La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été enfin publiée par décret, vendredi 13 février, après plus de deux ans de retard et une série de controverses politiques. Le texte, attendu depuis longtemps par les acteurs du secteur, dessine la feuille de route énergétique nationale pour les années à venir.
Une présentation solennelle au bord du lac
La présentation publique des grandes lignes de la PPE3 a eu lieu jeudi à midi. Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, est arrivé accompagné de plusieurs ministres pour dévoiler le contenu du décret et ses orientations principales.
Le rendez-vous s’est tenu dans le hall de la vaste salle des machines du barrage hydroélectrique d’EDF à Saut-Mortier (Jura). Le choix du lieu, une infrastructure industrielle emblématique, visait à situer la discussion au cœur des enjeux de production d’électricité et de souveraineté énergétique.
Un format de dialogue volontairement orchestré
Lors de la réunion, un micro a circulé entre une quinzaine d’orateurs installés en demi-cercle, signe d’une volonté d’afficher un large dialogue entre pouvoirs publics et filières. Parmi les intervenants figurait le PDG d’EDF, Bernard Fontana, ainsi que des représentants de diverses filières énergétiques.
La présence conjointe de responsables publics et de représentants des secteurs électrique, hydraulique, renouvelable et industriel visait à montrer une certaine concorde sur les grandes orientations présentées par le gouvernement. Les participants ont alterné prises de parole et explications techniques autour des objectifs fixés par la PPE3.
« Le plan Messmer 2 est lancé » : un parallèle historique assumé
Au cours de son intervention, Sébastien Lecornu a lancé : « Le plan Messmer 2 est lancé », en référence au programme de 1974 mis en œuvre par Pierre Messmer. Il a qualifié ce précédent de « un modèle », rappelant la dimension stratégique et volontariste du déploiement énergétique d’alors.
Le parallèle renvoie à un contexte historique précis : il y a environ un demi-siècle, en réponse au premier choc pétrolier, la politique conduite visait principalement à constituer un parc nucléaire conséquent pour réduire la dépendance française au pétrole. Cette évocation sert à cadrer l’ambition affichée par le gouvernement autour de la PPE3.
Ce que dit — et ne dit pas — la PPE3 présentée
La publication par décret marque l’aboutissement formel d’un processus long et discuté. La PPE3 fixe, par principe, la trajectoire pluriannuelle des investissements et des priorités en matière de production, d’efficacité et d’équilibre entre filières. Lors de la présentation, le gouvernement a cherché à expliciter ces priorités sans pour autant entrer dans le détail exhaustif des mesures opérationnelles durant la séance publique.
Plusieurs intervenants ont rappelé la nécessité de concilier sécurité d’approvisionnement, compétitivité industrielle et transition bas-carbone. Le format de la table ronde a mis en lumière les tensions et compromis auxquels la PPE3 doit répondre : arbitrer entre le maintien de capacités existantes, le développement de nouvelles infrastructures et la montée en puissance des énergies renouvelables.
Une étape administrative après des débats politiques
Le décret de publication vient conclure une période de débats politiques et de retards, évoqués dès l’ouverture de la séance. Ces retards ont alimenté les attentes et les critiques des acteurs du secteur, qui attendaient des signaux clairs pour orienter leurs investissements sur plusieurs années.
La mise en place effective des mesures prévues par la PPE3 dépendra désormais des textes réglementaires d’application, des partenariats publics-privés et des décisions d’investissement des opérateurs. Sur le plan institutionnel, la publication par décret constitue toutefois une étape décisive : elle donne force exécutoire aux orientations annoncées.
Sans présumer des prochains arbitrages, la PPE3 publiée vendredi 13 février inaugure une nouvelle phase de mise en œuvre. Les acteurs consultés lors de la présentation ont souligné l’importance d’un suivi rigoureux et d’une montée en cohérence des projets pour atteindre les objectifs annoncés.
La séance de Saut-Mortier a donc servi à la fois de vitrine politique et de moment de pédagogie technique. Elle rapporte, par la voix des décideurs et des opérateurs, les intentions qui vont désormais guider la gestion et l’évolution du système énergétique national.





