Le ministre annonce une proposition de réparation
Interrogé à l’Assemblée nationale mardi 10 février 2026 au sujet des conclusions d’une enquête administrative, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a déclaré qu’il « fera évidemment une proposition de réparation à Mme Paccoud-Grandjean ». La formulation exacte prononcée par le ministre a été : « Il faut condamner les conséquences, d’abord en termes de responsabilité du ministère, et c’est pour ça que je ferai évidemment une proposition de réparation à Mme Paccoud-Grandjean ».
Sollicité par l’Agence France‑Presse, le ministère a précisé que cette proposition pourrait prendre la forme d’une réparation financière. Selon la même source, des discussions devraient s’ouvrir prochainement entre l’avocat de la veuve et l’administration pour définir les modalités de cette réparation.
Résultats de l’enquête administrative et constats
Publiée le 6 février 2026, l’enquête administrative diligentée après le suicide de Caroline Grandjean conclut à une « défaillance institutionnelle dans le soutien » qui lui avait été apporté. Le ministère indique que ce constat repose notamment sur « le sentiment éprouvé par l’enseignante que l’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents ».
Le rapport signale aussi « des décisions administratives vécues comme des injustices », citant en exemple le refus d’attribuer une bonification de points liée à sa reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) pour des raisons de mobilité. Les conclusions de l’enquête ont été transmises au ministre en janvier 2026, selon les éléments communiqués à l’Assemblée.
Édouard Geffray a souligné que les inspecteurs avaient témoigné d’une succession de « microdécisions » administratives qui, cumulées, « constituent une défaillance institutionnelle ». Il a ajouté : « En termes de pratiques administratives, il faut profondément humaniser nos procédures de gestion administrative dans un ministère qui compte 1,8 million d’agents. » Le ministre a insisté sur l’absence, dans l’analyse des inspecteurs, d’une volonté de nuire ou d’une faute individuelle clairement identifiée.
Les faits et le contexte
Caroline Grandjean, âgée de 42 ans, était la cible depuis septembre 2023 de harcèlement en raison de son homosexualité. Elle s’est donné la mort le 1er septembre 2025, un drame qui a provoqué une forte émotion dans le milieu enseignant et au-delà.
Des inscriptions à caractère lesbophobe, notamment les tags « sale gouine » et « gouine = pédophile », avaient été découvertes sur les murs de l’école du village de Moussages, dans le Cantal, une commune d’environ 200 habitants. Une enquête avait été ouverte à la suite de ces inscriptions, mais le parquet avait indiqué en mars 2025 que l’affaire était classée sans suite « en l’absence de faits nouveaux ».
En arrêt maladie, Mme Grandjean s’était vu proposer, pour la rentrée suivante, un poste situé à quelques kilomètres de Moussages, mais elle n’a pu reprendre son activité. À la suite du drame, son épouse, Christine Grandjean‑Paccoud, a porté plainte contre l’Éducation nationale pour « harcèlement ».
Réactions et suites possibles
Le ministre a qualifié la gestion du dossier de « traitement juridico‑administratif, voire bureaucratique, d’une situation dramatique » et a rappelé que la violence subie par l’enseignante provenait d’attaques lesbophobes commises par des tiers « qui n’ont pas encore été identifiés ».
Si l’enquête administrative n’a pas retenu de faute personnelle clairement identifiée, elle met en lumière des manquements de procédure et des décisions perçues comme injustes par l’enseignante. Le ministère envisage désormais une réparation, dont la nature et le montant restent à définir au cours des discussions à venir avec les représentants de la famille.
Sur le plan judiciaire, la plainte déposée par Mme Grandjean‑Paccoud pour harcèlement demeure une procédure distincte, qui pourra conduire à des investigations complémentaires.
Le dossier soulève des questions sur la manière dont les institutions accompagnent les personnels victimes de harcèlement et sur les mécanismes administratifs censés protéger les agents et prendre en compte leur situation personnelle. Le ministre a appelé à une évolution des pratiques administratives pour les rendre plus humaines, sans, selon lui, imputer la responsabilité à des individus isolés mais plutôt à une mécanique administrative ayant failli.





