Pourquoi une enseigne peut-elle replonger aussi vite ?
Quand une marque de chaussures est à nouveau placée en redressement judiciaire, la question est simple : survivra-t-elle à la prochaine étape ? Pour Minelli, la réponse dépend désormais du tribunal, des repreneurs éventuels et de sa capacité à cesser de perdre de l’argent.
Une procédure collective de plus pour Minelli
Minelli a de nouveau été placée en redressement judiciaire. La décision figure dans un document judiciaire consulté le dimanche 6 avril. Elle confirme une information déjà révélée par la presse spécialisée.
L’enseigne était jusque-là en sauvegarde depuis septembre 2025. Cette procédure a ensuite été convertie en redressement judiciaire en mars, par le tribunal des activités économiques de Paris. En droit français, le redressement judiciaire intervient quand une entreprise est en cessation de paiements, mais que sa survie reste envisageable.
Ce n’est pas une première pour la marque. Fondée en 1973, Minelli avait déjà été placée en redressement judiciaire en septembre 2023. À l’époque, un trio de repreneurs avait permis d’éviter la liquidation. L’ensemble avait été regroupé dans une structure appelée Maison Minelli.
C’est cette structure qui est désormais touchée. Le nouveau placement en redressement judiciaire montre que le premier sauvetage n’a pas suffi à remettre l’activité sur des rails solides.
Des pertes lourdes et un modèle fragilisé
Le dernier exercice publié, sur 2024-2025, fait apparaître une perte de 3,7 millions d’euros. C’est un signal clair. L’entreprise ne parvient pas à retrouver un équilibre durable.
Le jugement de sauvegarde précédent indiquait aussi qu’une dizaine de boutiques reprises par les nouveaux propriétaires seraient déficitaires. Autrement dit, une partie du réseau pesait déjà sur la trésorerie au moment même du sauvetage.
Le choc social est fort. Avant la reprise, Minelli comptait environ 600 salariés. Après la restructuration, ils n’étaient plus que 200. Cette chute dit beaucoup de la violence des ajustements imposés à ce type d’enseigne lorsqu’elle passe sous procédure collective.
Le cas Minelli s’inscrit dans une crise plus large du commerce de mode. Le secteur reste sous pression, pris entre la concurrence de plateformes à bas prix, la baisse de fréquentation de certains points de vente et la montée du commerce en ligne. L’Alliance du Commerce indique que près de 20 % des magasins d’habillement ont disparu en France depuis 2019.
Ce que le redressement change concrètement
Le redressement judiciaire ne signifie pas automatiquement la disparition de l’entreprise. Il ouvre une période d’observation pendant laquelle l’activité continue, sous contrôle du tribunal et des administrateurs judiciaires. L’objectif est de tester un plan de poursuite, de cession ou, si cela échoue, d’aboutir à une liquidation.
Pour les salariés, l’enjeu est immédiat : le maintien des emplois dépend du scénario retenu. Pour les fournisseurs, les loyers et les créanciers, la procédure fige une partie des dettes et redistribue les priorités. Pour les clients, l’impact est moins visible à court terme, mais il peut se traduire par des fermetures de magasins, des stocks écoulés ou une offre réduite.
Le changement de nom des juridictions compte aussi. Depuis le 1er janvier 2025, le tribunal de commerce de Paris est devenu tribunal des activités économiques. Cette évolution ne change pas la nature du dossier, mais elle rappelle que le traitement des difficultés d’entreprise s’est encore juridiquement spécialisé.
Un secteur sous tension, un avenir encore ouvert
Minelli n’est pas un cas isolé. D’autres marques du prêt-à-porter et des accessoires ont connu des secousses comparables. Le marché français du textile et de l’habillement reste fragilisé par des marges faibles et une concurrence très agressive sur les prix.
Face à cela, deux lectures s’opposent. D’un côté, les acteurs du commerce pointent la pression des plateformes étrangères, le coût des loyers et le ralentissement de la consommation. De l’autre, la crise de Minelli montre aussi les limites d’une reprise qui ne suffit pas à corriger, en quelques mois, des problèmes accumulés pendant des années.
Pour l’instant, aucun scénario n’est tranché. La marque peut encore tenter de sauver une partie de son activité. Mais la nouvelle procédure judiciaire dit une chose simple : le temps joue contre elle.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les prochains jours seront décisifs. Le tribunal devra examiner la suite à donner à la procédure, et surtout la capacité de Minelli à présenter une solution crédible. C’est là que se jouera, une nouvelle fois, le sort de la marque et de ses emplois.















