Le parti Rassemblement national (RN) est confronté à une difficulté répétée : expurger l’ensemble de ses candidats tenus pour racistes ou sexistes. « Autant vider l’océan à la petite cuillère », pourrait penser, in petto, Julien Sanchez, directeur de campagne du parti aux élections municipales de mars. À mesure que les antennes départementales dévoilent leurs listes, la presse publie les siennes : des recensements des « brebis galeuses » qui porteront la flamme le 15 mars.
Un terme devenu marqueur
L’expression « brebis galeuses » a été utilisée par Jordan Bardella, président du mouvement, lors des élections législatives de 2024. Elle visait à minimiser l’ampleur des candidats épinglés pour des propos racistes, antisémites ou sexistes, parfois tenus sous le couvert de l’humour, dans la presse ou sur les réseaux sociaux.
Récupérée par les commentateurs, l’expression colle aujourd’hui aux costumes cintrés des cadres du parti. Elle sert de repère médiatique pour qualifier un phénomène qui mêle propos polémiques et imprudences publiques. Mais le terme, volontairement dépréciatif, ne résout pas la question opérationnelle : qui détecte, qui sanctionne et selon quels critères ?
La réaction du parti et le rôle des médias
Le RN a réagi après plusieurs révélations. Le parti a parfois pris acte des enquêtes menées par la presse. Jordan Bardella n’a pas manqué de remercier les journalistes pour un travail que son organisation, selon ses propres termes, n’avait pas su accomplir.
Conséquence concrète : certains des candidats épinglés lors des législatives de 2024 ont été écartés du mouvement après l’été 2024. Plusieurs autres n’ont pas été investis pour les municipales. Ces mesures montrent une volonté de sélection plus stricte au sommet. Elles illustrent aussi la dépendance du parti vis‑à‑vis d’un travail de veille externe.
Pour autant, l’« amaigrissement » du troupeau est partiel. D’autres candidatures controversées persistent. Certains postulants restent en lice et sont par ailleurs maintenus sur des listes visant de grandes villes.
Problème structurel et contraintes locales
Plusieurs raisons expliquent la difficulté à purger complètement les rangs. D’abord, le recours aux antennes départementales pour proposer des candidats confère une large autonomie locale. Cette décentralisation accélère le recrutement, mais réduit le contrôle centralisé.
Ensuite, le temps et les calendriers électoraux pèsent. Les investitures se succèdent selon des rythmes locaux et nationaux. Lorsque les médias publient des enquêtes, les décisions doivent parfois être prises en urgence, sous pression politique et opérationnelle.
Enfin, l’évaluation des propos litigieux suppose des critères et une procédure. Que retenir d’un message ancien partagé sur les réseaux sociaux ? Quel degré de gravité retient l’attention ? Ces questions heurtent la nécessité d’un cadre disciplinaire homogène.
Conséquences politiques et médiatiques
La persistance de candidatures controversées a un double effet. Dans la sphère publique, elle alimente les critiques sur la capacité du RN à se normaliser et à contrôler ses cadres. Sur le plan électoral, elle peut fragiliser certaines listes en détournant le débat des programmes vers des polémiques.
Pour la presse, la mise en lumière de ces affaires constitue un rôle de contre‑pouvoir. Les enquêtes médiatiques agissent comme un filtre informel, utile au moins pour signaler des comportements problématiques. Le parti, de son côté, a montré qu’il pouvait s’en saisir et agir — parfois en écartant des candidats, parfois en les maintenant.
Un défi qui reste politique
La question ne se résume pas à un problème de communication ou d’image. Elle renvoie à une logique de recrutement, à des arbitrages locaux et nationaux, et à une difficulté à imposer des critères uniformes.
Le RN apparaît ainsi pris entre deux exigences contradictoires : assainir son image publique en sanctionnant les débordements, et conserver une base militante active organisée localement. Le résultat est un tri inégal, où certaines têtes sont coupées et d’autres laissées sur pied.
Sans chiffres supplémentaires ni documents internes publics, il est impossible de dresser un bilan chiffré exhaustif des mesures prises par le parti. Reste que, à quelques semaines du 15 mars, ces tensions structurent déjà la campagne municipale et nourrissent le débat public sur la responsabilité des formations politiques face aux propos de leurs candidats.




