Pourquoi ce rapprochement compte
Pour un électeur du centre droit, la vraie question n’est pas de savoir qui déjeunera avec qui. C’est de savoir si 2027 se jouera avec un seul candidat capable de tenir tête au RN, ou avec plusieurs prétendants qui se neutraliseront. Dans les sondages, l’idée d’une primaire ou d’un mécanisme commun reste très populaire à droite et au centre, avec 82 % de favorables dans la dernière étude Ipsos, publiée le 31 mars 2026.
Cette discussion arrive dans un bloc central qui existe encore, mais qui n’avance plus d’un seul pas. Renaissance, Horizons, le MoDem et l’UDI gardent leurs structures, leurs élus et leurs ambitions propres. Renaissance a déjà désigné près de 1 000 pilotes municipaux, Horizons revendique une organisation très implantée localement, et l’UDI se présente toujours comme une force territoriale de premier plan. Autrement dit, chaque parti a quelque chose à perdre si la séquence présidentielle tourne au règlement de comptes.
Ce qui se met en place
Au cœur de cette recomposition, Gabriel Attal tient aujourd’hui Renaissance, Édouard Philippe préside Horizons et François Bayrou reste le patron du MoDem. Le premier secrétaire général du parti présidentiel pousse l’idée d’un « comité de liaison » entre les formations du bloc central. Le second refuse l’idée d’une primaire pour 2027 et préfère un rapport de force fondé sur les sondages et la légitimité acquise sur le terrain. Le troisième sert de pivot ancien et d’allié utile, sans renoncer à sa propre influence.
Le mécanisme est simple à comprendre. Un comité de liaison ne désigne pas encore un champion. Il sert d’abord à maintenir le dialogue, à éviter que chacun parte trop tôt dans sa campagne et à fixer un cadre commun. C’est une manière de gagner du temps sans dire qu’on en perd. En pratique, cette méthode peut arranger les appareils qui veulent préserver leurs marges de manœuvre. Elle peut aussi irriter les électeurs qui voient dans ces réunions une affaire de spécialistes plus qu’un choix politique clair.
Le calendrier pousse pourtant dans le même sens. Dans la presse, les acteurs du bloc central admettent qu’il faudra bien trancher avant la fin 2026 ou au début 2027. Edouard Philippe a même publiquement récusé la primaire, tandis qu’Attal a lancé l’idée d’un cadre commun avec Renaissance, Horizons et le MoDem. Résultat : personne ne veut encore renoncer à sa liberté, mais tout le monde parle déjà comme si une clarification devenait inévitable.
Philippe, Attal, Bayrou : trois logiques qui s’entrechoquent
Les sondages expliquent une bonne partie de l’agitation. Chez les sympathisants du centre et de la droite, Édouard Philippe reste le plus souvent cité pour participer à une primaire ou incarner le bloc central. Dans l’enquête Ipsos de février 2026, il devance Gérald Darmanin et Gabriel Attal parmi les personnes souhaitées dans une primaire, et il reste le premier choix pour représenter le bloc central et de droite. Une autre étude, réalisée par Elabe en janvier 2026, montre cependant un écart plus serré chez les électeurs du centre : Attal et Philippe y sont presque à égalité.
Ce tiraillement ne dit pas seulement qui est le plus populaire. Il dit aussi qui bénéficie de l’indécision. Philippe a l’avantage de la stature et de l’antériorité. Attal a celui de la visibilité et de l’énergie militante. Bayrou, lui, conserve une fonction d’équilibre, parce qu’il peut parler à plusieurs sensibilités du centre sans incarner seul la bataille de 2027. Pour les partis plus petits, comme l’UDI, une négociation commune peut aussi servir de levier pour exister au-delà de leur poids électoral brut.
Le vrai problème est ailleurs : la famille politique qui gouvernait ensemble ne partage plus la même ligne. Gabriel Attal a dit qu’il ne voyait pas de projet de société commun avec Les Républicains. De son côté, Othman Nasrou, au nom de LR, affirme que son parti croit au clivage gauche-droite et que les divergences doivent être tranchées par le suffrage universel. En clair, Attal cherche à garder une ouverture vers le centre gauche et les électeurs modérés, quand LR veut refermer la parenthèse du « dépassement ».
Cette divergence a une conséquence très concrète. Si la ligne d’Attal l’emporte, le bloc central peut tenter de reconstituer une offre large, compatible avec une partie des électeurs macronistes, centristes et modérés de droite. Si la ligne LR s’impose, la droite cherchera plutôt à récupérer son autonomie idéologique, quitte à laisser le camp présidentiel se débrouiller seul. Dans les deux cas, le gagnant n’est pas seulement celui qui parle le plus fort. C’est celui qui réussit à transformer des élus, des maires et des militants en camp cohérent.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les prochains jours diront si le comité de liaison reste un simple outil de discussion ou s’il devient la première brique d’une véritable machine présidentielle. Il faudra aussi surveiller la manière dont Philippe continue de se tenir à distance d’une primaire, tout en laissant entendre qu’un rassemblement plus tardif reste possible. Enfin, l’autre échéance à suivre est politique autant qu’électorale : si le bloc central ne règle pas sa méthode avant l’automne, il risque d’entrer dans la dernière ligne droite avec plusieurs ambitions concurrentes, et donc avec moins de force face aux partis déjà en ordre de bataille.













