Par Grégoire Poussielgue
Les élections municipales marquent le début d’une accélération des grandes manœuvres en vue de la présidentielle de 2027. Réélu maire du Havre après une triangulaire, Edouard Philippe entend profiter de ce résultat — près de 48 % des voix — pour intensifier sa campagne nationale. Mais il n’est pas seul : plusieurs responsables du « socle commun » de la droite et du centre cherchent à se positionner, tandis que le débat sur la méthode pour désigner un candidat unique reste vif.
Le résultat du Havre et la relance d’Edouard Philippe
Largement réélu au Havre, Edouard Philippe a interprété ce succès local comme un signal politique : « Il y a des raisons d’espérer car l’énergie, la volonté, l’audace, cette vertu bien française, sourient toujours à ceux qui, d’où qu’ils viennent, toujours de bonne volonté, se relèvent et portent une fois encore la fierté d’être havrais et la fierté d’être français », a-t‑il déclaré devant ses partisans.
Déclaré candidat à la présidentielle depuis environ dix‑huit mois, il pouvait jusque‑là concentrer une part de son attention sur la campagne municipale. Selon son entourage, il doit maintenant trancher sur le rythme de sa campagne nationale : accélérer d’ici l’été ou temporiser jusqu’après la période estivale. Pour marquer son retour sur la scène médiatique, il prévoit de retrouver les grandes émissions nationales et multipliera les rendez‑vous pour « égrener des soutiens de poids », d’après un proche.
Un socle commun divisé sur la méthode
Le « socle commun » qui regroupe des forces de la droite et du centre — Renaissance, le Modem, Horizons et des Républicains modérés — partage l’analyse d’un risque : sans candidature unitaire, la division favoriserait, selon eux, un duel opposant La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) au second tour. « La division, et c’est le second tour assuré entre LFI et le RN », a résumé un ministre cité dans les échanges politiques.
Les lignes restent cependant très différentes sur la méthode. Plusieurs personnalités, comme Gérald Darmanin, Aurore Bergé ou Laurent Wauquiez, envisagent une primaire ; d’autres — Gabriel Attal, Edouard Philippe, Xavier Bertrand — privilégient une logique de sélection par les sondages et la dynamique médiatique, refusant en l’état l’idée d’une primaire. Bruno Retailleau, lui, a déjà déclaré sa candidature.
La crainte d’un « rassemblement raté » est explicite dans les rangs : « Soit c’est la guerre des egos à droite et au centre, et, à ce moment‑là, on sera pulvérisé et on laissera le pays au chaos des extrêmes », a mis en garde Valérie Pécresse sur RTL.
Scores d’opinion et calendrier des prochaines semaines
Une étude Harris Interactive publiée dimanche soir donne un aperçu des forces en présence dans une configuration testée : Edouard Philippe y recueillerait 18 % au premier tour (en hausse de 3 points), tandis que Gabriel Attal obtiendrait 13 % (en hausse de 1 point). Le sondage ne teste pas l’ensemble des candidats du socle commun, ce qui limite la lecture des équilibres globaux.
Sur le calendrier, les « grandes manœuvres » doivent s’accélérer au printemps. Edouard Philippe a évoqué la tenue possible d’un meeting à Paris le 12 avril — une décision qui n’est pas complètement actée —, tandis que Gabriel Attal prépare la sortie de son premier livre le 16 avril et multiplie les gestes d’ouverture vers des électeurs de centre‑gauche. Chacun cherche à imposer son tempo : attaquer maintenant pour « tuer » la course dans les sondages, ou ménager ses forces en vue d’un sprint ultérieur.
À treize mois du rendez‑vous national, la présidentielle est attendue au printemps 2027. D’ici là, la recomposition des candidatures à droite et au centre, les résultats des prochains sondages et la capacité à fédérer des soutiens structurés resteront déterminants pour dessiner le paysage électoral.





