Deux mois pour convaincre. Mercredi 14 janvier au soir, à soixante jours du premier tour des élections municipales prévues les 15 et 22 mars, la liste d’union de la gauche pour la mairie de Paris a tenu son premier grand meeting de campagne à La Bellevilloise, dans le 20e arrondissement.
Organisé comme un rendez‑vous public marquant le démarrage de la phase active de la campagne, ce rassemblement répond à un objectif clair: enclencher enfin une dynamique qui peine, pour l’heure, à se matérialiser sur le terrain et dans les intentions de vote.
Un candidat investi depuis longtemps, mais une visibilité limitée
Emmanuel Grégoire, tête de liste du rassemblement de la gauche, est candidat déclaré depuis près de six ans et a été officiellement investi le 30 juin 2025. Ancien premier adjoint à la maire PS Anne Hidalgo entre 2018 et 2024, il porte désormais la responsabilité d’un accord inédit de premier tour réunissant la gauche, hors La France insoumise (LFI).
Malgré cette longévité politique et ce rassemblement formel, Grégoire reste décrit par ses soutiens comme encore relativement méconnu du grand public parisien. Les enquêtes d’opinion, qui persistent à le placer au coude‑à‑coude avec sa principale adversaire, Rachida Dati (Les Républicains), traduisent cette difficulté à transformer un investissement long en capital de notoriété auprès des électeurs.
Un contexte électoral rappelant 2020
La comparaison avec la précédente échéance municipale revient souvent dans les analyses: en janvier 2020, Anne Hidalgo disposait d’une avance jugée confortable sur Rachida Dati, avance qui s’est concrétisée par une avance de presque sept points pour Hidalgo au premier tour. Ce précédent montre que des retournements restent possibles, mais il rappelle aussi que les trajectoires de campagne peuvent être rapides et sensibles aux événements et à la perception publique.
Pour la gauche parisienne, la situation actuelle impose d’interroger les moyens de reconquérir ou d’élargir un électorat qui ne paraît pas encore solidement rallié à la liste d’union. La construction d’une narration claire, la présence sur le terrain et la visibilité médiatique sont autant de paramètres susceptibles d’influer sur les prochaines semaines.
Les défis à soixante jours du premier tour
Avec seulement soixante jours avant le premier tour fixé au 15 mars, la période qui s’ouvre est courte. Les équipes de campagne doivent à la fois consolider l’accord politique existant entre les partis de gauche participants et convaincre des électeurs pour lesquels Emmanuel Grégoire reste encore une figure moins familière que d’autres prétendants.
Le choix d’un grand meeting public pour marquer ce démarrage illustre la priorité donnée à la mobilisation et à la démonstration de force militante. Mais une dynamique électorale repose aussi sur des facteurs plus discrets: travail de terrain, relais locaux, argumentaire programmatique susceptible de rassembler les différentes sensibilités de la gauche, et capacité à répondre aux préoccupations quotidiennes des Parisiens.
Rachida Dati, identifiée comme la principale rivale par les sondages cités dans le contexte de ce début de campagne, reste un point de référence pour mesurer l’efficace de la stratégie mise en place par la liste d’union. Le statu quo des enquêtes d’opinion — un face‑à‑face serré entre les deux candidats — oblige les équipes à accentuer leurs efforts pour gagner quelques points décisifs.
Au‑delà de la compétition directe avec Dati, la gauche doit aussi éviter que l’absence de LFI dans l’accord de premier tour n’affecte sa capacité de mobilisation si des électeurs se sentent exclus du rassemblement. La construction d’un message suffisamment inclusif pour retenir les électeurs de sensibilité de gauche apparaît dès lors comme un enjeu central.
Enfin, la période restant jusqu’au 15 mars laisse peu de marge d’erreur: chaque événement, chaque sortie médiatique et chaque rassemblement pourront peser sur la perception et, in fine, sur les intentions de vote. Les prochains meetings, la capacité à générer de la visibilité médiatique et à traduire l’accord politique en propositions concrètes seront déterminants pour transformer l’investissement de longue date d’Emmanuel Grégoire en électeurs convaincus.
La campagne entre maintenant dans une phase où la conversion de visibilité en voix, dans un laps de temps restreint, conditionnera largement les perspectives de la gauche pour la mairie de Paris.





