Une amélioration, mais pas encore un tournant
Quand les comptes publics s’améliorent, est-ce le signe d’un vrai redressement, ou seulement d’un moindre dérapage ? Pour la France, la réponse est plus nuancée. Le déficit public recule bien en 2025, mais il reste très élevé.
Selon l’évaluation publiée par l’Insee, le déficit public atteint 5,1 % du PIB en 2025, contre 5,8 % en 2024. C’est moins que prévu par le ministère de l’Économie, qui tablait sur 5,4 %. En clair, l’État, les collectivités, la sécurité sociale et les autres administrations publiques ont encore dépensé plus qu’ils n’ont encaissé, mais l’écart s’est réduit. La dette publique, elle, reste à un niveau très haut, autour de 113 % du PIB fin 2024 selon l’Insee, et la France reste sous la surveillance de Bruxelles dans le cadre de la procédure de déficit excessif.
Ce qui a fait baisser le déficit
Premier moteur : les recettes. Elles ont progressé plus vite que prévu, portées par une hausse des impôts sur le revenu et sur le patrimoine. L’Insee indique aussi que l’ensemble des recettes a accéléré en 2025, dans un contexte où l’activité s’est montrée un peu plus solide qu’attendu. Le PIB a progressé de 0,2 % au quatrième trimestre 2025, après un rebond plus net au trimestre précédent, ce qui a pu soutenir une partie des rentrées fiscales.
Deuxième moteur : les dépenses ont ralenti. Elles ont augmenté de 2,5 % en 2025, contre 4 % en 2024. Elles continuent donc de progresser, mais moins vite. Rapporté à l’inflation et à la croissance, cela traduit un freinage relatif de la dépense publique. Ce n’est pas une baisse franche. C’est un ralentissement.
Il y a aussi un effet de cadrage. Les prévisions initiales étaient prudentes, voire trop prudentes sur certains points. Autrement dit, une partie du « mieux que prévu » vient aussi d’hypothèses de départ un peu pessimistes. C’est fréquent dans les exercices budgétaires. Mais cela invite à ne pas surinterpréter la bonne nouvelle.
Ce que cela change pour le gouvernement
Politiquement, ce chiffre offre un répit à l’exécutif. Il peut mettre en avant une trajectoire un peu moins dégradée que redouté. Mais ce répit est très limité. Avec un déficit à 5,1 %, la France reste largement au-dessus du seuil européen de 3 % du PIB. La marge de manœuvre reste donc faible.
Le message du gouvernement va d’ailleurs dans ce sens. Sébastien Lecornu insiste sur la « stabilité » et la « maîtrise » des dépenses. David Amiel, chargé des Comptes publics, rappelle qu’il n’existe pas de « cagnotte » : tant que le déficit n’est pas revenu à un niveau soutenable, une amélioration des recettes ne peut pas servir de prétexte à relancer la dépense. En langage simple, une recette supplémentaire ne crée pas d’argent libre à dépenser si le budget reste en rouge.
Cette ligne marque une rupture avec le « quoi qu’il en coûte » de la période de crise. L’exécutif veut montrer qu’il entre dans une phase de discipline budgétaire plus classique. Le problème, c’est que cette discipline doit cohabiter avec des dépenses toujours sous tension : retraites, santé, dette, défense, et financement des collectivités. L’Insee rappelle d’ailleurs que les dépenses publiques de 2024 ont été tirées notamment par les retraites et la santé. Ces postes restent lourds dans les comptes.
Un signal encore fragile
Faut-il y voir un vrai changement de trajectoire ? Pas encore. Le recul du déficit montre que les comptes ne se détériorent pas autant qu’attendu. Mais il ne dit pas que le problème est réglé. La France reste dans une zone de déficit élevé, avec une dette qui pèse toujours sur la suite.
La suite dépendra de plusieurs variables. D’abord, la croissance. Ensuite, l’évolution des prix de l’énergie et du contexte géopolitique, qui peut peser sur l’activité et donc sur les recettes. Enfin, la capacité du gouvernement à tenir une trajectoire budgétaire crédible sans casser l’activité. La Commission européenne anticipe d’ailleurs une croissance française encore modérée en 2025 et 2026, ce qui limite les marges de progression rapide.
Le prochain rendez-vous important est clair : il faudra regarder si l’objectif de passer sous les 5 % de déficit en 2026 tient encore dans les faits, ou s’il faudra l’ajuster. C’est là que se jouera la vraie lecture de cette bonne surprise : soit un début de redressement durable, soit un simple mieux ponctuel dans une trajectoire encore très tendue.















