À la veille de l’ouverture du procès en appel de l’affaire des assistants parlementaires du Front national — devenu Rassemblement national (RN) en 2018 — Jordan Bardella a présenté, lundi 12 janvier, ses vœux à la presse. L’événement a servi de tribune au président du RN pour affirmer son soutien à Marine Le Pen, députée et cheffe de file du parti, dont l’avenir politique est en jeu lors de cette procédure en appel.
Rappel du contexte judiciaire
En première instance, Marine Le Pen avait été condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, une décision qui, si elle était confirmée en appel, l’empêcherait de se porter candidate à l’élection présidentielle de 2027. Le procès en appel s’ouvre donc dans un contexte où la sanction prononcée en première instance conditionne l’éligibilité de l’une des figures majeures de l’extrême droite française.
Jordan Bardella a souligné l’enjeu politique de cette éventualité, estimant qu’une confirmation de la peine « serait profondément inquiétant pour la démocratie », selon ses mots. Il a argumenté que la justice, en retirant la possibilité pour les Français de choisir une candidate donnée, porterait une atteinte au libre choix électoral, rappelant que Marine Le Pen a, selon lui, déjà été qualifiée à deux reprises pour le second tour de la présidentielle.
La défense publique de Marine Le Pen par Bardella
Devant la presse et en présence de Marine Le Pen, Jordan Bardella a voulu « redire avec force » son soutien et son amitié à la dirigeante. Il a ajouté qu’« elle démontrera son innocence », tout en nuançant le propos par une formule sur l’équilibre entre politique et droit : « Faire de la politique ne vous place pas au‑dessus des lois, mais cela ne vous place pas non plus en dessous. »
Le président du RN a aussi insisté sur l’unité du leadership au sein du parti, affirmant qu’il n’y avait « pas de différence politique » entre lui et Marine Le Pen. Il a par ailleurs déclaré ne pas être candidat à l’élection présidentielle, mais « au poste de premier ministre » — position qu’il place comme objectif politique personnel.
Stratégie et présence au procès
Comme lors du premier procès, Jordan Bardella a confirmé qu’il n’assisterait pas lui‑même aux audiences d’appel, évoquant un accord « d’un commun accord » avec Marine Le Pen. Il a précisé qu’il était cependant en contact fréquent avec elle, « plusieurs fois par jour », et qu’il garderait « un regard naturel » sur le déroulement de la procédure.
Cette stratégie de retrait physique du procès, tout en affichant un soutien public soutenu, illustre le choix d’action du RN : défendre la dirigeante tout en limitant les postures publiques lors des audiences.
Perceptions et enjeux internes au RN
Dans la sphère militante et électorale du RN, la question de la succession et du rôle de Bardella a été soulevée ces derniers mois. Une enquête annuelle menée par le cabinet de conseil Verian pour Le Monde et la revue L’Hémicycle, citée lors de la prise de parole, indiquait que les sympathisants du RN semblaient davantage prêts à envisager que Jordan Bardella offrirait de meilleures chances d’être élu. Cette donnée, présentée par les médias mentionnés, est utilisée comme élément de contexte politique par la direction du parti.
Le procès en appel et ses répercussions potentielles sur l’éligibilité de Marine Le Pen pèsent donc non seulement sur la trajectoire personnelle de la dirigeante, mais aussi sur l’architecture stratégique du RN à l’approche des échéances nationales.
Sans préjuger du verdict, la communication de Jordan Bardella s’attache à conjuguer défense politique et prudence procédurale. Les déclarations tenues le 12 janvier confirment la volonté du RN de maintenir une ligne de front solidaire autour de Marine Le Pen, tout en préparant, au sein du parti, des scénarios politiques pour la suite.





