Près de quarante ans après ses débuts au conseil municipal de Toulouse, Jean‑Luc Moudenc, 65 ans, vise un troisième mandat. Entré dans l’assemblée locale en 1987 aux côtés de Dominique Baudis, il a remporté la mairie en 2014 puis en 2020. À la tête de la liste « Protégeons l’avenir de Toulouse », il mène une campagne qui mêle défense de bilan municipal et besoin de rassemblement pour les deux tours.
Un positionnement centre‑droit, mais une alliance large
Se définissant comme « centriste démocrate‑chrétien et européen », M. Moudenc a quitté Les Républicains (LR) en 2022, expliquant que « le parti s’était recroquevillé sur un positionnement très droitier ». Malgré ce départ, il se présente cette fois avec le soutien d’un large arc politique à droite : de Renaissance à Horizons, en passant par LR, qui continuent officiellement de le soutenir.
La bataille municipale oppose sa liste à plusieurs candidatures de gauche et d’extrême gauche. Le socialiste François Briançon, allié aux Verts et au Parti communiste français, figure parmi ses principaux adversaires. Le député de La France insoumise pour la 4e circonscription, François Piquemal, est également candidat. Ces configurations rendent la campagne imprévisible, tant sur la dynamique du premier tour que sur les reports de voix au second.
Un aperçu du bilan et de la stratégie de campagne
M. Moudenc cumule les fonctions de maire et de président de Toulouse Métropole. Il présente son expérience comme un atout face aux enjeux locaux et aux projets métropolitains. Parti tôt en campagne, il arpente la ville pour défendre ses réalisations tout en tentant d’élargir sa base électorale.
Le maire qualifie sa posture politique de « sereine » mais « combative », en reconnaissant que « la bataille sera serrée, un bon bilan ne fait pas l’élection ». Il met en garde contre la fragilité du résultat, se souvenant d’un précédent scrutin serré et d’une ville où la géographie électorale est singulière.
En effet, Toulouse illustre un paradoxe fréquemment évoqué : la ville vote majoritairement à gauche lors des scrutins nationaux, mais la gouvernance municipale a souvent penché vers le centre‑droit. Outre l’intermède socialiste entre 2008 et 2014 sous la gestion de Pierre Cohen, la droite locale a été dominante pendant plusieurs décennies.
Le souvenir du duel de 2020 et les enjeux pour 2026
Le précédent scrutin municipal a rappelé la fragilité politique du fauteuil toulousain. En 2020, M. Moudenc l’avait emporté de justesse avec 51,98 % des voix face à l’écologiste Antoine Maurice, alors tête de liste d’« Archipel citoyen », une coalition représentant les différentes mouvances de la gauche. Ce résultat serré reste une référence pour mesurer la volatilité des électeurs en cas de forte mobilisation écologique ou citoyenne.
Pour l’édile sortant, la leçon de 2020 est double. D’une part, la campagne tenait lieu de test : « La campagne de 2020, en plein Covid‑19, était mauvaise, trop molle, on a changé de braquet », déclare‑t‑il pour expliquer une offensive plus active cette fois. D’autre part, il sait que la capacité à rassembler la droite au premier tour puis à élargir l’électorat au second sera décisive.
Les configurations d’alliances locales, les reports de voix et la participation électorale resteront donc des variables cruciales. Les candidatures de gauche, éparses ou rassemblées, et la présence d’un courant insoumis influent peuvent modifier fortement l’équation électorale entre les deux tours.
Enfin, le passé politique de Toulouse est régulièrement mobilisé par les acteurs locaux. La « dynastie » Baudis, qui a marqué la vie municipale à partir de 1971 et jusqu’en 2001, puis l’élection de Philippe Douste‑Blazy, sont des repères historiques souvent cités pour contextualiser les alternances et la chronologie politique de la Ville rose.
À quelques mois du scrutin, la campagne de Jean‑Luc Moudenc se présente donc comme un exercice d’équilibriste : capitaliser sur un bilan et une longue expérience locale tout en parvenant à fédérer des électeurs dans une ville où les équilibres politiques restent instables.





