La droite entre dans le sprint présidentiel
Les municipales des 15 et 22 mars 2026 sont derrière nous. La présidentielle de 2027 est désormais la prochaine grande échéance nationale. Autrement dit, la droite n’a plus le luxe de l’attente. Chaque maire, chaque ministre, chaque chef de parti regarde déjà la même ligne d’horizon. C’est là que se joue la survie politique, bien plus que dans les commentaires de l’instant.
Le cadre est simple, mais tendu. Bruno Retailleau a pris la tête des Républicains en mai 2025 avec 74,3 % des voix, puis il a lancé sa propre course vers l’Élysée. Depuis, le parti cherche sa méthode de désignation. Primaire fermée, primaire ouverte, ou candidateur naturel sorti du lot : rien n’est tranché, et tout divise.
Lisnard choisit la rupture
Dans ce paysage, David Lisnard a décidé de sortir du cadre LR. Le maire de Cannes quitte le parti et transforme Nouvelle énergie en base arrière présidentielle. Son mouvement revendique une montée en puissance nette, avec des adhésions passées de 12 000 à 15 000. Le signal est politique avant tout : Lisnard ne se met pas en retrait, il change d’enseigne.
Le calcul repose sur un atout très concret : l’ancrage local. À Cannes, sa liste a remporté 81,11 % des suffrages exprimés au premier tour des municipales, selon le ministère de l’intérieur. Pour lui, cette victoire dit quelque chose de la politique française actuelle : un maire peut garder une base solide sans dépendre totalement d’un appareil national. Le lien utile pour vérifier le score officiel est ici : résultats officiels des municipales à Cannes.
Ce point compte plus qu’il n’y paraît. Pour un élu local, la marque personnelle est devenue une ressource. Elle sert à lever des fonds, à recruter des soutiens et à survivre aux secousses partisanes. En revanche, elle ne suffit pas à fabriquer une majorité nationale. Un maire peut peser chez lui. Pour la présidentielle, il faut aussi une coalition plus large, plus floue, et beaucoup plus difficile à assembler. C’est là que les micro-partis servent de tremplin, mais aussi de refuge.
Une droite locale, mais pas forcément rassemblée
Le départ de Lisnard fragilise aussi un parti qui reste pourtant bien implanté dans les territoires. Au premier tour des municipales, les Républicains ont revendiqué une présence de premier plan dans une commune sur deux de plus de 9 000 habitants. Ce poids municipal est réel. Mais il ne règle rien sur la question centrale : qui peut porter la droite au second tour d’une présidentielle, quand l’offre politique est éclatée et que le centre ne veut plus d’un duel figé ?
Les critiques sont franches. Agnès Evren parle d’un « syndrome d’autodestruction » de la droite. Gérard Larcher pousse, lui, à faciliter les relations entre toutes les familles politiques de la droite et du centre. En clair, l’intérêt diverge selon les camps : pour Lisnard, quitter LR permet d’élargir le jeu ; pour ses adversaires, cette sortie complique encore la reconstruction d’un bloc crédible.
Le vrai débat : ouvrir ou verrouiller ?
Lisnard plaide pour une primaire très large. Dans cette logique, le scrutin doit aller bien au-delà de LR. Il peut même inclure des profils comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe, et aller jusqu’à Reconquête selon sa conception la plus ouverte. Ses partisans considèrent qu’une droite fermée sur elle-même n’a plus les moyens de rivaliser. Leur argument est simple : sans large rassemblement, la barre des 5 % peut redevenir un piège mortel.
En face, plusieurs responsables refusent cette dilution. Xavier Bertrand rejette l’idée d’une primaire ouverte à tout le spectre. D’autres cadres LR ne veulent pas voir Reconquête entrer dans la mécanique. Valérie Pécresse, elle, pousse pour une primaire dès l’après-municipales, mais dans un cadre politique clarifié. À ce stade, chacun défend son intérêt propre : les uns cherchent l’ouverture maximale, les autres protègent la cohérence idéologique, les troisièmes espèrent encore faire émerger un candidat « naturel » dans les sondages.
Au milieu, la base LR hésite. Une partie veut arrêter les guerres de chefs. Une autre refuse de céder la clé du parti à des partenaires extérieurs. Et puis il y a ceux qui pensent qu’un candidat unique de la droite et du centre est devenu indispensable. Une pétition de 90 personnalités a d’ailleurs relancé cette idée de candidature unique. Le débat n’est donc pas seulement tactique. Il dit aussi ce que la droite veut encore être en 2027.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les prochains jours compteront plus que les grandes déclarations. Les Républicains doivent encore arrêter leur méthode de désignation. S’ils choisissent un format étroit, Lisnard restera dehors et continuera d’installer son propre outil. S’ils retiennent une formule plus ouverte, il pourra revenir dans le jeu sans renoncer à sa ligne. Dans les deux cas, l’équation est la même : la droite doit décider si elle veut un parti, ou une addition de familles politiques capables de tenir jusqu’à 2027.













