Jusque-là divisés sur la posture à adopter face à La France insoumise (LFI), les partis du « bloc central » semblent opter pour une ligne commune : traiter LFI comme une menace politique comparable à l’extrême droite. Ce basculement intervient après la mort de Quentin Deranque, 23 ans, lynché à Lyon le jeudi 12 février, un événement qui a provoqué une condamnation unanime des élus de Renaissance, du MoDem et d’Horizons.
Un drame à Lyon et une réaction politique immédiate
Le jeune Quentin Deranque, 23 ans, a été tué à Lyon le jeudi 12 février. Les auteurs présumés sont des individus suspectés d’appartenir au groupuscule antifasciste de la Jeune Garde, identifié comme proche de LFI. En réponse, les partis du bloc central ont mis en cause la responsabilité politique du mouvement « insoumis » et de son leader, Jean‑Luc Mélenchon, reprochant à leur rhétorique conflictuelle d’alimenter un climat propice à la violence.
La condamnation a été exprimée de façon solennelle et transpartisane. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a rappelé à l’Assemblée nationale, le mardi 17 février, que « le refus de la violence physique comme de la violence verbale vaut pour tout le monde, en tout temps, en tout lieu. Voilà peut‑être ce qui nous sépare ». Il a demandé à LFI de « faire le ménage » dans « ses propos, [ses] idées, et surtout dans [ses] rangs ». Parallèlement, trois proches du député LFI Raphaël Arnault (Vaucluse), cofondateur de la Jeune Garde, ont été interpellés.
De la division interne à une stratégie de rassemblement
À l’approche de la présidentielle, la bataille des ambitions personnelles au sein du bloc central restait une source de tensions. Pourtant, le rejet de LFI apparaît désormais comme un levier susceptible de rassembler ces forces politiques. Le bloc central, qui avait profité en 2024 d’un front républicain contre le Rassemblement national (RN), mise sur une double exclusion : ni LFI, ni RN.
Ce repositionnement repose sur deux arguments avancés par les dirigeants centristes. Le premier est d’ordre moral et républicain : toute forme de violence, qu’elle soit verbale ou physique, doit être condamnée sans ambiguïté. Le second est stratégique : en posant LFI au même niveau que l’extrême droite, le bloc central cherche à reconstruire une frontière politique destinée à séduire des électeurs modérés inquiets de l’escalade verbale et des débordements.
Le choix d’une telle posture ne dissipe pas pour autant toutes les divergences internes. L’unité autour d’un refus commun de LFI peut masquer des désaccords profonds sur la stratégie électorale, le calendrier des candidatures et les alliances à venir. Mais, pour le moment, la condamnation unanime de l’acte qui a coûté la vie à Quentin Deranque a servi de catalyseur.
Accusations et précautions dans le débat public
Les partis du bloc central tiennent LFI et Jean‑Luc Mélenchon pour responsables d’un « climat » qu’ils jugent propice aux violences politiques. Il s’agit là d’une accusation politique forte : elle met en cause la tonalité du discours et la responsabilité organisationnelle, sans établir à elle seule un lien de causalité judiciaire entre les propos tenus et l’acte commis.
Les autorités ont engagé des actes d’enquête — notamment l’interpellation de trois personnes proches du député Raphaël Arnault —, mais les éléments de fait restants relèvent du dossier judiciaire et de l’instruction. Dans ce contexte, les propos tenus par les responsables politiques relèvent autant de la stratégie que de la condamnation morale. La frontière entre dénonciation ciblée et instrumentalisation politique demeure fragile.
Sur le plan électoral, présenter LFI comme équivalente à l’extrême droite est une posture destinée à capter un électorat centriste et républicain qui, en 2024, s’était rallié à un front pour barrer la route au RN. Reste à voir si cette stratégie tiendra dans la durée et si elle pourra dépasser les clivages personnels et programmatiques qui structurent aujourd’hui le bloc central.
En l’état, la mort de Quentin Deranque a provoqué une onde de choc politique et médiatique. Elle a également servi de déclencheur à une recomposition des postures partisanes : le refus commun de la violence rapproche provisoirement des formations qui, jusque‑là, restaient divisées sur la manière d’appréhender LFI et ses responsabilités politiques.





