Pourquoi la droite cherche encore sa formule gagnante pour 2027
À droite, le vrai sujet n’est plus seulement de savoir qui sera candidat. C’est de savoir comment éviter une nouvelle guerre interne, au moment où chaque camp veut peser avant la présidentielle de 2027.
Le débat n’est pas anodin. Chez Les Républicains, comme dans une partie du bloc central, la question d’une primaire ouverte revient avec insistance. L’idée est simple : organiser un mécanisme de départage pour ne pas arriver dispersé à l’élection présidentielle. Mais derrière ce mot, il y a une bataille politique très concrète. Qui participe ? Qui arbitre ? Et surtout, jusqu’où élargir le périmètre ?
Larcher, pivot discret mais influent
Gérard Larcher joue ici un rôle central. Le président du Sénat pousse depuis longtemps l’idée d’une « union de la droite et du centre ». Dans cette logique, il ne veut pas d’un dispositif fermé sur LR. Il préfère une formule plus large, capable d’aller au-delà du seul parti, tout en gardant une ligne claire à droite.
C’est cette position qui l’éloigne, au moins partiellement, de Bruno Retailleau. Le patron de LR et ministre de l’intérieur reste prudent sur l’ouverture du processus. Il ne rejette pas l’idée d’une primaire par principe, mais il veut en contrôler le périmètre. Dit autrement : oui au départage, mais pas à n’importe quelles conditions.
Le différend s’est vu dans l’épisode de Nice. Bruno Retailleau a pris ses distances avec la campagne de Christian Estrosi. Gérard Larcher, lui, a vu dans cette séquence une remise en cause d’un accord conclu avec Horizons, le parti d’Édouard Philippe, autour du soutien au maire sortant. Pour lui, ce type de rupture brouille le message d’ensemble du bloc central et de la droite.
Une primaire ouverte, mais pas sans règles
Les travaux internes à LR avancent sur cette question. Un groupe de travail a été installé à la demande de Bruno Retailleau pour réfléchir aux modalités de désignation du candidat en 2027. Sous l’égide de Gérard Larcher, plusieurs responsables du parti planchent sur plusieurs scénarios. Le calendrier est déjà lancé : une réunion de synthèse était prévue le 19 février, puis une contribution écrite devait suivre début mars.
L’enjeu est clair. Une primaire trop fermée risque de laisser dehors des figures déjà installées au centre droit, comme Édouard Philippe. Une primaire trop large pourrait, à l’inverse, transformer l’exercice en machine à fracturer le camp plutôt qu’à l’unifier. C’est toute l’équation que Gérard Larcher essaie de résoudre.
Dans les discussions, le mot « primaire » lui-même n’est plus toujours utilisé avec enthousiasme. Il traîne derrière lui le souvenir de scrutins précédents, souvent vécus comme des accélérateurs de division. D’où l’idée, chez certains responsables, de parler plutôt de « départage » ou de procédure de sélection ouverte.
Ce que cela change pour 2027
Pour les électeurs, le sujet peut sembler technique. Il ne l’est pas. Le mode de désignation du candidat peut modifier tout le rapport de force à droite. Une primaire fermée favorise les équilibres militants. Une primaire ouverte peut attirer davantage de soutiens venus du centre. Mais elle oblige aussi à clarifier les lignes politiques beaucoup plus tôt.
Le calendrier compte, lui aussi. Le renouvellement du Sénat interviendra en septembre 2026, sur la moitié de la chambre haute. Le Sénat fonctionne par séries et se renouvelle par moitié tous les trois ans. Gérard Larcher, qui y règne depuis longtemps, sait qu’un bon maillage local et une droite organisée dans les territoires restent décisifs à cette échéance. Autrement dit, la bataille de 2027 se prépare aussi dans les scrutins intermédiaires.
À Nice, la séquence a servi de révélateur. Christian Estrosi, désormais allié à Horizons, incarne cette droite locale qui accepte les passerelles avec le centre. Bruno Retailleau, lui, cherche à consolider une ligne plus nettement ancrée à droite. Gérard Larcher tente de tenir ensemble ces deux logiques. Ce n’est pas un simple jeu d’équilibriste. C’est une stratégie de survie électorale.
Les partisans d’une primaire large y voient une chance de départager les prétendants sans laisser la présidentielle se fragmenter. Les réserves, elles, restent fortes. Chez LR, plusieurs responsables craignent qu’un élargissement excessif n’efface l’identité du parti. Au centre, la crainte est inverse : une primaire trop marquée à droite pourrait servir de simple rallonge à LR, sans vraie capacité de rassemblement.
En arrière-plan, Édouard Philippe avance ses pions. Gabriel Attal reste réticent à l’idée d’une primaire du bloc central. François Bayrou n’en veut pas davantage. Et chez LR, Laurent Wauquiez comme Bruno Retailleau gardent leurs distances avec un système trop ouvert. Gérard Larcher, lui, continue de plaider pour une solution plus large, mais encore politiquement lisible.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera dans les prochaines semaines, avec la formalisation des options de départage au sein de LR et les premiers mouvements de campagne à droite comme au centre. Le vrai test sera simple : une formule peut-elle à la fois rassembler les appareils, clarifier l’offre politique et éviter une nouvelle guerre d’ego ? C’est cette réponse, plus que le nom d’un candidat, qui dira si la droite a trouvé sa voie pour 2027.















