Une primaire, ou rien
À gauche, qui décidera du candidat ou de la candidate pour 2027 ? La question pèse déjà lourd, parce qu’elle peut éviter une nouvelle dispersion des voix… ou, au contraire, l’aggraver.
Marine Tondelier a choisi de poser une règle nette. Les Écologistes ne se rallieront à une autre candidature qu’écologiste à la présidentielle que si cette candidature sort d’une primaire, a-t-elle affirmé jeudi 2 avril à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, dans un manifeste de 40 pages intitulé Ce que nous vous devons.
Le pari d’une candidature commune
Le document défend un principe simple : pour 2027, la gauche doit choisir un candidat commun par un vote ouvert, et non par accord entre appareils. Marine Tondelier y est elle-même candidate, aux côtés de François Ruffin et de Clémentine Autain, dans un processus que ces responsables veulent élargir à d’autres forces politiques.
La cheffe des Écologistes souhaite en particulier que les socialistes rejoignent cette démarche. Olivier Faure y est favorable, mais le Parti socialiste reste divisé. François Hollande et Boris Vallaud s’y opposent, et défendent plutôt une autre méthode : d’abord un candidat socialiste désigné en interne, puis une coalition plus large autour de lui ou d’elle.
Le débat n’est pas nouveau. Depuis plusieurs mois, la gauche cherche une méthode pour éviter la répétition du scénario de 2022, quand plusieurs candidatures concurrentes avaient fragmenté son électorat. En 2024, les législatives ont montré qu’une union peut exister dans certaines configurations. Mais à la présidentielle, le mode de désignation reste l’obstacle principal.
Ce que Marine Tondelier veut imposer
Dans son manifeste, Marine Tondelier assume une ligne offensive. Elle vise ceux qui misent sur des candidatures déjà installées et qui refusent de remettre leur place en jeu. Selon elle, la primaire doit être un test démocratique, pas un arrangement de sommet.
Elle écrit aussi que les électeurs de gauche ne votent pas en blocs figés. Elle cite, pour appuyer son raisonnement, la succession de bulletins allant de Yannick Jadot en 2019 à Jean-Luc Mélenchon en 2022, puis à Raphaël Glucksmann en 2024. L’idée est claire : l’électorat existe, mais il se répartit selon les scrutins et les offres politiques.
Son argument central est politique autant que stratégique. Elle estime qu’on ne peut pas dénoncer la concentration du pouvoir tout en organisant son propre camp autour d’une figure intouchable. Et elle pousse l’idée jusqu’au bout : ceux qui refuseront cette primaire, écrit-elle en substance, prendront le risque d’une nouvelle défaite de la gauche face à l’extrême droite.
Ce que cela changerait concrètement
Une primaire ne règle pas tout. Mais elle change la mécanique de départ. Elle oblige les prétendants à se confronter à un vote, donc à une légitimité mesurable. Elle fixe aussi une règle commune avant la campagne, ce qui peut limiter les candidatures concurrentes au printemps 2027.
Le problème, c’est qu’une primaire ne vaut que si les principaux partis l’acceptent. Sinon, elle devient une consultation partielle, utile pour les écologistes et quelques alliés, mais incapable d’imposer une candidature unique à toute la gauche. C’est là que le bras de fer se situe.
Sur le fond, le manifeste de Marine Tondelier met aussi en avant une ligne programmatique : la prospérité écologique, pensée autour de trois mots, protection, réparation et préparation. Traduction politique : protéger le présent, réparer les dégâts déjà visibles, et préparer l’avenir face au climat, aux tensions sociales et aux chocs économiques.
Une gauche encore coupée en deux
Deux visions s’affrontent. D’un côté, les partisans de la primaire disent qu’elle est le seul moyen de départager les ambitions sans passer par des arrangements opaques. De l’autre, ses opposants redoutent un dispositif qui capterait le processus au profit de ceux qui ont déjà un appareil, une notoriété ou une structure militante.
Chez les socialistes, la ligne d’Olivier Faure ouvre la porte à un vote commun. Mais les réticences internes restent fortes. Elles traduisent une peur simple : qu’une primaire mal cadrée produise moins d’unité que de ressentiment. C’est aussi pour cela que Boris Vallaud défend un chemin différent, plus interne au PS avant toute coalition.
Autour d’eux, François Ruffin et Clémentine Autain soutiennent le principe d’un rassemblement par la primaire. Leur présence compte, parce qu’elle donne à l’initiative une couleur plus large que le seul noyau écologiste.
En face, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann refusent toute logique de primaire. Le premier parce qu’il défend une ligne de rapport direct au peuple, le second parce qu’il privilégie une autre forme d’incarnation. Leur refus ferme pour l’instant une partie du jeu.
Ce qu’il faudra surveiller
La suite se jouera dans les prochains mois, pas dans un slogan. La vraie question est de savoir si la primaire voulue par Marine Tondelier peut devenir le cadre commun de la gauche, ou si elle restera l’outil d’un seul camp. La réponse dépendra des socialistes, mais aussi des autres formations prêtes, ou non, à accepter une règle du jeu partagée pour 2027.















