Le gouvernement a décidé d’un « recentrage stratégique » de Santé publique France (SPF), entraînant le transfert de plusieurs missions vers le ministère de la Santé, a indiqué vendredi 30 janvier le cabinet de la ministre Stéphanie Rist, confirmant des informations de France Inter.
Ce qui change concrètement
Selon le cabinet de la ministre, « un recentrage stratégique a été décidé, avec deux évolutions principales » : la gestion des stocks stratégiques et de la réserve sanitaire sera désormais placée « sous l’autorité hiérarchique directe du ministre de la santé ». Parallèlement, les « campagnes nationales de communication en santé publique » seront transférées au ministère de la Santé et à la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM).
La décision, rapportée par la radio publique, aurait été arrêtée lors d’une réunion interministérielle, validée par le premier ministre et annoncée aux personnels jeudi par la directrice générale de SPF, Caroline Semaille.
Interrogé par l’Agence France‑Presse (AFP), le ministère a expliqué que le transfert de la gestion des stocks et de la réserve sanitaire vise à « raccourcir la chaîne de commandement, d’unifier les dispositifs existants et de renforcer la capacité de décision, en particulier en période de crise ». Le ministère a présenté ces compétences comme des « fonctions régaliennes de préparation et de réponse aux crises sanitaires ».
Quant au déplacement des campagnes de communication, le cabinet de Mme Rist a indiqué qu’il cherchait à « offrir aux citoyens des messages plus clairs », estimant qu’une « multiplication des porteurs de campagnes » avait parfois « pu brouiller la lisibilité de la parole publique en santé ». Le cabinet a insisté sur l’objectif d’« une meilleure efficacité » et a nié que cette réorganisation visât des « économies ».
Contexte et rôle de Santé publique France
SPF a été créée en 2014 pour regrouper des missions de prévention, de promotion de la santé, d’alerte, de surveillance et d’intervention. L’établissement est né de la fusion de l’Institut de veille sanitaire (InVS), de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), de l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) et d’Addictions Drogues Alcool Info Service (Adalis).
Depuis sa création, SPF joue un rôle central dans la définition et la diffusion des messages de prévention et dans la coordination d’outils opérationnels tels que la réserve sanitaire et les stocks stratégiques. Ces missions l’ont placé au cœur des réponses aux crises sanitaires des dernières années.
Réactions et inquiétudes
L’annonce de cette restructuration a suscité des préoccupations sur une possible reprise en main politique de certaines compétences. Hendrik Dravi, député écologiste et administrateur de SPF, a évoqué « un risque majeur de censure » pour des campagnes considérées comme essentielles — tabac, alcool, drogues, pollution, santé sexuelle — et craint que « cette ingérence politique dans les campagnes de prévention affaiblira l’indépendance scientifique ».
Emmanuelle Béguinot, directrice du Comité national contre le tabagisme, a souligné elle aussi « un risque » pour « la prévention du tabagisme, celle de l’alcool », insistant sur la nécessité que ces actions reposent sur « des données scientifiques rigoureuses et indépendantes » et sur « une communication totalement indépendante des lobbys ».
Ces voix rappellent que la crédibilité des messages de prévention dépend en grande partie de leur indépendance et de leur assise scientifique. Elles dénoncent le risque d’une instrumentalisation politique pouvant nuire à la lisibilité et à l’efficacité des campagnes.
Points à suivre
Le gouvernement met en avant la recherche d’une chaîne de décision plus courte et d’une meilleure coordination en période de crise. Les opposants redoutent pour leur part des atteintes à l’indépendance des messages de santé publique.
La mise en œuvre opérationnelle de ces transferts — calendrier, modalités exactes et périmètre détaillé des campagnes concernées — n’est pas détaillée dans le communiqué du cabinet de la ministre. Les attentes portent désormais sur des précisions administratives et sur les garanties qui seront apportées pour maintenir l’indépendance scientifique des campagnes de prévention.





