Le second tour des élections municipales, organisé le dimanche 22 mars, a confirmé des équilibres nationaux tout en produisant des bascules locales marquées. Plus de 33 000 maires avaient été élus dès le premier tour ; des milliers d’électeurs se sont de nouveau rendus aux urnes pour désigner les exécutifs municipaux pour les six prochaines années.
Les grandes villes : la gauche maintenue à Paris, Lyon et Marseille
À Paris, la gauche conduite par l’Union des gauches (hors LFI) a conservé la mairie. Emmanuel Grégoire a remporté la mairie avec 50,52 % des voix. La candidate de droite et du centre Rachida Dati a obtenu 41,52 % ; l’insoumise Sophia Chikirou a récolté 7,96 %.
À Marseille, le maire sortant Benoît Payan a été reconduit avec 54,34 % des suffrages, loin devant le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio, crédité de 40,3 %.
À Lyon, les écologistes conservent la ville. Jean‑Michel Aulas, pourtant favori de certains sondages, n’a pas réussi à faire tomber la majorité écologiste : il a obtenu 49,33 % des voix contre 50,67 % pour le maire sortant Grégory Doucet. Jean‑Michel Aulas a annoncé qu’il allait déposer un recours « en raison de « nombreuses irrégularités » » dans les jours à venir. Par ailleurs, Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole de Lyon, a annoncé sa défaite face à la candidate LR alliée à Aulas, Véronique Sarselli.
Bascules notables et replis historiques
Plusieurs villes historiquement fidèles à la gauche ou à un autre camp ont basculé. Brest (Finistère) est passée à droite après 37 ans sous étiquette socialiste : Stéphane Roudaut (divers droite) a remporté 57,4 % des voix contre 38,3 % pour le maire sortant François Cuillandre.
Tulle (Corrèze), bastion de François Hollande, a également changé de camp après 25 ans : le maire sortant Bernard Combes a été nettement battu par le candidat divers droite Laurent Melin, malgré une fusion des listes PCF‑LFI‑Écologistes dans la ville.
À Pau (Pyrénées‑Atlantiques), l’ancien Premier ministre et maire depuis 12 ans a perdu la mairie à 344 voix près. Son adversaire socialiste, Jérôme Marbot, a obtenu 42,4 % des suffrages.
À Bordeaux, le maire écologiste Pierre Hurmic a subi la défaite face au macroniste Thomas Cazenave : 49,05 % pour Hurmic contre 50,95 % pour Cazenave.
Progression du Rassemblement national dans les villes moyennes
Le Rassemblement national n’a pas réussi à s’imposer dans les grandes métropoles mais a progressé — voire remporté — plusieurs villes moyennes. Le parti de Jordan Bardella a notamment remporté des communes comme Agde (Hérault), Carcassonne (Aude), Liévin (Pas‑de‑Calais), Saint‑Avold (Moselle), Montargis (Loiret), La Flèche (Sarthe) et Tarascon (Bouches‑du‑Rhône).
Si Jordan Bardella a échoué dans certaines villes de taille plus importante telles que Nîmes, Marseille et Toulon, la présence du RN s’est renforcée localement. À Nîmes, Julien Sanchez (RN) était bien placé au second tour avec 37,52 % des voix, ce qui lui a permis d’obtenir 11 sièges au conseil municipal sur 59, selon les chiffres rapportés.
La droite d’extrême a aussi enregistré une victoire significative à Nice : Éric Ciotti, président du parti UDR E allié au RN, a emporté la mairie avec 48,54 % des voix face à Christian Estrosi (Horizons).
Les autres enseignements : écologistes, LFI et participation
Les écologistes conservent plusieurs villes importantes : Lyon reste la seule grande ville dirigée par les écologistes, et Tours et Grenoble restent également à gauche écologiste. En revanche, la « vague verte » de 2020 a connu un reflux local dans certaines métropoles six ans plus tard, selon les bilans recensés.
La France insoumise n’a pas réussi à s’imposer largement mais a remporté plusieurs municipalités. Sa principale victoire affichée est Roubaix (Nord), où David Guiraud a obtenu 53,19 % des voix contre 25,55 % pour le maire sortant divers droite Alexandre Garcin.
Sur le plan national, la participation au second tour 2026 est estimée à 57 % selon un sondage Ipsos‑BVA‑CESI réalisé pour France Télévisions, Radio‑France et LCP Public‑Sénat. Ce taux marque une baisse par rapport au second tour de 2014 (62,13 %) et une hausse par rapport à l’élection marquée par la pandémie en 2020 (41,60 %). Lors du premier tour, le 15 mars, la participation avait été proche, à 57,7 %.
Autre point relevé : quinze eurodéputés s’étaient lancés dans la course aux municipales mais aucun d’entre eux n’a remporté le scrutin local. Rappel réglementaire : il n’est pas possible de cumuler la fonction d’eurodéputé avec une fonction exécutive locale, sauf si la commune compte moins de 1 000 habitants. Les candidats élus à la fois eurodéputés et conseillers municipaux devront donc choisir entre leur mandat européen et leur mandat local.
Au total, ce second tour confirme un paysage politique municipal fragmenté : maintien des majorités dans les grandes villes de gauche, percées du RN dans des villes moyennes et bascules locales marquées dans plusieurs fiefs historiques.





