Cinq médias ancrés à gauche se sont associés pour publier un hors‑série entièrement consacré à la lutte contre l’extrême droite, présenté jeudi 19 février à Paris. Le numéro, intitulé Combat!, se veut une réponse journalistique et collective à la montée des discours et des pratiques d’extrême droite, dans la perspective des élections municipales.
Un projet collectif présenté à la Maison des Métallos
Cette édition spéciale de 80 pages rassemble l’Humanité, Radio Nova, StreetPress, Les Inrockuptibles et le média en ligne Blast. Elle a été dévoilée à la Maison des Métallos devant plusieurs centaines de personnes, en présence notamment de l’homme d’affaires et acteur des médias Mathieu Pigasse, lié au groupe Combat, propriétaire de Radio Nova et des Inrocks, et qui s’est déclaré désireux de peser en faveur de la gauche en vue de la présidentielle de 2027.
Les rédactions expliquent vouloir combiner enquêtes et reportages de terrain pour donner la parole à « ceux, soit qui luttent sur le terrain, soit aussi ceux qui sont victimes directement de l’extrême droite », selon les termes cités lors de la présentation. Le hors‑série se présente comme le produit d’un effort collectif de journalistes attachés à documenter et à décrypter les dynamiques politiques et sociales liées à l’extrême droite.
Un « manifeste antifasciste » revendiqué par les organisateurs
Sur scène, Mathieu Molard, corédacteur en chef de StreetPress, a rappelé le contexte « difficile, douloureux » dans lequel sort ce journal. Il a qualifié l’initiative de « manifeste antifasciste », insistant sur la volonté des médias participants d’aborder le sujet par le reportage et le témoignage plutôt que par la simple dénonciation.
La codirectrice de l’Humanité, Maud Vergnol, a pour sa part défendu la fonction du journalisme en pointant : « Quand on est journaliste, on croit plus au pouvoir des mots qu’aux coups de poing ». Cette phrase a été avancée pour marquer la distance souhaitée entre l’intervention journalistique et l’action violente.
Le hors‑série contient, selon sa présentation, une série d’enquêtes et de décryptages sur plusieurs thèmes : les municipalités tenues par le Rassemblement national (RN), le projet économique du RN, les médias liés au milliardaire Vincent Bolloré, ainsi que des analyses politiques internationales portant sur la Hongrie de Viktor Orbán et l’Argentine de Javier Milei. Y figure également un entretien avec le député LFI Raphaël Arnault, dans lequel il plaide pour « une société la plus émancipée possible de toute violence ».
La présentation marquée par l’actualité judiciaire et une violence récente
La publication intervient alors qu’un fait divers violent a retenu l’attention : la mort à Lyon du militant nationaliste Quentin Deranque. Lors de la présentation, Mathieu Molard a dit se sentir « triste » de ce décès et a rappelé que certains suspects étaient liés à l’ultragauche. Parmi eux figure Jacques‑Elie Favrot, assistant du député Raphaël Arnault, qui a été mis en examen et placé en détention provisoire jeudi soir, selon les informations évoquées lors de l’événement. Ces développements ont, d’après les organisateurs, mis le parti La France insoumise sous forte pression ces derniers jours.
Les rédactions précisent toutefois que la réalisation du hors‑série s’est faite avant ces événements lyonnais. Mathieu Molard a regretté auprès de l’Agence France‑Presse (AFP) que « la temporalité nous a empêchés de traiter » ces violences dans le numéro, réalisé avant leur déroulement. L’éditeur souligne donc un décalage entre la fabrication du magazine et l’actualité la plus récente.
Format, diffusion et prix
Le hors‑série Combat! est vendu 8,90 euros et a été tiré à 50 000 exemplaires. Il devait être mis en kiosques le 23 février. Les organisateurs ont présenté le numéro comme un outil d’enquête et de pédagogie, destiné tant aux lecteurs déjà engagés qu’à un public plus large désireux de comprendre les enjeux locaux et internationaux liés à l’extrême droite.
En résumé, les médias participants proposent avec ce hors‑série un positionnement clair : mobiliser le journalisme d’enquête et les voix des acteurs de terrain pour documenter les formes contemporaines d’extrémisme et nourrir le débat public à l’approche des municipales.





