La plus haute juridiction administrative doit examiner, mercredi 25 février, le recours déposé par La France insoumise (LFI) contre la décision du ministère de l’Intérieur de classer le mouvement dans la catégorie « extrême gauche » pour les élections municipales.
La décision ministérielle et son contexte
Par une circulaire datée du 2 février, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a modifié la « nuance politique » attribuée à LFI. Le mouvement fondé par Jean‑Luc Mélenchon, jusque‑là rangé dans le bloc de « gauche » aux côtés du Parti socialiste, des Écologistes et du Parti communiste, se voit désormais reclassé « extrême gauche », une mention qu’il partage notamment avec Lutte ouvrière.
Selon le texte ministériel, ce changement vise à actualiser les catégorisations utilisées lors des scrutins municipaux. Le ministère établit chaque élection une nomenclature des nuances politiques qui sert notamment à la synthèse statistique des résultats. La décision du 2 février constitue, d’après LFI, une première depuis la création du mouvement en 2016.
Les raisons du recours
Les cadres et les élus « insoumis » contestent ce reclassement devant le Conseil d’État. Ils estiment que la modification porte atteinte à la représentation politique du mouvement et qu’elle n’est pas fondée sur des critères objectives publics. LFI a saisi la juridiction administrative pour obtenir l’annulation de la circulaire et la remise en place de la nuance « gauche » pour la tenue des listes aux municipales.
Le recours sera plaidé par l’avocat Frédéric Thiriez, mandaté pour défendre la position du mouvement. Le dossier soulèvera des questions juridiques sur les pouvoirs du ministre de l’Intérieur en matière de classification politique et sur la transparence des critères adoptés pour ces changements.
Réactions publiques et enjeux politiques
À la publication de la circulaire, Jean‑Luc Mélenchon a vivement réagi en dénonçant une « république bananière ». Il a déclaré : « Laurent Nuñez innove et trouble l’ordre public électoral ». Interrogatif, le leader « insoumis » a poursuivi en demandant : « Depuis quand le ministre de l’intérieur décide‑t‑il de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et qui ? »
Ces propos témoignent d’une forte contestation politique autour d’un acte administratif qui, en apparence, relève d’exercices de classification technique. Pour LFI, la nuance portée au dossier électoral a des conséquences symboliques et pratiques sur la perception du mouvement, son positionnement vis‑à‑vis des autres formations de gauche, et potentiellement sur la manière dont les résultats seront agrégés et présentés au public.
Les autorités, de leur côté, rappellent l’existence d’un cadre administratif pour l’attribution des nuances. Les réactions politiques montrent toutefois que ce type de décision peut rapidement devenir un enjeu médiatique et judiciaire lorsque des partis y voient une remise en cause de leur identité politique.
Ce que tranchera le Conseil d’État
Le Conseil d’État devra d’abord vérifier la légalité formelle de la circulaire du 2 février, puis apprécier si le ministre a respecté les règles applicables à la modification des catégories politiques. La haute juridiction examinera les motifs avancés par l’administration et l’argumentation présentée par LFI et son avocat.
Le délibéré pourra définir une jurisprudence sur la marge d’appréciation du ministre en matière de « nuances politiques », un point crucial pour l’organisation des prochains scrutins locaux. Selon l’issue, la classification de LFI pourrait être maintenue ou annulée, avec des effets immédiats sur la façon dont le mouvement sera présenté dans les documents et synthèses liés aux municipales.
Le recours illustre enfin la porosité entre décisions administratives apparemment techniques et enjeux politiques plus larges. En plaçant l’affaire devant le Conseil d’État, La France insoumise cherche à obtenir une validation judiciaire de son statut politique et à encadrer, à l’avenir, les conditions dans lesquelles l’administration modifie de telles classifications.





