La campagne municipale à Évreux est devenue le lieu d’une confrontation politique vive et médiatisée : affrontements entre droites, divisions à gauche et à l’extrême droite, attaques sur les réseaux sociaux et multiplications des listes — neuf candidatures déclarées à ce jour — composent le paysage d’une campagne qualifiée de très tendue par plusieurs acteurs locaux.
Les échanges les plus durs se concentrent à droite, où le maire sortant et candidat à un troisième mandat, Guy Lefrand, est engagé dans une lutte serrée avec des concurrents issus de sensibilités voisines. « C’est la campagne la plus sale à laquelle j’ai participé », a déclaré Guy Lefrand à France 3 Normandie début février. Contacté par Le Monde, il n’a pas fait suite aux sollicitations, selon les éléments disponibles.
Accusations et tensions entre candidats
Samuel Brigantino, présenté par la presse locale comme l’un des challengers sérieux, conduit une liste citoyenne classée divers droite. Il affirme avoir été la cible d’attaques personnelles de la part du maire sortant : « Guy Lefrand est le premier à être agressif. Il a prétendu que j’étais un repris de justice. J’ai dû expliquer que mon casier judiciaire était vierge », a-t-il réagi, exprimant son exaspération face à ces allégations.
Le conflit a pris une dimension institutionnelle en novembre 2025, lorsque la préfecture a sommé Samuel Brigantino de retirer une affiche de campagne apposée sur la devanture de sa permanence, estimée non conforme. Brigantino a saisi le tribunal administratif et a obtenu gain de cause, mais il interprète l’intervention préfectorale comme une manœuvre visant à le fragiliser politiquement. Le maire et la préfecture ont tous deux démenti toute manipulation, laissant toutefois entrevoir un climat de défiance qui alimente la campagne.
Profil du maire sortant et enjeux locaux
Agé de 62 ans, Guy Lefrand dirige la ville depuis 2014. Il préside également l’agglomération et conduit sa candidature en revendiquant un bilan municipal axé sur des projets d’équipements, la revitalisation démographique et la création d’emplois. « Nous avons construit des équipements, fait revenir des habitants, créé de l’emploi », a-t-il affirmé auprès de France 3.
Évreux, cinquième commune de Normandie avec 49 360 habitants, est également le théâtre d’un réalignement politique local. Ancien militant des Républicains, Guy Lefrand a rompu avec ce parti après l’alliance d’Éric Ciotti avec le Rassemblement national, selon les éléments rapportés dans le texte d’origine. De formation urgentiste, il dit s’être construit politiquement aux côtés de personnalités comme Jean‑Louis Debré et Bruno Le Maire.
La majorité municipale n’a pas été épargnée par les remous : une crise interne a conduit à la mise à l’écart de sa première adjointe en décembre 2025, événement qui a fragilisé sa majorité et contraint l’édile à remanier sa liste avant de repartir en campagne. Ce remaniement vise à consolider des soutiens : le candidat peut désormais compter, d’après ses déclarations, sur l’appui des partis Renaissance et Horizons.
Sur le plan politique local, la diversité des listes — neuf déclarées jusqu’à présent — et la polarisation à droite rendent le scrutin difficile à prévoir. Les divisions à gauche et les tensions à l’extrême droite ajoutent des incertitudes quant aux relais électoraux et aux possibles recompositions d’alliances au fil de la campagne.
À quelques semaines du vote, la municipalité et ses challengers multiplient les gestes de communication et les prises de parole. Les affaires juridiques et les accusations personnelles ont contribué à focaliser l’attention sur des aspects polémiques de la campagne, sans pour autant effacer les débats de fond sur l’avenir urbain, économique et social de la préfecture de l’Eure.
Le déroulé précis des événements récents — retrait d’affiche en novembre 2025, mise à l’écart d’une adjointe en décembre 2025, et les déclarations publiques enregistrées début février — dessine une séquence de tensions institutionnelles et politiques qui structure la campagne actuelle.
Dans ce contexte, le scrutin d’Évreux apparaît comme un révélateur des recompositions locales de la droite, mais aussi d’un paysage municipal fragmenté où la multiplication des listes et les incidents judiciaires ou administratifs peuvent peser sur les équilibres électoraux.




