Le groupe TotalEnergies a annoncé, le lundi 23 mars, la renonciation à deux projets d’éoliennes offshore aux États-Unis, obtenus en 2022. En contrepartie, la compagnie indique s’être accordée avec les autorités américaines pour le remboursement des redevances versées — un montant que son PDG, Patrick Pouyanné, a qualifié de « gagnant‑gagnant » lors de son intervention à la CERAWeek 2026, au Texas.
Dans un communiqué, l’administration américaine a souligné que, « contrairement à l’Europe, le développement de projets éoliens offshore aux États‑Unis est coûteux et susceptible d’impacter négativement les prix de l’électricité pour le consommateur américain ». TotalEnergies a expliqué avoir jugé ces projets « pas dans l’intérêt des États‑Unis » et avoir donc accepté de les abandonner contre le remboursement des sommes versées.
Montant de l’échange et destination des fonds
Le New York Times a précisé que le montant du remboursement atteint 928 millions de dollars — environ 800 millions d’euros selon l’article cité — et que ces sommes pourraient être réaffectées par le groupe à la construction d’une usine Rio Grande LNG, au Texas. Le Monde décrit ce chantier comme un important terminal de gaz naturel liquéfié (GNL). TotalEnergies a confirmé que l’opération permettrait de réinvestir dans des capacités gazières aux États‑Unis.
Patrick Pouyanné a défendu l’échange publiquement, estimant que l’opération servait à la fois les intérêts américains et ceux de l’entreprise. La formulation « gagnant‑gagnant » a été reprise dans ses déclarations à la conférence CERAWeek, sans autre précision sur le calendrier exact des investissements associés.
Présence et rôle de TotalEnergies sur le marché américain
La compagnie française est déjà fortement implantée aux États‑Unis. Depuis 2022, TotalEnergies affirme avoir investi près de 12 milliards de dollars dans le pays, couvrant des activités liées au pétrole, au GNL et à l’électricité. Le groupe se présente comme le premier exportateur américain de GNL, avec 19 millions de tonnes exportées en 2025, selon ses propres communiqués.
TotalEnergies explique que ces capacités supplémentaires de GNL peuvent répondre à deux objectifs distincts : fournir du gaz à l’Europe et alimenter des besoins croissants en énergie pour le développement des centres de données (data centers) aux États‑Unis. L’entreprise met en avant un double bénéfice économique et stratégique, sans toutefois détailler la part exacte de production destinée à chaque destination.
Contexte politique et capacités prévues
Les deux projets éoliens retenus en 2022 avaient une puissance cumulée de 4 gigawatts. Leur mise en service avait été envisagée pour 2029 et 2031. L’annulation intervient dans un contexte politique tendu : depuis son retour à la présidence, Donald Trump a tenté d’annuler ou de freiner plusieurs initiatives en faveur des énergies renouvelables, même si certaines de ces démarches ont été rejetées par des tribunaux.
La manœuvre de TotalEnergies et de l’administration américaine peut être lue comme une manière de contourner de nouveaux contentieux juridiques potentiels, en convertissant des engagements offshore en investissements gaziers onshore. Le dossier illustre la difficulté de développer de grands projets éoliens en mer aux États‑Unis, confrontés à des coûts élevés et à des contestations légales.
Pour situer l’enjeu, l’Agence américaine de l’énergie (EIA) indiquait que, en 2025, l’éolien et le solaire représentaient au total 17 % de la production électrique du pays. Ce chiffre souligne la part croissante des renouvelables, malgré les obstacles spécifiques aux projets offshore.
La transaction entre TotalEnergies et les autorités américaines révèle les arbitrages actuels entre accélération des exportations de GNL et développement des énergies renouvelables. Elle pose aussi des questions sur l’évolution des choix énergétiques et industriels, tant du côté des entreprises que des gouvernements, sans qu’un accord définitif sur l’équilibre entre ces objectifs n’apparaisse encore.





