Par Anne Feitz
Le Rassemblement national (RN) sort du second tour des municipales 2026 avec un bilan contrasté : incapable de convertir en victoires ses ambitions dans les métropoles visées, le parti a cependant remporté de nombreuses mairies de villes moyennes. Les résultats illustrent une progression territoriale, mais sans l’éclat des conquêtes métropolitaines espérées.
Métropoles : des espoirs déçus
Sur les grandes villes où le RN misait gros, les surprises ont été rares. Perpignan demeure la seule commune de plus de 100 000 habitants dirigée par le RN : le maire sortant Louis Aliot y a été réélu dès le premier tour avec 50,6 % des voix.
À Toulon, la députée du Var Laure Lavalette, arrivée en tête au premier tour avec 42,05 %, n’a pas réussi à renverser la maire sortante. Selon les premières estimations, Lavalette atteint 46,5 % contre 53,5 % pour Josée Massi.
À Nîmes, l’eurodéputé Julien Sanchez, qui menait après le premier tour, est donné battu selon les estimations : 37,5 % pour Sanchez contre 41 % pour le communiste Vincent Bouget. La fusion de listes de droite et des retraits stratégiques ont joué un rôle déterminant dans ce basculement.
Marseille a elle aussi échappé au RN. Franck Allisio y recueillerait environ 41,5 % des suffrages, contre 56,2 % pour le maire sortant Benoît Payan. La candidate LR Martine Vassal, soutenue par Renaissance, avait refusé toute alliance ou retrait, précise le compte rendu des scrutins.
Parmi les métropoles, Nice constitue une exception notable : l’allié d’extrême droite Éric Ciotti l’emporte sous l’étiquette Union des droites de la République (UDR), avec environ 45 %, face à Christian Estrosi (Horizons) crédité de 39,5 %. Cette victoire renforce la position d’un rapprochement opéré entre certains responsables de droite et le RN.
Villes moyennes : des succès, mais moins qu’espéré
Sur le plan local, le RN a engrangé plusieurs victoires dans des villes moyennes et petites communes. Le parti revendique des gains dans des villes comme La Seyne-sur-Mer (63 700 habitants), Carcassonne (46 000), Castres (42 500), Carpentras (29 800), Menton (30 000) ou Vierzon (25 000).
D’autres communes citées par le RN sont Six-Fours-les-Plages, Liévin, Agde, Orange, La Valette-du-Var, Bagnols-sur-Cèze, Tarascon, La Flèche, Montargis et Saint-Avold, ainsi que de nombreuses communes de moindre taille. Le parti a souvent bénéficié de la division de ses adversaires pour l’emporter.
Cependant, la moisson est jugée inférieure aux espérances internes. Malgré la conquête de « dizaines de mairies et des milliers de conseillers municipaux », comme l’a souligné Marine Le Pen, la conquête des métropoles — objectif politique et symbolique — n’a pas été au rendez‑vous.
Réactions et enjeux à court terme
Marine Le Pen a salué une « immense victoire » et la « confirmation de la stratégie d’implantation locale du Rassemblement national », tandis que Jordan Bardella a estimé que « le RN a réalisé la plus grande percée de toute son histoire » et qualifié ces résultats de commencement. Ces déclarations reflètent la volonté du parti de valoriser ses progrès locaux.
Les gains effectifs du RN seront toutefois mesurés dans les mois qui viennent, notamment par l’évolution du nombre de conseillers municipaux et l’impact de ces élus sur l’élection sénatoriale. Le contrôle de conseils locaux peut en effet faciliter l’élection de nouveaux sénateurs, processus qui sera observable à l’échelle départementale et régionale.
Au final, le scrutin laisse le RN dans une position hybride : des avancées tangibles dans les petites et moyennes communes, mais l’absence de conquête de métropoles attendues. Ce double constat redessine le paysage politique local à un an de l’élection présidentielle et interroge la capacité du parti à transformer ces victoires municipales en influence durable.
Anne Feitz





