étaient fabriquées avec les substances les plus problématiques. Or le Groupe SEB a indiqué avoir cessé le PFOA dans ses productions dès 2012, soit environ 8 ans avant l’interdiction européenne en 2020. Cette chronologie ne règle pas tout, mais elle contredit l’idée d’un statu quo prolongé « jusqu’au bout ».

De même, les tests de certaines associations de consommateurs ont parfois mis en évidence des traces de PFAS, tout en indiquant une conformité réglementaire des produits testés. Point crucial : détecter n’est pas prouver un risque élevé en usage normal. Mais ignorer ces tests serait une erreur : ils rappellent que la question n’est pas seulement le produit fini, mais aussi le cycle de vie (production, déchets, fin de vie, rejets).

Rumilly : un passif environnemental réel, qui mérite mieux qu’un amalgame

Reconnaître la pollution historique est indispensable si l’on veut ensuite tenir un propos crédible sur la différence entre pollution industrielle et sécurité d’usage des produits. À Rumilly, l’histoire renvoie à une période ancienne (souvent située entre 1968 et 1989) où des substances comme le PFOA ont été utilisées dans des procédés alors répandus. Les chiffres évoqués dans l’espace public sont lourds : nappes jusqu’à 17 900 ng/L, habitants présentant des niveaux d’imprégnation nettement supérieurs à des références nationales, opérations de gestion et de restriction de certains captages.

Ce passif appelle des réponses publiques et industrielles : transparence, études, mesures de dépollution, accompagnement des habitants et des collectivités. Le débat démocratique est légitime. Ce qui l’est moins, c’est de transformer ce passif en preuve automatique d’un danger direct des poêles actuelles pour le consommateur. C’est un glissement rhétorique : on passe d’un problème environnemental localisé et historique à une accusation de mise en danger immédiate du grand public, sans démonstration équivalente.

La conséquence, elle, est très concrète : ce glissement abîme durablement l’image des sites, les recrutements, les relations commerciales et, à terme, la capacité à investir dans les transitions technologiques qui, justement, permettraient de tourner la page des anciens procédés.

Le paradoxe politique : délégitimer, affaiblir, puis s’indigner des suppressions de postes

La séquence 2025–2026 illustre une mécanique redoutable, souvent invisible dans les tribunes indignées. On délégitime une entreprise, on fragilise sa réputation, on accroît le risque juridique et réglementaire, on renchérit son coût d’adaptation… puis, lorsque la rentabilité recule, on s’étonne qu’elle réduise ses coûts.

Le 25 février 2026, le Groupe SEB annonce un exercice 2025 sous tension : chiffre d’affaires 8,169 Mds€, résultat opérationnel 601 M€ (soit -25%), marge 7,4% contre 9,7% en 2024, et dette nette 2,34 Mds€. Dans le même communiqué relayé par la presse professionnelle, l’entreprise annonce le « Plan Rebond » : jusqu’à 2 100 postes supprimés, dont jusqu’à 500 en France, et un objectif de 200 M€ d’économies annuelles d’ici fin 2027, pour un coût de 200 à 250 M€ principalement comptabilisé en 2026.

Ces éléments ont été rapportés par la presse spécialisée, notamment un article d’Univers Habitat du 25 février 2026.

Dans le débat public, la tentation est grande de moraliser la rentabilité : s’il y a un plan, c’est donc qu’il y a cynisme. Or, dans une industrie mondialisée, la rentabilité est d’abord une condition de continuité. Quand elle se dégrade, l’entreprise choisit entre investir moins, délocaliser plus, ou réduire des coûts. Dans tous les cas, la société perd quelque chose. La question politique n’est pas « plan ou pas plan ». Elle est : dans quelles conditions une industrie peut-elle rester ici ?

L’asymétrie mortelle : l’Europe s’apprête-t-elle à réglementer seule ?

La dimension la plus stratégique du dossier PFAS Tefal SEB n’est pas seulement sanitaire. Elle est géoéconomique. L’Union européenne examine une restriction large des PFAS dans le cadre de REACH, portée initialement par plusieurs États (proposition déposée début 2023). L’évaluation de l’ECHA suit un calendrier long, avec un objectif annoncé de finalisation de l’évaluation scientifique d’ici fin 2026. L’ECHA l’a rappelé dans sa communication sur le calendrier de la restriction PFAS.

