Peut-on entrer dans la course à la présidentielle sans élu local, sans machine électorale solide et avec seulement une image favorable dans l’opinion ? Pour Dominique de Villepin, la réponse est oui. Mais le vrai test ne se joue pas dans les studios de radio. Il se joue dans des milliers de mairies.
Le mur des 500 signatures
Pour se présenter à l’élection présidentielle en France, un candidat doit réunir 500 parrainages d’élus issus d’au moins 30 départements ou collectivités différentes. Ces signatures ne viennent pas seulement des maires. Elles peuvent aussi être données par des députés, des sénateurs, des conseillers départementaux ou régionaux. En pratique, les maires restent la cible principale des équipes de campagne. Le Conseil constitutionnel publie ensuite les parrainages reçus, ce qui rend le processus plus transparent depuis 2017.
Ce système a un objectif simple : éviter les candidatures purement fantaisistes. Mais il crée aussi un filtre politique très concret. Sans réseau local, la collecte devient vite un marathon. C’est précisément le défi de Dominique de Villepin, qui n’a pas de mandat électif et n’appuie sa stratégie ni sur un grand parti installé ni sur un ancrage territorial structuré.
L’ancien Premier ministre assure pourtant qu’il peut franchir cette barrière pour 2027. Il dit sentir, dans le pays, « une volonté », « un enthousiasme » et « une mobilisation ». Son entourage dit travailler déjà à convaincre des maires de lui accorder leur soutien.
Une popularité réelle, mais pas suffisante
Le pari de Dominique de Villepin repose d’abord sur son image. Depuis plusieurs mois, il s’est installé parmi les personnalités politiques les plus appréciées des Français. En juin 2025, l’Ifop le plaçait en tête de son classement des personnalités avec 54 % de bonnes opinions. En novembre 2025, il restait en première place avec 49 % de bonnes opinions. Plus récemment, le baromètre Ipsos-BVA-CESI de février 2026 le donnait encore très haut dans le classement des personnalités influentes.
Mais une bonne image ne remplace pas un appareil. Et c’est là que le bât blesse. Son nouveau parti, La France humaniste, a été lancé à l’été 2025. Son entourage revendiquait alors des milliers d’adhérents. Reste une question très concrète : combien seront prêts à faire le tour des mairies, à leurs frais, pour décrocher des signatures ? Dans une campagne de parrainages, ce détail change tout.
La comparaison avec les précédentes présidentielles est instructive. En 2022, Éric Zemmour a peiné à sécuriser ses signatures. Marine Le Pen a aussi rencontré des difficultés. Tous deux ont fini par obtenir assez de parrainages pour être candidats, mais la pression a été forte jusqu’au bout. Les responsables politiques savent donc qu’un total de 500 peut en réalité exiger de viser plus haut, autour de 700 soutiens, pour absorber les désistements de dernière minute.
Pourquoi la tâche est plus compliquée qu’elle en a l’air
La difficulté est d’abord mécanique. Dominique de Villepin n’a pas de base locale, alors que beaucoup de maires sont déjà très sollicités. À l’approche de 2027, le nombre de prétendants pourrait augmenter. Plus il y a de candidats, plus les élus sont démarchés. Et plus la concurrence pour chaque signature devient rude.
Ensuite, il y a le facteur politique. Dominique de Villepin reste associé à un positionnement international singulier, notamment sur le conflit entre Israël et le Hamas, où il défend une ligne jugée plus équilibrée par certains et trop favorable aux pays arabes par d’autres. Il garde aussi l’image de son discours à l’ONU en 2003 contre l’intervention en Irak, qui reste un marqueur fort de son parcours. Mais ce capital symbolique ne garantit pas des parrainages.
Les élus de gauche pourraient, en théorie, être sensibles à cette posture. En pratique, beaucoup auront déjà leur propre candidature à soutenir. À LFI, au PS, chez les écologistes ou chez les communistes, les élus sont aussi pris dans des logiques partisanes. Et chez les maires sans étiquette, le soutien dépendra souvent d’un mélange d’affinité, de prudence locale et de calcul politique.
Un exercice de terrain, pas seulement un test d’image
Les proches de Dominique de Villepin misent sur une méthode plus fine : appels téléphoniques, fichiers de contacts, visites ciblées, bénévoles sur la route. L’idée est simple. Pour convaincre un maire, le contact direct compte plus qu’un mail ou qu’un courrier. Mais cela suppose une organisation dense, patiente et disciplinée.
C’est là que le manque d’ancrage local peut peser le plus. Plusieurs anciens soutiens de 2012 ont pris leurs distances ou ont quitté la vie politique active. Or un candidat sans relais élus perd une partie de sa force de frappe. Il peut faire parler de lui. Il peut susciter de la curiosité. Il peut même plaire dans les sondages. Mais il doit encore transformer cette sympathie en signatures concrètes.
Le changement introduit depuis 2017, avec la publication des parrainages, n’a pas vraiment bouleversé la donne. En 2022, 34 % des élus ont parrainé un candidat, contre 36 % en 2012. La transparence n’a donc pas fait exploser le nombre de signatures. Elle a surtout rendu le geste plus visible. Pour certains maires, cela peut être un frein. Pour d’autres, au contraire, cela peut devenir un signal assumé.
2027, le vrai rendez-vous
Le compte à rebours est déjà lancé. À ce stade, personne ne sait si Dominique de Villepin ira au bout de sa démarche. Son entourage affiche de l’assurance. Des proches rappellent qu’il entre régulièrement dans les classements de popularité. Ses soutiens disent croire à une dynamique. Mais les signatures ne se gagnent pas à la télévision.
Le point de vérité arrivera au début du printemps 2027, à la date limite de dépôt des parrainages devant le Conseil constitutionnel. D’ici là, chaque semaine comptera. Le candidat devra prouver qu’il peut convertir une notoriété nationale en réseau d’élus. C’est là que se jouera sa place, ou non, sur la ligne de départ.















