Des élèves de collège mieux repérés, mais à quel prix ?
Faut-il réserver un concours aux meilleurs, ou offrir à tous les collégiens un cadre qui tire le niveau vers le haut ? C’est la question que soulève l’annonce d’un concours général des collèges, prévu pour 2027.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, veut aller plus loin que le seul concours général des lycées. L’idée est claire : créer une nouvelle épreuve pour les collégiens, sur le modèle de celle qui existe au lycée depuis 1744.
Ce que prévoit le nouveau concours
Selon l’annonce ministérielle, chaque collège pourra inscrire jusqu’à 10 % de ses élèves dans cinq disciplines : français, mathématiques, histoire-géographie, arts, ou numérique-codage. Les inscriptions ouvriront à l’automne, pour des épreuves organisées en janvier et février.
Le principe affiché est celui de la valorisation. Le ministre dit vouloir « valoriser différentes formes d’excellence » et donner « un horizon aux élèves les plus à l’aise et qui ont envie d’être nourris ». En clair, il s’agit de proposer un défi supplémentaire aux collégiens les plus avancés, sans attendre le lycée.
Le concours général des lycées, lui, est une vieille institution. Créé en 1744, il distingue chaque année des élèves dans une quarantaine de disciplines, en enseignement général, technologique et professionnel. Le projet annoncé au collège transpose donc au premier cycle du secondaire une logique déjà connue au lycée.
Un signal dans une rentrée scolaire plus exigeante
Cette annonce ne tombe pas seule. Elle s’inscrit dans une séquence où l’Éducation nationale durcit aussi le brevet. À compter de la session 2026, les épreuves terminales compteront pour 60 % de la note finale, contre 50 % auparavant, et le contrôle continu pour 40 %, à partir des moyennes annuelles de classe de 3e.
Le ministère prévoit aussi des épreuves les 26, 29 et 30 juin 2026 pour la session normale du diplôme national du brevet. C’est un changement concret pour les élèves de troisième : la part des examens finaux augmente, et la préparation devient plus structurée.
Édouard Geffray anticipe d’ailleurs une baisse nette du taux de réussite au brevet. Il évoque même une possible chute « assez drastique » et dit s’attendre à « 75 % de réussite au brevet avec beaucoup moins de mentions ». Le message est direct : l’examen doit redevenir un vrai repère scolaire, pas seulement une formalité.
Ce que cela change pour les familles et les collèges
Pour les élèves, le nouveau concours peut jouer sur deux tableaux. D’un côté, il peut stimuler les profils les plus à l’aise, en leur offrant une reconnaissance supplémentaire. De l’autre, il peut accentuer la distinction entre les élèves “en avance” et les autres, dans un âge où l’orientation et l’estime de soi comptent énormément.
Pour les collèges, la marge de manœuvre reste encadrée. Le plafond de 10 % d’élèves par établissement limite le nombre de candidats. Le dispositif devrait donc rester sélectif, sans devenir une épreuve de masse. C’est précisément ce qui le rapproche du concours général des lycées : une distinction, pas un examen commun.
Le ministère veut aussi agir sur les établissements les plus fragiles. Environ 800 collèges, où plus de 40 % des élèves obtiennent moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet, doivent bénéficier d’un accompagnement renforcé dès septembre. Un diagnostic a été lancé au premier trimestre pour cibler les leviers prioritaires.
Autrement dit, la logique est double. D’un côté, on pousse les meilleurs vers le haut. De l’autre, on tente de remettre à niveau les collèges les plus en difficulté. Le pari est classique dans l’école française : valoriser l’excellence sans abandonner les élèves les plus fragiles.
Entre émulation et inquiétude sur la sélection
Les partisans de la mesure y verront un moyen simple de redonner du prestige au collège et de faire émerger des talents plus tôt. L’argument du ministre est cohérent : un élève qui progresse vite peut aussi avoir besoin d’un cadre plus stimulant.
Mais la critique est tout aussi prévisible. Dans un système déjà marqué par les écarts sociaux et scolaires, certains pourront y voir un signal de tri prématuré. À cet âge, la frontière entre encouragement et mise à part reste fine.
Le durcissement du brevet suscite, lui aussi, des attentes contradictoires. Pour ses défenseurs, il remet de l’exigence dans un examen devenu trop permissif. Pour ses opposants, il risque d’alourdir la pression sans résoudre les inégalités de fond.
Le gouvernement, de son côté, mise sur une lecture simple : un examen doit se préparer, et l’école doit mieux dire le niveau réel des élèves avant l’entrée au lycée. C’est le cœur de la réforme en cours.
Le calendrier à surveiller
Le prochain rendez-vous est clair : l’ouverture des inscriptions à l’automne, avant les premières épreuves du concours général des collèges en janvier et février 2027. D’ici là, les équipes éducatives devront aussi s’adapter aux nouvelles règles du brevet et aux dispositifs renforcés dans les collèges les plus en difficulté.















