Après vingt-cinq ans de direction socialiste de la capitale — sous Bertrand Delanoë (2001-2014) puis Anne Hidalgo (2014-2026) — la Mairie de Paris pourrait basculer à droite à l’issue des élections municipales de mars 2026. Le contexte électoral est profondément modifié par une réforme du mode de scrutin votée à l’été 2025 : les Parisiens voteront désormais deux fois, pour leur conseil d’arrondissement et pour le Conseil de Paris, alors qu’ils élisaient auparavant seulement leurs conseillers d’arrondissement chargés d’élire le maire.
Un mode de scrutin transformé
La loi adoptée à l’été 2025 instaure pour Paris, comme pour Marseille et Lyon, une double étape de vote. Les électeurs continueront à choisir leurs conseillers d’arrondissement, mais devront également se prononcer directement pour une liste au Conseil municipal — le Conseil de Paris — lors du même scrutin. Ce nouveau mécanisme modifie les équilibres locaux et les stratégies de campagne, car il rend plus visibles les ambitions métropolitaines des têtes de liste et exige des organisations politiques qu’elles articulent offres locales et projet municipal.
Cette réforme intervient à un moment où la maire sortante, Anne Hidalgo, ne se représente pas, laissant un espace ouvert pour la recomposition. Le scrutin de mars 2026 est présenté par les observateurs comme une élection charnière : après un quart de siècle de gestion socialiste, la rive politique de la capitale pourrait changer, selon l’issue des différentes compétitions d’arrondissement et du Conseil de Paris.
Les têtes de liste en présence
Six candidatures principales, créditées d’au moins 5 % dans les sondages, dominent la course. Elles représentent des familles politiques différentes et des stratégies contrastées pour remporter la mairie ou peser lors d’un second tour.
Emmanuel Grégoire (Parti socialiste, PS) incarne la continuité de la majorité municipale. Premier adjoint sous Anne Hidalgo, il porte l’étiquette du dauphin et cherche à transformer l’héritage de la maire sortante en projet électoral susceptible de convaincre un électorat urbain souvent exigeant sur les questions de mobilité, de logement et d’environnement.
Sophia Chikirou (La France insoumise, LFI) représente la gauche radicale et entend perturber le jeu en tentant de capter une partie de l’électorat de gauche. Sa présence complique les équations d’union et de recomposition pour la gauche, en particulier si les listes LFI parviennent à peser au niveau des arrondissements et du Conseil de Paris.
À droite, Rachida Dati (Les Républicains, LR) se positionne comme la principale opposante à la majorité sortante. Ancienne ministre, elle capitalise sur une notoriété nationale et locale pour présenter un projet de redressement municipal orienté vers l’ordre public, la gestion urbaine et le développement économique.
Pierre‑Yves Bournazel (Horizons) conteste ce statut de première opposante et se présente comme un concurrent capable de jouer les « faiseurs de rois » au second tour. Sa position de centre-droit pourrait lui permettre de former des alliances tactiques avec d’autres listes pour contrer ou empêcher un retour du bloc socialiste.
À l’extrême droite, Sarah Knafo (Reconquête !) et Thierry Mariani (Rassemblement national, RN) sont considérés comme peu susceptibles de remporter la mairie. Néanmoins, ces candidatures visent à installer durablement leurs partis dans le paysage politique parisien et à transformer le scrutin en une tribune pour leurs thèmes de campagne.
Enjeux politiques et défis locaux
Plusieurs facteurs structurent l’enjeu de ces municipales. Le nouveau mode de scrutin oblige les partis à construire des listes adaptées aux logiques d’arrondissements tout en proposant une vision municipale cohérente pour le Conseil de Paris. Cela accentue l’importance des alliances entre tours et la capacité des têtes de liste à négocier des pactes locaux.
L’absence d’une candidature sortante change aussi la donne : sans le clivage habituel autour d’un exécutif réélu, les débats se concentreront sur les projets et les capacités des candidats à rassembler. La fragmentation possible de la droite et de la gauche, ainsi que la présence d’extrêmes, laisse ouverte la perspective d’une recomposition au second tour.
Enfin, le scrutin sera l’occasion pour des forces politiques moins implantées à Paris de tester leur influence locale. Pour certains candidats d’extrême droite, dont les chances de victoire sont limitées, l’objectif revendiqué reste d’exister politiquement et d’asseoir une présence municipale.
Ce panorama présente les principaux protagonistes et les lignes de fracture attendues à Paris. Les élections de mars 2026 se dérouleront dans un cadre renouvelé et pourraient, selon le jeu des alliances et des résultats d’arrondissement, conduire à une bascule politique après un quart de siècle de gouvernance socialiste.





