Sarah Vionnet, maire sans étiquette de Myon, une commune du Doubs, se présente pour un nouveau mandat municipal mais a été contrainte de céder la place de tête de liste à un homme en application d’une règle issue d’une réforme de la parité. Dans un entretien accordé jeudi à l’Agence France-Presse (AFP), l’élue de 48 ans a qualifié de « ubuesque » la situation provoquée par l’obligation d’alterner les noms hommes-femmes sur la liste qu’elle doit déposer en préfecture.
Le cas concret d’une petite commune
Myon compte 185 habitants et se situe à environ 25 kilomètres au sud de Besançon. Élue en 2020, Mme Vionnet explique qu’en remplissant le document administratif réclamé par la préfecture elle a découvert qu’elle ne pouvait pas faire apparaître son nom en première position. « Pour respecter l’alternance homme-femme et pour qu’il n’y ait pas deux noms d’hommes consécutifs, je suis obligée de commencer par un homme parce que j’ai sept hommes et six femmes dans ma liste », a-t-elle détaillé à l’AFP.
Si la maire assure que cette disposition ne devrait pas l’empêcher de retrouver la fonction de maire une fois le conseil municipal élu — le maire étant choisi par les conseillers municipaux lors de la première réunion qui suit le scrutin — elle souligne l’impact symbolique du classement. « Concrètement, j’arriverai à briguer la place de maire, ce n’est pas le souci, mais, symboliquement, ça ne me convient pas », a-t-elle déclaré.
La loi visée et ses objectifs
La loi du 21 mai 2025 étend le mode de scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1 000 habitants. Selon le texte rapporté dans l’article d’origine, cette mesure vise à renforcer la parité dans les conseils municipaux des petites communes, qui représentent 70 % des communes françaises. Le constat avancé est que, dans les communes de moins de 1 000 habitants, les conseils municipaux comptent seulement 37,6 % de femmes.
La volonté affichée par la réforme est d’imposer une alternance stricte hommes-femmes sur les listes afin d’augmenter la représentation féminine. Or, dans des villages où les listes sont composées à partir d’un petit vivier d’habitants qui se connaissent, l’application mécanique de l’alternance peut aboutir à des effets perçus comme paradoxaux par les intéressées.
Réactions et portée symbolique
Pour Sarah Vionnet, le problème dépasse son seul cas personnel. « J’ai trouvé que c’était un peu ubuesque, quand on nous parle de parité… », a-t-elle affirmé. Elle se dit surtout préoccupée par l’effet sur d’autres femmes qui, à l’avenir, pourraient être dans l’impossibilité de s’afficher comme têtes de liste alors même qu’elles souhaitent briguer ce rang.
Mme Vionnet a par ailleurs alerté le sénateur du Doubs Jean-François Longeot, membre de l’Union centriste, pour lui signaler les difficultés pratiques rencontrées lors de la constitution des listes.
Limites pratiques et observations
Le cas de Myon illustre un point de tension fréquent lors de l’application de règles nationales à des réalités locales variées : une norme visant à corriger un déficit structurel de représentation peut se heurter à la taille réduite des scrutins et au mode de constitution des listes dans les petits villages.
La maire note que, bien que sa place de tête de liste ne lui ait pas été attribuée sur le papier, la procédure d’élection du maire par le conseil municipal lui laisse la possibilité de retrouver la fonction. Néanmoins, elle insiste sur l’importance du signe public que représente l’affichage du nom en tête de liste pour la visibilité des femmes en politique locale.
Sans remettre en cause l’objectif général de la parité, Mme Vionnet qualifie de gênante la contrainte administrative telle qu’elle s’applique dans sa commune. Son témoignage soulève la question de l’articulation entre ambitions nationales pour la parité et modalités pratiques d’application dans des territoires de faible population.