Politiquement, une décision pourrait intervenir ensuite, souvent évoquée à l’horizon 2027–2028 selon les scénarios. Or, si l’UE restreint fortement certains usages industriels (y compris des fluoropolymères selon les arbitrages finaux), elle impose des coûts de reformulation, d’homologation, de transformation des chaînes de production, et potentiellement une perte de compétitivité.

Le problème n’est pas de “ne pas réguler”. Le problème est de réguler dans un monde où la production se déplace. Sur les ustensiles de cuisine, l’Asie (et particulièrement la Chine) représente une part dominante de l’offre mondiale, souvent citée autour de 80% de la production. Si la contrainte européenne s’applique pleinement aux producteurs européens mais se traduit par une importation massive de produits fabriqués ailleurs, moins contrôlés et moins chers, le résultat peut être paradoxal : moins de production locale, plus de transport, moins de maîtrise industrielle.

Pour illustrer une divergence déjà visible : aux États-Unis, plusieurs États ont engagé des interdictions ciblées à partir de 2025 pour certains usages. Le Minnesota, par exemple, a adopté une trajectoire restrictive progressive. Dans le même temps, l’industrie européenne doit déjà absorber des coûts d’énergie, de conformité, et des cycles longs de certification.

Le débat français sur les PFAS bascule en 2026 : mais que décide-t-on vraiment ?

Depuis le 1er janvier 2026, la France applique une interdiction progressive de certains produits contenant des PFAS, issue de la loi du 27 février 2025. Le périmètre inclut notamment cosmétiques, farts et une partie des textiles. Il est utile de rappeler que les ustensiles de cuisine ne sont pas inclus dans cette interdiction à ce stade, comme le résume la page du ministère de l’Économie sur l’interdiction progressive des PFAS. La même précision est reprise dans des ressources régionales d’information environnementale, par exemple la synthèse d’ATMO BFC sur l’entrée en vigueur au 1er janvier 2026.

Ce détail réglementaire est politiquement explosif parce qu’il révèle l’écart entre un récit (« tout est interdit, c’est dangereux ») et une réalité (« interdiction progressive, ciblée, avec exceptions »). Il ouvre aussi un espace de débat plus honnête : quelles sources d’exposition prioriser ? L’eau potable ? Les rejets industriels ? Les stocks historiques ? Les usages non essentiels ? Ou les produits grand public en usage normal ?

Une politique publique efficace hiérarchise. Elle concentre l’effort là où l’impact sanitaire est le plus élevé. Elle évite de transformer l’action environnementale en punition symbolique d’un acteur qui “représente” un problème plus large.

Après la victoire morale, l’épreuve du réel industriel

On peut dénoncer la pollution historique de Rumilly et exiger des réparations. On peut demander des standards plus exigeants et une sortie graduelle des usages non essentiels. On peut aussi défendre l’intérêt général à garder des emplois industriels en France. Ces positions ne sont pas incompatibles. Ce qui l’est, en revanche, c’est de mener une guerre de réputation permanente contre un outil productif, puis de feindre de découvrir les conséquences lorsque l’entreprise ajuste ses effectifs.

Le cas PFAS Tefal SEB oblige à choisir la cohérence. Si l’on veut une industrie française, il faut accepter ses contraintes : coûts, concurrence internationale, risques juridiques, investissements d’adaptation et calendrier réglementaire réaliste. Si l’on préfère l’industrie abstraite des tribunes, on obtient autre chose : des importations, des fermetures, et une décroissance subie, présentée comme une victoire.

La question n’est plus seulement : « qui a raison dans la controverse ? » mais : « qui produira demain, et selon quelles règles ? »

La bataille médiatique est peut-être gagnée. Reste une bataille plus difficile, moins photogénique : reconstruire une politique industrielle qui distingue enfin les pollutions à réparer, les risques à réduire et les capacités productives à préserver.

Parlons Politique

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