Le Rassemblement national (RN) a perdu, mardi 17 mars, une part importante de ses chances de l’emporter à Marseille après le retrait de Sébastien Delogu, qualifié d’« insoumis », au profit du maire sortant Benoît Payan. Ce geste a ravivé localement ce que l’on appelle le « barrage républicain » contre l’extrême droite. Pourtant, le même jour — date limite (à 18 heures) de dépôt des listes pour le second tour — le RN a, sur un plan plus large, tiré parti d’un contexte favorable et pourrait en sortir renforcé pour le second tour prévu dimanche 22 mars.
Un symbole marseillais et ses implications
À Marseille, le retrait de Sébastien Delogu en faveur de Benoît Payan est perçu comme un signe fort : les forces de gauche ont accepté de se rassembler derrière le maire sortant pour empêcher l’arrivée d’un élu RN. Ce type d’union locale, en faveur d’un objectif commun, reflète la pratique du front républicain qui vise à barrer la route à l’extrême droite lorsqu’elle se retrouve en position de l’emporter.
Ce geste prend d’autant plus d’importance qu’il intervient au moment où les configurations municipales se complexifient : triangulaires, quadrangulaires ou même quinquangulaires peuvent résulter du premier tour. Dans ce contexte fragmenté, des retraits ciblés restent le levier le plus direct pour empêcher une victoire du RN lorsque la somme des autres listes peut la contrer.
Une dynamique nationale favorisant le RN
Cependant, dans de nombreuses communes — y compris plusieurs préfectures — le RN est devenu, de facto, le favori. Selon les situations recensées par Le Monde, cette progression tient moins à la force propre des candidats RN qu’à l’absence d’un front républicain élargi : là où des candidats de gauche, de droite, du centre ou sans étiquette refusent de se désister, le parti présidé par Jordan Bardella profite du verrouillage du paysage électoral.
Autrement dit, quelle que soit la configuration issue du premier tour ou le profil du candidat RN (député implanté localement ou parfait inconnu), la combinaison d’une gauche et d’une droite fragmentées et d’un refus de retrait transforme souvent la présence du RN en avantage décisif. Ces « récalcitrants » — comme les appelle la couverture du Monde — choisissent de maintenir leur candidature plutôt que de sacrifier leur participation au second tour pour former une coalition anti-RN.
Ce refus collectif de se désister a des conséquences pratiques : lorsque plusieurs listes concurrentes persistent, les voix susceptibles de s’unir contre le RN se dispersent, ce qui fait baisser le seuil de voix requis pour qu’un candidat RN l’emporte. Le calcul électoral devient alors non seulement local mais aussi stratégique, avec des effets répercutés sur l’équilibre des forces au niveau communal et départemental.
Enjeux et dilemmes des partis situés hors de l’extrême droite
Les responsables locaux doivent désormais arbitrer entre deux impératifs concurrents : préserver la visibilité et la trajectoire politique de leur liste, ou se retirer au profit d’un candidat perçu comme plus à même de battre le RN. Ce dilemme pose la question de la discipline partisane, de la coordination entre formations et de la priorité donnée à la prévention d’une victoire de l’extrême droite.
Pour certains élus et électeurs, le retrait demeure une décision lourde, taxée d’opportunisme ou de renoncement à un projet politique. Pour d’autres, il s’agit d’un acte de responsabilité civique visant à préserver les équilibres municipaux et les institutions locales. Le choix, souvent douloureux, dépendra des rapports de force locaux et des calculs sur l’électorat susceptible de se reporter en masse vers l’un ou l’autre candidat.
Lorsque la gauche, la droite et le centre ne parviennent pas à s’accorder, le RN récolte l’avantage d’un terrain divisé. Inversement, des retraits stratégiques peuvent inverser des tendances lourdes, comme l’illustre le cas marseillais où la coalition locale s’est reformée pour contrer l’extrême droite.
Perspective pour le second tour
Le rendez-vous du dimanche 22 mars sera donc déterminant. Il mettra en lumière l’efficacité des stratégies de rassemblement ou, au contraire, la capacité du RN à tirer parti des divisions adverses. Les listes qui persistent espèrent convaincre leur électorat de rester mobilisé, tandis que les candidats RN comptent sur la fragmentation pour convertir une pluralité de suffrages en victoire.
Au terme du dépôt des listes, la carte politique des communes présentes au second tour traduit une réalité simple : l’absence d’alliance explicite entre partis républicains favorise mécaniquement l’accès de l’extrême droite à des exécutifs locaux, là où des désistements auraient permis de lui faire barrage.
La suite dépendra des arbitrages locaux, de la capacité des partis à négocier des retraits et, enfin, des choix des électeurs lors du second tour. Dans ce jeu d’alliances et de renoncements, chaque décision pèsera sur la composition des mairies et sur l’équilibre politique des territoires.





