Une droite qui se cherche, un candidat qui s’échappe
À droite, la question est simple : faut-il partir seul, ou construire un camp capable d’exister au second tour ? David Lisnard a choisi d’ouvrir le clash. Le maire de Cannes quitte Les Républicains et entre franchement dans la course à l’Élysée.
Son geste ne dit pas seulement une rupture de plus. Il dit aussi le malaise d’une famille politique encore divisée entre deux stratégies : l’autonomie complète, ou l’entente avec le pouvoir en place quand cela l’arrange. Dans un paysage où la droite classique peine à se remettre de ses défaites présidentielles successives, chaque prise de position compte.
Ce qu’a annoncé David Lisnard
Mardi 31 mars, David Lisnard a remis sa démission à Bruno Retailleau lors d’un échange au Sénat, puis il a confirmé sur France 2 qu’il quittait Les Républicains. Il reproche au parti de n’avoir pas rompu avec « les ambiguïtés » et avec « la macronie », autrement dit la proximité avec le camp présidentiel.
Le président de l’Association des maires de France a aussi dénoncé le maintien de ministres LR dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, malgré la décision du chef de l’exécutif de suspendre la réforme des retraites. Cette suspension est un point clé du débat politique actuel : elle vise à geler l’application d’un texte contesté, sans l’abroger, donc sans l’effacer définitivement.
Lisnard a confirmé qu’il était bien candidat à la présidentielle. Il refuse l’idée d’une candidature de témoignage. Il dit porter « un projet puissant » pour que la France soit, selon ses mots, respectée, indépendante et gagnante.
La bataille de la primaire à droite
Le vrai désaccord ne porte pas seulement sur les personnes. Il porte sur la méthode. David Lisnard défend depuis des semaines l’idée d’une primaire large, allant du centre-droit jusqu’à Reconquête, et donc jusqu’à Sarah Knafo. Il y voit le seul moyen d’éviter une dispersion des candidatures à droite.
Bruno Retailleau n’a pas la même lecture. Le président de LR, lui aussi candidat à la présidentielle, pousse une autre option. Le bureau politique du parti a écarté une primaire ouverte et doit soumettre aux adhérents plusieurs scénarios. Parmi eux : la désignation directe de Retailleau, une primaire réservée aux adhérents, ou une formule un peu plus large avec les sympathisants.
Autrement dit, LR doit choisir entre trois logiques : un chef désigné en interne, un vote plus large mais fermé aux seuls militants, ou une ouverture plus nette vers l’extérieur. Ce choix pèsera lourd sur la capacité du parti à parler à un électorat plus vaste que sa base militante.
Ce que cette rupture change vraiment
Le départ de Lisnard fragilise un peu plus une droite déjà traversée par plusieurs lignes de fracture. D’un côté, ceux qui veulent tenir la barre d’un parti distinct du bloc présidentiel. De l’autre, ceux qui jugent qu’un rapprochement tactique avec l’exécutif peut éviter l’effacement politique. Enfin, il y a ceux qui pensent que seule une union élargie à droite peut encore offrir une chance de peser en 2027.
Concrètement, cette sortie de LR donne à Lisnard plus de liberté de ton. Elle l’éloigne aussi d’un appareil partisan qui peut servir de rampe de lancement, mais qui impose des règles et des arbitrages. Il ne parle plus au nom d’un parti. Il parle en candidat déclaré, avec ses propres marges.
Elle révèle aussi la difficulté, pour la droite, de trancher entre deux risques contraires : rester trop étroite et finir marginale, ou s’élargir trop vite et perdre son identité. C’est exactement le nœud que la primaire est censée résoudre. Encore faut-il que les familles qui se disputent le mot « droite » acceptent une règle commune.
Les réactions et l’horizon politique
La sortie de David Lisnard ne tombe pas de nulle part. Depuis plusieurs mois, il brandit régulièrement l’idée d’un départ. Il l’avait déjà évoquée à l’automne, au moment des tensions sur la participation de LR au gouvernement. Il avait aussi estimé, dès le soir des européennes, que LR était « mort ». Le message est constant : il juge le parti incapable de clarifier sa ligne.
En face, le camp Retailleau défend une autre lecture. Pour lui, LR doit préserver sa cohérence, éviter la dispersion et choisir un candidat capable d’incarner une opposition nette. La question de la primaire va donc rester centrale dans les prochains jours. Le vote des adhérents doit trancher entre les options mises sur la table.
La suite dépendra de ce scrutin interne, mais aussi de la capacité de la droite à éviter l’éparpillement. Si la primaire échoue ou si elle laisse des blessés politiques derrière elle, la course à l’Élysée pourrait se compliquer davantage pour tous les prétendants du camp conservateur.













