Une présidentielle déjà jouée d’avance ? Pas vraiment.
À un an de l’élection présidentielle, une question domine déjà la vie politique française : qui peut vraiment battre le Rassemblement national au second tour ? Selon un nouveau sondage Elabe publié le 28 mars 2026, la réponse tient surtout en un nom : Édouard Philippe.
Le cadre est connu. L’élection présidentielle française se joue au suffrage universel direct, à deux tours. Pour gagner dès le premier tour, il faut obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés. En pratique, cela n’arrive jamais sous la Ve République. Le second tour tranche donc presque toujours le match final.
Le RN en tête, Philippe seul dans la course de rappel
Le sondage donne le candidat du Rassemblement national largement en tête du premier tour, avec 31,5 % à 38 % des intentions de vote, selon les configurations testées. Le nom du candidat varie : Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Mais l’avance reste nette dans tous les cas.
Derrière, Édouard Philippe se détache clairement du camp central. Il est crédité de 20,5 % à 25,5 % des intentions de vote. L’étude souligne qu’il capte une large part de l’électorat du bloc central, une partie non négligeable des électeurs LR, et même une petite fraction de l’électorat de gauche.
La troisième place se joue ensuite entre plusieurs candidats. Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon apparaissent au coude-à-coude dans plusieurs configurations. Gabriel Attal, lui, reste plus bas, autour de 11,5 % dans l’hypothèse où Édouard Philippe ne se présente pas. Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu sont testés plus bas encore. Quant à Bruno Retailleau, il se situe autour de 8,5 % à 10 %. Les candidatures issues de Reconquête plafonnent entre 3 % et 5 %.
Au second tour, un duel très serré se dessine
Le véritable enseignement du sondage arrive au second tour. Selon les scénarios testés, seul Édouard Philippe parviendrait à battre le candidat du RN. Face à Jordan Bardella, il l’emporterait de justesse, 51,5 % contre 48,5 %. Face à Marine Le Pen, l’écart serait un peu plus large : 53 % contre 47 %.
Dans les autres confrontations testées, le candidat du RN sortirait gagnant. Jordan Bardella battrait Jean-Luc Mélenchon avec 71,5 % contre 28,5 %, Raphaël Glucksmann avec 58,5 % contre 41,5 %, et Bruno Retailleau avec 58 % contre 42 %. Le message est clair : hors Édouard Philippe, le front d’extrême droite garde l’avantage.
Ce type de photographie n’écrit pas l’élection à l’avance. Mais il donne une direction. À ce stade, le RN conserve une force de premier tour. Le bloc central, lui, ne semble tenir qu’à travers une figure perçue comme plus large que son seul camp. Cette logique s’inscrit dans une bataille déjà installée depuis plusieurs mois. D’autres sondages publiés au printemps 2025 montraient déjà Bardella en position favorable au premier tour, et Philippe comme l’un des rares adversaires capables de lui résister au second.
Ce que ce sondage change, concrètement
Le premier effet est politique. À droite comme au centre, la question n’est plus seulement “qui veut se présenter ?”, mais “qui peut espérer gagner ?”. Cela pèse sur les stratégies de candidature, les alliances, et les ambitions personnelles. Quand un sondage montre qu’un seul profil peut battre le RN, la compétition interne se déplace vite vers ce profil-là.
Le deuxième effet touche la gauche. Raphaël Glucksmann apparaît, dans ce test, comme le mieux placé des candidats socialistes ou proches du PS. Il devance François Hollande et Olivier Faure dans les configurations comparables. Pour la gauche non mélenchoniste, l’enjeu devient alors de transformer une position de mieux placé sur le papier en dynamique politique réelle.
Le troisième effet concerne le RN lui-même. Si Marine Le Pen reste juridiquement et politiquement centrale, Jordan Bardella s’impose de plus en plus comme l’autre option crédible. Le parti maintient ainsi une double ressource : une figure historique et un successeur déjà testé dans les enquêtes d’opinion. Cette hypothèse n’a rien d’abstrait. Bardella a lui-même affirmé au printemps 2025 qu’il serait le candidat du RN si Marine Le Pen était empêchée.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera sur deux terrains. D’un côté, les décisions judiciaires et politiques qui peuvent peser sur le statut de Marine Le Pen et, donc, sur la désignation du candidat RN. De l’autre, la capacité du camp central à faire émerger une candidature qui ne se contente pas d’exister, mais qui rassemble vraiment. À mesure que 2027 approche, chaque nouveau sondage dira moins qui est déjà élu que qui paraît encore capable de gagner.














