Quarante-huit heures après la clôture du premier tour des municipales, les listes des candidats restants ont été déposées en préfecture mardi 17 mars au soir. Ces deux jours de tractation ont mis en lumière, une nouvelle fois, une difficulté stratégique majeure pour la gauche sociale-démocrate : comment se positionner face à La France insoumise (LFI) de Jean‑Luc Mélenchon, alors qu’il reste un an avant l’élection présidentielle ?
Une question stratégique aux dimensions nationales et locales
La tension tient à une double contrainte. D’un côté, l’ensemble des électeurs de gauche, dans toute leur diversité, seront probablement indispensables pour contrer l’extrême droite lors de la présidentielle de 2027. De l’autre, les relations entre partis sont souvent contradictoires : adversaires au plan national, ils ont parfois des intérêts convergents au niveau municipal.
Chez les responsables parisiens, cette ambiguïté s’est traduite par une absence d’orientation nationale claire. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a résumé la position du PS en rappelant que les élections municipales sont avant tout « un scrutin local » et qu’il n’y avait pas « d’accord national ». Confronté à des appels des cadres « insoumis » pour des « fusions techniques », il n’a pas pris de décision unique imposée à l’échelle du parti.
Des réponses tranchées au niveau des municipalités
Face à ce vide national, les stratégies ont été définies localement, en fonction de la sociologie des communes, des scores du premier tour et des convictions individuelles des candidats. À Paris et à Marseille, par exemple, Emmanuel Grégoire et Benoît Payan ont choisi de ne pas se rapprocher respectivement de Sophia Chikirou — qui s’est maintenue — et de Sébastien Delogu — qui, lui, s’est retiré.
Dans d’autres villes, le pragmatisme a prévalu. À Nantes, Brest ou Lyon, socialistes et écologistes ont accepté d’entrelacer leur liste avec celle des « insoumis ». Ces rapprochements n’ont pas toujours été motivés par la seule défense d’un barrage contre l’extrême droite : il s’agissait souvent de conserver des mairies ou d’en reconquérir face à la droite, comme cela a été le cas à Limoges ou à Toulouse.
Sur le plan programmatique, ces accords locaux peuvent paraître cohérents. Les propositions affichées par LFI et par le PS présentent des points communs dans de nombreuses communes, et une partie de l’électorat de gauche demeure attachée à une union capable de contester la dynamique du Rassemblement national.
Une division renforcée par des polémiques récentes
Pourtant, ce pragmatisme a aussi creusé une incompréhension chez certains électeurs. Deux semaines plus tôt, le PS avait condamné les « caricatures complotistes et [les] propos antisémites intolérables » attribués à Jean‑Luc Mélenchon, après ses remarques ironiques sur des patronymes comme « Epstein » et « Glucksmann ». À ce moment-là, les cadres socialistes avaient appelé localement les militantes et militants « insoumis » à se désolidariser clairement de ces propos.
Or, en raison du fonctionnement centralisé de LFI, de nombreux candidats du parti n’ont pas pris leurs distances avec leur leader. Malgré cela, plusieurs responsables socialistes ont accepté les mains tendues pour former des listes communes. L’entre‑deux‑tours aurait pu être un moment de clarification : il a, au contraire, contribué à renforcer la confusion sur la ligne à tenir.
En pratique, les décisions ont surtout reflété des arbitrages locaux. Là où le danger d’une arrivée du RN était imminent, certains responsables ont privilégié le maintien d’un front républicain. Ailleurs, la logique a été celle du maintien ou de la conquête de mairies, indépendamment des controverses nationales.
Au final, ces conciliations et ces refus de conciliation montrent que, à moins d’un an de la présidentielle, la gauche sociale‑démocrate reste divisée sur sa stratégie vis‑à‑vis de LFI. Les choix opérés lors de ces municipales traduisent moins un consensus qu’une mosaïque d’intérêts et de calculs locaux, dont la cohérence nationale reste, pour l’heure, incertaine.




