À Lille, la campagne des municipales s’annonce comme une confrontation ouverte entre courants de gauche qui, jusque-là, avaient souvent gouverné ensemble. La ville, entre les mains des socialistes depuis 1955, voit aujourd’hui la naissance de listes concurrentes : la succession socialiste menée par Arnaud Deslandes, une liste écologiste conduite par Stéphane Baly, et une troisième liste portée par La France insoumise (LFI).
Succession socialiste et candidature écologiste
Arnaud Deslandes, successeur de Martine Aubry depuis avril 2025, a longtemps espéré éviter une division du camp de gauche. Élu maire à la suite de la démission de Martine Aubry — qui a occupé le beffroi pendant vingt-quatre ans — il a cherché un accord, notamment avec les écologistes, et n’avait pas exclu des discussions avec les « insoumis ».
Cependant, Stéphane Baly, figure écologiste déjà connue des électeurs lillois, refuse la fusion au premier tour. Battu de 227 voix en 2020, il vise une revanche. Enseignant-chercheur de profession, il s’est déclaré candidat dès novembre 2024 et a engagé très tôt la campagne pour mobiliser un électorat qu’il dit connaître bien.
Rupture autour du projet Saint-Sauveur
La fracture entre socialistes et écologistes s’est cristallisée sur des choix d’aménagement urbain. Le dossier de la friche Saint-Sauveur, ancienne gare SNCF située en lisière du centre-ville, symbolise ce désaccord. Martine Aubry avait porté un projet de création d’un nouveau quartier sur cette emprise. Les écologistes, eux, ont dénoncé ce qu’ils appelleraient une « bétonisation » du site et défendent la transformation de la friche en un grand parc urbain.
Ce différend n’est pas nouveau : lors du mandat 2014-2020, les écologistes siégeaient aux côtés de l’équipe Aubry, mais les tensions se sont accumulées. Le dossier Saint-Sauveur a servi de catalyseur, rendant plus visibles des désaccords portant sur l’équilibre entre développement urbain et préservation des espaces verts.
Une gauche divisée malgré l’histoire municipale
Lille a longtemps été un exemple d’union de la gauche. L’union prônée par des figures comme Pierre Mauroy, maire de 1973 à 2001, a structuré la vie politique locale pendant des décennies. Mais, depuis 2020, ce consensus semble moins automatique. Les échéances municipales à venir confirment que l’alliance n’est plus une valeur indiscutable dans la capitale des Flandres.
La division entre socialistes, écologistes et la France insoumise redistribue les cartes. Pour les électeurs, la présence de trois listes à gauche pose la question de la stratégie : tenter de rassembler au second tour ou jouer la carte d’un ancrage programmatique au premier tour. Chaque camp avance ses arguments, et le calendrier de la campagne devrait accentuer la pression sur des négociations éventuelles.
Sur le terrain, les équipes de campagne multiplient les rencontres et les propositions. Les écologistes mettent en avant des priorités environnementales et d’aménagement qui différencient nettement leur offre électorale de celle des socialistes. Le camp socialiste, pour sa part, entend capitaliser sur la continuité de la gestion municipale et sur l’expérience de l’équipe sortante.
Enjeux et perspectives pour les électeurs
Au-delà des querelles internes, les municipales à Lille portent des enjeux concrets pour les habitants : densification urbaine, création d’espaces verts, mobilités, logement et services de proximité. Le sort de la friche Saint-Sauveur est emblématique de ces choix. Il oppose une vision tournée vers le maintien d’une dynamique immobilière et économique, à une autre privilégiant des espaces publics largement ouverts et plantés.
Les scores serrés des précédentes élections, illustrés par l’écart de 227 voix en 2020, rappellent que la décision des électeurs peut se jouer sur des marges étroites. Dans ce contexte, la capacité des listes à convaincre des électeurs indécis et à négocier des accords pour le second tour sera déterminante.
Sans alliance préalable au premier tour, la gauche lilloise s’engage donc dans une confrontation publique qui pourrait redéfinir les équilibres locaux. Les prochains mois de campagne, marqués par la multiplication des réunions publiques et la confrontation des programmes, éclaireront les lignes de fracture et les possibilités de recomposition.





